Un officier de l’arsenal de Toulon (anonymat préservé) — personnage composite
« Nous attendons, la main sur les vannes » — entretien avec un officier de l’arsenal
Depuis le 11 novembre, la Wehrmacht occupe l’ancienne zone libre. Toulon seule demeure, par accord provisoire, une enclave « neutre » où la marine garde ses navires et ses établissements. Un officier-marinier de l’arsenal, qui requiert l’anonymat, a accepté de nous décrire ce huis clos d’attente, de discipline et de consignes — sans rien savoir, dit-il, de ce que demain réserve.
Huit jours ont passé depuis l’entrée des Allemands en zone libre. Comment cela s’est-il su, à l’arsenal ?Vite, et mal, comme toujours. Au matin du 11, on a appris que les colonnes allemandes avaient passé la ligne dans la nuit et descendaient vers le Midi. Radio Paris a diffusé un message où l’on nous expliquait que l’armée allemande « ne venait pas en ennemie du peuple français ». Vous imaginez l’effet d’une pareille phrase sur des marins. Personne, à bord, ne s’y est trompé : ce qui se passe, c’est l’occupation de ce qui restait de libre. Sur le moment, l’angoisse a été pour la flotte. On s’est demandé si les blindés allemands ne fonceraient pas droit sur les bassins. Et puis non. On s’est arrêté aux abords. On nous a laissé la place. Provisoirement, nous a-t-on dit. Ce mot, « provisoirement », nous le retournons depuis huit jours dans tous les sens.
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