Un député rangé parmi les libéraux de la Chambre des représentants
Un député libéral, à l’heure où l’armée part au nord : “On nous a promis des libertés ; on nous demande d’abord une guerre”
L’Empereur a quitté Paris voici trois jours pour rejoindre l’armée ; la Chambre des représentants, à peine réunie, siège dans une capitale suspendue. Un député rangé parmi les libéraux — élu de printemps, partisan de l’Acte additionnel qu’il juge pourtant trop timide — accepte de nous parler. Il dit soutenir la défense du sol, redouter une guerre longue, et refuser que le canon serve d’excuse à retarder les libertés qu’on vient de jurer. Un long entretien qui restitue la voix d’une opposition loyale, au matin d’une campagne dont nul, ici, ne connaît encore le premier engagement.
L’Empereur est parti rejoindre l’armée. La nation veut-elle vraiment cette guerre ?Voilà la question que l’on n’ose pas poser tout haut, et vous me la posez d’entrée. Je vous répondrai sans détour : la nation ne veut pas la guerre, elle la subit. Ce n’est pas la même chose. On nous invitera à confondre les deux, à prendre la résignation pour de l’enthousiasme, parce qu’un peuple qui se défend a l’air de vouloir se battre. Mais regardez autour de vous : les campagnes se souviennent des conscriptions, les villes des impôts, les familles des absents qui ne sont pas revenus des dernières campagnes. On accepte de défendre le sol parce qu’il le faut ; on ne réclame pas une guerre de plus. Distinguer ces deux sentiments, c’est déjà tout mon propos.
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