Fil reconstitué du dimanche 1er mars. Une assemblée de la religion réformée, réunie dans une grange, a été attaquée par les gens du duc de Guise, de passage en la ville. On compte de nombreux morts. L’heure, l’ordre des faits et le bilan demeurent incertains.
Note de la rédactionIncertain
Ce que ce fil est, et ce qu’il n’est pas
Nous n’avons pas d’envoyé sur place et aucune relation d’un témoin neutre ne nous est parvenue. Ce qui suit n’est pas un compte rendu heure par heure : c’est une reconstitution, dressée le soir même à partir de bribes venues de Wassy et des bourgs voisins. Les horaires manquent ; nous nous en tenons à des repères vagues (« pendant le prêche », « dans la matinée », « au milieu du jour »). Sur l’enchaînement des faits, deux récits s’opposent déjà, l’un du côté du duc, l’autre du côté des réformés, et nous ne sommes pas en mesure de les départager.
FaitProbable
Une assemblée réformée réunie dans une grange
Ce dimanche matin, ceux de la religion nouvelle tenaient prêche à Wassy, non dans un temple mais dans une grange, à quelques pas de l’église. On parle d’une assemblée nombreuse — cinq cents fidèles selon certains, davantage selon d’autres —, hommes, femmes et enfants venus pour l’office et le chant des psaumes. Le nombre exact nous échappe. L’édit signé à Saint-Germain au mois de janvier autorise le culte réformé hors les murs des villes closes ; une assemblée tenue dans les murs prête, elle, à contestation.
DépêcheProbable
La troupe du duc de Guise entre en ville
François de Lorraine, duc de Guise, se rendait à Paris avec sa suite lorsqu’il a fait halte à Wassy, terre qui relève du douaire de sa nièce Marie Stuart. Il chevauchait avec son escorte, forte, dit-on, de quelque deux cents gens d’armes — chiffre à prendre pour approximatif. On rapporte qu’en ville il aurait appris la tenue du prêche, et que le son des cloches, sonnant à une heure inaccoutumée, l’aurait averti de l’assemblée. Ce qui s’est dit alors dans son entourage, et qui a poussé à intervenir, n’est pas établi.
DépêcheIncertain
Deux récits d’une même altercation
C’est ici que les versions se séparent, et nous les donnons l’une et l’autre, sans trancher. Du côté des gens du duc, on tient que ses hommes, s’approchant de la grange pour faire cesser une assemblée illégale, ont été accueillis à coups de pierres, voire visés par des arquebuses tirées du dedans ; la tuerie n’aurait été qu’une riposte qui a dégénéré. Du côté des réformés, on parle d’une agression délibérée contre des fidèles sans armes. Qui a porté le premier coup, nul ici ne peut le dire avec certitude.