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Le Vol de l’Aigle : du golfe Juan aux Tuileries

Mars 1815 · Édition de Paris · Perspective Paris

À la une
Portrait en buste de Napoléon Ier en uniforme de la Garde impériale, portant la Légion d'honneur, peint en 1815.

À Lyon, le drapeau tricolore relevé : la deuxième ville du royaume a basculé

Horace Vernet, « L'Empereur Napoléon Ier » (1815), National Gallery, Londres — domaine public (Wikimedia Commons).

Les nouvelles du Midi, parvenues à Paris avec le retard accoutumé, ne laissent plus de doute : Buonaparte est entré dans Lyon, où les troupes du Roi n’ont pu être amenées à faire feu. De cette ville datés du 13, des décrets signés de sa main dissolvent les Chambres et rétablissent les trois couleurs. Le comte d’Artois, le duc d’Orléans et le maréchal Macdonald se sont retirés.

Hippolyte Vannard 14 mars 1815, 08h00 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un lieutenant au 5e régiment d’infanterie de ligne, présent à Laffrey le 7 mars 1815 (officier fictif et composite reconstitué)

Entretien | Un lieutenant du 5e de ligne, présent à Laffrey : « Aucun de nous n’a voulu tirer ; quand il a ouvert sa redingote, tout était déjà décidé dans nos cœurs »

Il sert au 5e régiment d’infanterie de ligne, ce bataillon que le général Marchand avait poussé de Grenoble jusqu’au défilé de Laffrey pour barrer la route à l’homme revenu de l’île d’Elbe. Officier subalterne, ancien de la Grande Armée, il était dans les rangs lorsque la troupe a reçu, fusils chargés, l’ordre de faire feu — et que cet ordre n’est pas parti. Il raconte la marche dans la neige, l’attente sur la prairie, l’homme à la redingote grise qui s’est avancé seul, les cris, le ralliement. Il dit la fidélité, le doute, le serment au Roi qu’il avait prêté de bonne foi, et ce qu’on éprouve quand on reconnaît une voix qu’on croyait ne plus entendre. Sans rien préjuger de ce que demain réserve.

Lieutenant, remontons au matin du 7 mars. Que saviez-vous, dans la troupe, de l’homme que l’on vous envoyait arrêter ?

Ce que tout le monde en savait à Grenoble, monsieur, c’est-à-dire peu de chose de sûr et beaucoup de rumeurs. On nous avait dit qu’il avait quitté son île, débarqué du côté de Cannes ou d’Antibes avec une poignée d’hommes, des grenadiers de sa garde, et qu’il remontait par les montagnes du Dauphiné. Le Roi l’avait déclaré hors la loi, traître, rebelle ; les ordres parlaient de l’arrêter, de le prendre mort ou vif. Mais voyez-vous, dans nos rangs, le mot qui courait n’était pas « le rebelle ». C’était un autre mot, plus court, qu’on n’osait pas dire trop haut devant les officiers à cocarde blanche. On disait : « il revient ». On ne disait même pas qui. Tout le monde comprenait.

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14 mars 181518 min
Infographie

Sur les pas de l’Aigle : la remontée, jour après jour

Repères de rédaction pour suivre la remontée, étape par étape, depuis le débarquement au golfe Juan. Les dates établies sont distinguées de celles qui nous parviennent encore incertaines.

Au départ environ un millier d’hommes

La petite troupe embarquée à Portoferraio : grenadiers de la garde, chevau-légers polonais et quelques pièces, débarqués au golfe Juan.

Itinéraire par les Alpes

La colonne remonte par Grasse, Sisteron et Gap, évitant la vallée du Rhône réputée hostile.

Villes ralliées Grenoble, Lyon

Les places et les troupes envoyées pour l’arrêter passent l’une après l’autre sous l’aigle, sans combat rapporté.

Étapes encore incertaines Lyon (9-10 mars)

La date exacte de l’entrée dans la deuxième ville du royaume nous parvient encore contradictoire.

Confirmé

Départ de Portoferraio

La petite flottille quitte l’île d’Elbe et fait voile vers la côte de Provence.

Confirmé

Débarquement au golfe Juan

La troupe prend pied entre Cannes et Antibes ; elle évite Antibes et s’engage par la montagne.

Confirmé

Grasse, Castellane, Digne, Sisteron, Gap

La colonne remonte par les Alpes, évitant la vallée du Rhône réputée hostile.

Confirmé

Laffrey

Face aux troupes royales envoyées l’arrêter, sur la route de Grenoble.

Confirmé

Grenoble

Les portes de la ville s’ouvrent dans la nuit.

Incertain

Lyon

Entrée dans la deuxième ville du royaume ; la date précise nous parvient encore incertaine.

Plusieurs dates nous parviennent encore contradictoires, notamment l’entrée à Lyon (9 ou 10 mars) : nous les donnons comme rapportées, sous réserve.

Les effectifs « au départ » sont des ordres de grandeur, non un compte arrêté ; la troupe a grossi en chemin à mesure des ralliements.

L’itinéraire par les Alpes a été préféré à la vallée du Rhône, tenue pour plus hostile.

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