Nous actualisons au fil des nouvelles venues du Grand Casino, où parlementaires et sénateurs sont appelés à se prononcer sur le projet de révision constitutionnelle. Les heures sont approximatives et données « vers » ; les éléments non confirmés sont signalés comme tels. Le résultat du scrutin est attendu dans la soirée.
FaitConfirmé
Ouverture du direct : Vichy se prépare à une journée décisive
Vichy s’éveille sous une affluence inhabituelle. Dès les premières heures, députés et sénateurs convergent vers le Grand Casino, dont la salle de spectacle a été aménagée pour accueillir l’Assemblée nationale. On se presse aux abords, on échange à voix basse : c’est aujourd’hui que le Parlement doit se prononcer sur le projet de révision constitutionnelle présenté par le gouvernement.
FaitConfirmé
Réunion préparatoire : Laval lit une lettre du maréchal Pétain
Dans la matinée, une réunion préparatoire rassemble environ six cent cinquante parlementaires. M. Pierre Laval, ministre d’État, y expose le projet du gouvernement et donne lecture d’une lettre du maréchal Pétain, qui en approuve la teneur. Le maréchal, nous dit-on, ne paraîtra pas lui-même devant l’Assemblée. M. Laval s’emploie à rassurer les hésitants : les commissions parlementaires continueraient de fonctionner et la future Constitution serait soumise à la ratification de la Nation.
DépêcheProbable
M. Flandin se rallie publiquement au projet du gouvernement
Au cours de la matinée, M. Pierre-Étienne Flandin, ancien président du Conseil, se rallie publiquement au projet présenté par le gouvernement. Sa prise de position pèse : elle est de nature à entraîner nombre de parlementaires encore indécis. On prête par ailleurs à M. Laval, dans les couloirs, une intense activité pour rassembler les suffrages ; nous donnons ces propos de coulisse sous réserve.
FaitConfirmé
Ouverture de la séance : la majorité requise abaissée à la majorité simple
La séance officielle de l’Assemblée nationale s’ouvre en début d’après-midi sous la présidence de M. Jules Jeanneney, président du Sénat. Une décision de procédure retient d’emblée l’attention : la majorité nécessaire à l’adoption du texte est abaissée à la simple majorité des suffrages exprimés, et non plus la majorité absolue des membres composant l’Assemblée. L’ordre du jour donne la priorité au projet du gouvernement sur les contre-propositions.
Celui qui a mené la séance, celui au nom de qui l’on a voté
Pierre Laval, artisan tenace de la révision, a conduit la journée ; le maréchal Pétain, vainqueur de Verdun, n’a pas paru — sa lettre lue à la tribune a tenu lieu de présence.
Déposés dans la nuit du 8 au 9, les contre-projets Badie et Taurines entendaient encadrer le mandat du maréchal sans sortir du régime républicain. Ils n’ont pas été mis aux voix.
En moins de deux mois, la France a perdu une bataille, changé de gouvernement, signé un armistice et déplacé son État dans une ville d’eaux. La frise des journées qui ont mené au vote.
Du 1er au 10 juillet : dix jours qui mènent au vote
De la convocation des Chambres à l’adoption de la loi, l’enchaînement des journées qui ont conduit à la révision constitutionnelle.
Confirmé
Convocation des Chambres
Le président Lebrun convoque l’Assemblée nationale à Vichy, à la demande du maréchal Pétain.
Confirmé
Mers el-Kébir
La flotte britannique ouvre le feu sur les navires français ; le ressentiment monte.
Confirmé
Contre-projets déposés
MM. Badie et Taurines déposent des textes accordant des pouvoirs sans abolir la République.
Confirmé
Vote du principe
Chambre et Sénat, séparément, admettent qu’il y a lieu de réviser les lois constitutionnelles.
Confirmé
Assemblée nationale
Réunis au Grand Casino, les parlementaires votent la loi par 569 voix contre 80.
Ils y étaient
Vichy à voix nue : un indécis, un témoin
Deux longs entretiens recueillis à chaud : un parlementaire qui hésitait encore l’avant-veille, et un témoin qui a passé la journée dans la salle du Grand Casino.
Entretien
Le grand entretien du jour
La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.