M. H., ouvrier de la confection, juif d’origine étrangère, établi de longue date dans l’est parisien, échappé aux arrestations du 16 juillet (identité préservée à sa demande).
« Je suis là, terré, et je ne sais pas où sont les miens » — la parole d’un Juif de l’est parisien
Ouvrier de la confection, immigré juif installé de longue date dans l’est de Paris, M. H. a échappé aux arrestations du 16 juillet. Il vit caché depuis. Il raconte l’étoile, les interdits, l’alerte qu’on s’est passée sous le manteau, la nuit où il a fui — et cette question qui ne le lâche pas : où sont sa femme, ses enfants, ses voisins. Propos recueillis la nuit, sans nom ni adresse, à sa demande.
Depuis quand vivez-vous ici, dans ce quartier ?Depuis longtemps, monsieur. Je suis venu de Pologne jeune homme, avant la guerre d’avant, et je me suis établi ici, dans l’est, avec les gens de chez nous. Je suis de la confection, tailleur, je travaille à façon — des vestons, des pantalons, ce qu’on me donne à faire. Ma femme piquait à la machine avec moi. On a eu nos enfants ici, ils sont nés Français, eux. On parlait yiddish à la maison, français à l’atelier, un peu des deux dans la rue. C’est un quartier où tout le monde se connaît, où on s’aide, où on fait la fête ensemble et le deuil ensemble. Je croyais y finir mes jours tranquille. On croit toujours ça.
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