Ce que les journaux ne disent pas
Au lendemain de la plus vaste arrestation jamais vue à Paris, les quotidiens autorisés sont muets. Ce silence n’est pas un oubli : il est ordonné. Nous tâchons ici de dire d’où nous tenons le peu que nous savons.
16 juillet – 23 août 1942 · Édition de Paris · Perspective Paris
Au lendemain de la plus vaste arrestation jamais vue à Paris, les quotidiens autorisés sont muets. Ce silence n’est pas un oubli : il est ordonné. Nous tâchons ici de dire d’où nous tenons le peu que nous savons.
Trois ans de mesures contre les Juifs de France replacent l’opération de la veille dans la suite de dispositions qui l’ont précédée.
Avant cet été, il y a eu des lois, des recensements, des fichiers, des biens saisis, une étoile cousue sur le manteau et déjà des hommes emmenés. Rappel des textes, datés et publics, qui ont fait le lit de la situation présente.
Du premier statut des Juifs à l’obligation de l’étoile jaune, la suite des dispositions publiques qui ont précédé l’opération du 16 juillet. La chronologie s’arrête au seuil de l’événement.
Une ordonnance allemande prescrit le recensement des Juifs en zone occupée ; la préfecture de police de Paris en dresse le fichier.
Une loi de l’État français définit qui est juif et exclut les Juifs de nombreuses fonctions publiques et professions.
Un second statut élargit les exclusions et prévoit un recensement déclaratif.
À Paris, des hommes juifs étrangers, convoqués par un billet vert, sont arrêtés et internés à Pithiviers et Beaune-la-Rolande.
Une loi organise la mainmise sur les entreprises et les biens appartenant à des Juifs.
Une vaste opération dans le XIe arrondissement de Paris conduit à l’ouverture du camp de Drancy.
La huitième ordonnance allemande impose le port de l’étoile jaune en zone occupée ; elle entre en vigueur le 7 juin 1942.
Avant le jour, des autobus verts de la S.T.C.R.P. ont sillonné les arrondissements de l’est et du centre. Des familles juives étrangères ont été emmenées, des immeubles se sont vidés, des portes ont été scellées. Aucun journal n’en dit mot. Nous rassemblons ici ce que des voisins, des concierges et des commerçants disent avoir vu.