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Le traité de Troyes : le royaume déshérité

La guerre de Cent Ans · Édition de Troyes · Perspective La cour de France

À la une
Enluminure d’une entrée royale médiévale à Paris : un roi en manteau fleurdelisé chevauche devant les murailles et une tour de la ville, accompagné de porte-étendards.

Le roi d’Angleterre entre dans Paris aux côtés du roi notre sire

Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France (BnF, Français 6465, f. 417), v. 1455-1460 — domaine public (Wikimedia Commons). Cette enluminure figure l’entrée de Charles V à Paris ; elle est employée ici comme illustration générique d’une entrée royale, non comme représentation de la scène de 1420.

Hier, premier jour de décembre, le roi Henri d’Angleterre, reçu régent et héritier du royaume par l’accord de Troyes, a fait son entrée dans la capitale aux côtés du roi Charles, notre sire, et du duc de Bourgogne. Clergé en procession, Te Deum dans les églises, vin coulant aux fontaines : la pompe fut grande. On annonce déjà la tenue des états et l’enregistrement du traité.

Le chroniqueur de la cité 2 décembre 1420, 08h00 7 min

Paris enregistre le traité

Le Parlement, les états de langue d’oïl et l’université de Paris ; et un bourgeois devant l’entrée du régent.

Réactions

Le traité enregistré, les corps de Paris s’y rallient : ce que disent — et ne disent pas — ces adhésions

Depuis l’entrée du roi d’Angleterre dans la capitale, voici une semaine, les grands corps de Paris ont fait connaître publiquement leur appui à la paix scellée ce printemps à Troyes. Le Parlement en a fait registre, les états de langue d’oïl l’ont reçue, l’université y a joint sa voix. Revue de ces actes — et de ce qu’ils laissent encore dans l’ombre.

8 décembre 1420, 08h00 7 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un bourgeois de Paris, marchand drapier du quartier des Halles

« Pourvu seulement qu’on nous laisse vivre » : un bourgeois de Paris raconte l’entrée du roi d’Angleterre

Cinq jours après que le roi d’Angleterre est entré dans nos murs aux côtés du roi notre sire, nous avons recueilli la parole d’un marchand du quartier des Halles, homme rangé et de longue mémoire de la ville. Il a vu passer le cortège, et il dit tout haut ce que beaucoup, ici, murmurent : la lassitude de dix ans de discorde, la faim qui n’en finit pas, et l’espérance, mêlée de crainte, qu’un maître nouveau ramène enfin l’ordre dans les rues. D’autres, dans Paris, pensent autrement ; nous donnons sa voix pour ce qu’elle est, celle d’un homme de la ville parmi tant d’autres.

Vous étiez dans la rue le premier jour de décembre, lorsque le roi d’Angleterre est entré dans Paris. Qu’avez-vous vu ?

J’y étais, comme la moitié de la ville, et plus encore. On savait depuis plusieurs jours que la chose se ferait, et chacun voulait voir de ses yeux. Je me suis tenu sur le passage du cortège, pressé contre les autres, et je vous dirai d’abord ceci : ce n’était pas une entrée de vainqueur dans une ville prise d’assaut, avec le fer et le feu. C’était un cortège, des bannières, des trompettes, et au milieu de tout cela nos deux rois cheminant ensemble — le roi de France, notre sire Charles, et le roi d’Angleterre, Henri, qui se dit désormais son héritier et son fils par le mariage. Le duc de Bourgogne, monseigneur Philippe, allait avec eux. On a sonné les cloches ; il y a eu des cris, des « Noël ! », comme aux grandes joies. Faut-il vous dire que tout le monde criait de bon cœur ? Je n’en jurerais pas. Mais on criait.

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6 décembre 1420, 08h0011 min
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