Un chevalier de la maison de Bourgogne
Au chevet du jeune duc : un familier de Bourgogne raconte l’annonce du meurtre
Trois semaines après la mort de Jean, duc de Bourgogne, tombé sous les coups au pont de Montereau lors de son entrevue avec le dauphin, un familier de l’hôtel ducal accepte de dire ce qu’il a vu à Gand : le messager, le visage du jeune comte de Charolais à la nouvelle, le deuil, et la grande question qui hante désormais la cour — vers qui se tourner pour obtenir justice. Ce témoignage porte la douleur bourguignonne ; il dit un sentiment de trahison que les gens du dauphin, eux, récusent.
Vous étiez à Gand auprès du comte de Charolais quand la nouvelle de Montereau y est arrivée. Dites-nous d’abord comment elle y est venue.Par un homme d’Église, monseigneur, et non par le premier courrier venu. On n’annonce pas une telle chose à un fils par un valet essoufflé. C’est monseigneur l’évêque de Tournai, Jean de Thoisy, qui s’en est chargé — un homme que le jeune comte connaît depuis l’enfance, car il fut de ceux qui veillèrent à son éducation du temps qu’il était à Dijon. On a jugé, et c’était sagesse, qu’il valait mieux que le coup vînt d’une voix aimée et grave, capable de le porter avec lui. Il est arrivé de France le visage défait ; nous avons tout de suite su, à le voir, qu’il apportait un malheur, sans qu’il eût encore ouvert la bouche.
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