Notre dossier du moment

Le traité de Troyes : le royaume déshérité

La guerre de Cent Ans · Édition de Montereau · Perspective La cour de France

À la une
Enluminure des funérailles de Jean sans Peur : un cortège funèbre porte le cercueil drapé aux armes de Bourgogne, suivi de moines en robes claires.

Guet-apens ou rixe ? Deux récits d’un même meurtre

Martial d’Auvergne, Les Vigiles de Charles VII (BnF, ms. fr. 5054, f. 20r), v. 1484 — domaine public (Wikimedia Commons).

Voici près de deux semaines que le duc de Bourgogne est tombé sur le pont de Montereau, et déjà deux récits s’affrontent, qui ne s’accordent sur rien — ni sur la main qui a frappé, ni sur l’ordre qui l’aurait armée, ni sur ce qui, du duc ou de la garde du dauphin, a commencé. Le parti bourguignon crie au guet-apens, le parti du dauphin parle d’un homme venu en force qui aurait porté la main à son épée. Nous rangeons ici, à parts égales, ce que chacun colporte — sans pouvoir, à cette heure, départager.

Le chroniqueur 28 septembre 1419, 08h00 8 min

Le duc tué, l’homme accusé

Portraits de Jean sans Peur et de Tanneguy du Châtel, que l’accusation bourguignonne désigne.

Portrait

Jean sans Peur, duc de Bourgogne : un prince de fer tombé sur un pont

On l’appelait « sans Peur », et il avait porté ce surnom comme une bannière. Le voici mort, frappé à Montereau au cours d’une entrevue qui devait sceller la paix du royaume. Avec lui s’en va le seigneur le plus puissant et le plus redouté de France — celui-là même qui, voici douze ans, avait fait tomber sous le couteau, une nuit de novembre, le propre frère du roi. Portrait d’un homme dont nul, de son vivant, ne sut jamais s’il était le sauveur ou le fléau du royaume.

22 septembre 1419, 08h00 9 min
Portrait

Tanneguy du Châtel, le capitaine breton que les Bourguignons disent avoir frappé le duc

Le parti de Bourgogne le nomme entre tous : Tanneguy du Châtel, gentilhomme de Bretagne, homme de guerre, prévôt de Paris et fidèle entre les fidèles du dauphin, aurait porté sur le pont de Montereau l’un des coups qui ont abattu monseigneur Jean de Bourgogne. L’accusation est rude, et les récits ne s’accordent point sur les mains qui ont frappé. Avant de juger, il faut dire qui est cet homme, et ce qu’on lui reproche au juste.

2 octobre 1419, 08h00 8 min

La nouvelle parvient à Gand

L’annonce au jeune comte de Charolais et le témoignage d’un familier de la maison de Bourgogne.

Politique

À Gand, on porte au jeune comte de Charolais la nouvelle qui fait de lui le duc de Bourgogne

C’est par la bouche de Jean de Thoisy, évêque de Tournai, que Philippe, comte de Charolais, aurait appris dans sa ville de Gand la mort de son père au pont de Montereau. À vingt-trois ans, le voici tout à coup à la tête du duché de Bourgogne, dans le deuil et la colère. Du parti du dauphin, en présence duquel le duc est tombé, on n’attend plus rien que des comptes à rendre.

30 septembre 1419, 08h00 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Opinion

Le sang appelle le sang : de la vengeance, qui n’appartient qu’à Dieu

Douze ans que le royaume paie de son propre sang la loi du talion. Louis d’Orléans abattu dans une rue de Paris ; Jean de Bourgogne frappé sur un pont, la foi de Pouilly encore tiède aux lèvres. On m’a pressé de dire de quel côté est le droit. Je réponds que la vengeance privée n’a de côté nulle part : elle est défendue à tout chrétien, prince ou manant. Mihi vindicta, ego retribuam, dicit Dominus — À moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. Voici pourquoi je le tiens, et pourquoi je crains, tant que les grands se feront justice de leur propre main, que ce royaume ne cesse de se dévorer lui-même.

24 septembre 1419, 09h00 8 min
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