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1191-1192 : la croisade des rois, du siège d'Acre à la trêve de Jaffa

1189 – 1192 · Richard, Saladin et le siège d'Acre · Perspective Vu du camp franc, devant Acre puis sur la route du sud

À la une
Miniature médiévale montrant une mêlée de chevaliers croisés en cotte de mailles affrontant une armée adverse devant une ville fortifiée, avec un cheval cabré au premier plan.

Arsouf : l’ost du roi Richard met en fuite l’armée de Saladin

Enluminure de bataille de croisade (utilisée à titre d'illustration d'époque) — Jean Colombe, « Passages d'Outremer » de Sébastien Mamerot, v. 1474-1475, BnF, Français 5594, f. 37v — domaine public (Wikimedia Commons).

Hier, sur la plaine étroite entre le bois d’Arsouf et la mer, la colonne partie d’Acre a rompu le harcèlement des cavaliers sarrasins. Une charge des Hospitaliers, aussitôt suivie de toute la ligne, a jeté l’armée du sultan vers les collines. Première grande bataille rangée gagnée par les nôtres depuis Montgisard.

Garin de Senlis, à la suite de l’ost, sur la route de Jaffa 8 septembre 1191 7 min
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Arsouf, 7 septembre : la bataille de la forêt, heure par heure

Reconstitution de la journée du samedi 7 septembre 1191, sur la route de Jaffa

L'ost s'ordonne avant de lever le camp

Depuis Acre, l'armée marche vers Jaffa à petites journées, serrée pour ne pas prêter le flanc à Saladin, qui la suit et la harcèle depuis des jours sans jamais livrer bataille rangée. Ce matin, le roi Richard fait ranger l'ost dans un ordre arrêté : les Templiers en tête, puis les corps d'Anjou, de Bretagne et de Poitou, le gros des Normands, des Anglais et des Français au centre, et les Hospitaliers, les plus rudement éprouvés ces jours derniers, à l'arrière-garde. Les gens de pied, arbalétriers en avant, tiennent le flanc de terre, du côté du bois ; les bagages et les malades suivent du côté de la mer, où la flotte fait route de conserve.

La colonne s'ébranle le long de la côte

L'ost se met en marche au sortir du camp, entre la forêt d'Arsouf, qui borde la route à main droite, et la mer. On sait l'armée de Saladin proche, dissimulée dans les taillis depuis la veille au soir selon ce qu'en rapportent nos éclaireurs. Le roi et le duc de Bourgogne chevauchent sans cesse d'un bout à l'autre des rangs pour tenir la formation. L'ordre donné à tous, du premier au dernier chevalier, est de ne rompre les rangs sous aucun prétexte, quoi qu'il advienne, avant le signal.

Les Turcs sortent du bois et donnent l'assaut

Aux cymbales, aux tambours et aux trompes, dans un vacarme et des cris tels qu'on en connaît rarement, l'armée du Sultan sort de la forêt et se rue sur notre flanc de terre. Des gens de pied, Bédouins et Nubiens à ce qu'on en dit, ouvrent le jeu à coups de javelines et de flèches, puis se retirent pour laisser passer les archers montés turcs, qui chargent au galop, décochent, et tournent bride sans jamais s'arrêter au contact. C'est leur manière ordinaire de combattre, déjà éprouvée dans les jours précédents, mais jamais avec une telle masse.

L'arrière-garde plie sous le nombre

La pression la plus rude tombe sur les Hospitaliers, qui ferment la marche et se trouvent pris à la fois de flanc et de dos. Leurs gens de pied en sont réduits à marcher à reculons pour garder le bouclier tourné vers l'ennemi. Sous nous, les chevaux tombent par dizaines, tués à coups de flèches sans qu'on puisse répondre autrement qu'à l'arbalète, l'ordre du roi étant de tenir la ligne et d'endurer sans charger. Plus d'un, dans les rangs, dit tout haut qu'on ne pourra souffrir cela longtemps.

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Syrie-Palestine, automne 1191

Le littoral et la marche vers le sud : le chapelet des ports, d'Acre à Ascalon

Depuis la reddition d'Acre, l'ost ne s'enfonce pas dans les terres : il descend la côte, port après port, la flotte à son flanc. C'est elle qui porte le pain, l'eau et le fer que la terre, ravagée sur son passage, ne donne plus. Tenir le littoral, c'est tenir la mer ; tenir la mer, c'est nourrir l'armée. Jérusalem reste au bout de cette route, mais loin encore à l'intérieur des terres. Carte schématique, dressée d'après ce que l'on sait au camp ; les distances n'y sont qu'indicatives.

Tyr Au nord, place tenue depuis la chute du royaume

Seule grande place de la côte à n'être jamais tombée après le désastre de 1187, défendue alors par Conrad de Montferrat. Elle reste, avec Acre, le point d'appui du nord.

Acre Reprise le 12 juillet, base de l'ost

Après près de deux ans de siège, la ville s'est rendue aux deux rois. C'est d'Acre que l'armée s'est mise en marche vers le sud le 22 août, sous la protection de la flotte qui longe la côte.

Haïfa Occupée sans combat, garnison partie la veille

Première étape de la marche : la place est trouvée vidée par sa garnison, qui s'est retirée avant l'arrivée de l'ost. L'armée franque avance, harcelée sur son flanc par les cavaliers d'al-Adil.

Césarée Étape sur la route côtière

Ancienne place forte de la côte, franchie par l'ost dans sa descente vers le sud, entre Haïfa et Arsouf. On y attend le passage de renforts et de convois venus par mer.

Arsouf Bataille rangée le 7 septembre, victoire franque

Aux abords de la place, l'armée de Saladin, qui harcelait la colonne depuis Acre, se jette sur elle en bataille rangée. La charge des Hospitaliers puis de toute la ligne renverse l'assaut : première victoire chrétienne en rase campagne depuis des années.

Jaffa Port à reprendre, base visée vers Jérusalem

Après Arsouf, l'ost pousse jusqu'à Jaffa, port le plus proche de Jérusalem sur cette côte. Le dessein est d'en refaire une place forte et un point de débarquement avant d'envisager la route de l'intérieur ; l'ouvrage n'est pas achevé.

Ascalon Verrou de la route d'Égypte, sort encore incertain

Plus au sud, sur la route qui mène vers l'Égypte, Ascalon commande le passage. Qui la tient ferme ou ouvre cette route. Son sort — démantèlement, abandon, reprise — n'est pas fixé à l'heure où l'on dresse cette carte.

Jérusalem À l'intérieur des terres, hors de portée immédiate

La ville sainte, but de toute la croisade, ne se trouve pas sur la côte mais à l'intérieur, à plusieurs jours de marche du littoral. Tant que la mer et ses ports ne sont pas assurés d'un bout à l'autre, l'ost ne s'y engage pas.

Confirmé

Reddition d'Acre

La place capitule aux deux rois après près de deux ans de siège. Elle devient la base arrière de toute la campagne du littoral.

Confirmé

L'ost quitte Acre vers le sud

L'armée se met en marche le long de la côte, en colonne serrée, la flotte à son flanc pour porter vivres et matériel.

Confirmé

Haïfa, puis Césarée

Haïfa est trouvée abandonnée par sa garnison ; l'ost passe ensuite par Césarée, harcelé tout au long par la cavalerie de Saladin.

Confirmé

Bataille d'Arsouf

L'armée de Saladin attaque la colonne en bataille rangée aux abords d'Arsouf ; la charge franque l'emporte.

Incertain

Vers Jaffa, puis au-delà

L'ost pousse jusqu'à Jaffa, dessein de base vers Jérusalem. Le sort d'Ascalon, plus au sud, et la suite de la marche vers l'intérieur restent à écrire.

Carte schématique : le tracé du littoral, les distances entre places et la position exacte des routes intérieures ne sont donnés qu'à titre indicatif.

Cette infographie fixe l'état des lieux tel que connu au camp après Arsouf : elle ne préjuge de rien pour Jaffa, Ascalon ni pour la suite de la marche vers Jérusalem.

Les effectifs engagés à Arsouf, avancés dans les récits, varient fortement selon les témoins ; aucun chiffre ferme n'est retenu ici.

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