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Février 1943 : le STO et la montée des maquis

16 février – 23 mars 1943 · Édition du Service du travail obligatoire · Perspective Vu de la zone Sud, sous la censure, février-mars 1943

À la une
Affiche de propagande du régime de Vichy : un jeune homme et le slogan « Jeune, exerce un bon métier en contribuant à la Relève ».

Une loi appelle les classes 1920-1922 à partir travailler en Allemagne

Affiche officielle du régime de Vichy, « Jeune… exerce un bon métier en contribuant à la Relève » (auteur anonyme, 1942-1943). Document de propagande d’époque — domaine public (Wikimedia Commons).

Le texte est tombé. Promulguée à Vichy le 16 février et parue au Journal officiel, une loi française astreint les jeunes gens des classes 1920, 1921 et 1922 à un service de deux ans, en Allemagne pour beaucoup d’entre eux. C’est l’État français lui-même qui, sous la pression du plénipotentiaire allemand pour l’emploi de la main-d’œuvre, livre ainsi ses propres enfants à l’usine du Reich. Voici ce que dit le texte, qui il vise, et ce qu’il change.

La rédaction 18 février 1943, 07h00 6 min
Réactions

À Lille, le cardinal Liénart : « on peut se dérober sans péché »

Dimanche dernier, en l’église Saint-Maurice de Lille, devant six à sept mille jeunes gens, le cardinal Liénart, évêque de Lille, est revenu sur une allocution que la presse lui avait, dit-il, prêtée en la déformant. Le prélat a tenu à mettre les choses au point : non, accepter le départ pour le travail en Allemagne n’est pas un devoir de conscience ; on peut, a-t-il déclaré, « se dérober sans péché ». Parole rare, qu’aucune autre voix d’autorité de l’Église ne s’est, à ce jour, risquée à tenir aussi nettement en chaire.

23 mars 1943, 07h00 5 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un aumônier de jeunesse, prêtre de paroisse (profil composite et anonyme, mêlé chaque jour aux jeunes gens appelés par le STO)

Cas de conscience : un aumônier de jeunesse face au départ

Depuis que la loi du 16 février réquisitionne les jeunes gens des classes 1920, 1921 et 1922 pour aller travailler en Allemagne, une même question revient, dans les patronages comme au confessionnal : faut-il obéir à une loi qu’on tient pour injuste, et se dérober est-il un péché ? Nous avons longuement écouté un aumônier de jeunesse, prêtre de paroisse mêlé chaque jour à ces garçons. Il parle de ce qu’il entend, non de ce que « l’Église » déciderait — car elle n’a, à ce jour, rien décidé d’une seule voix.

Commençons par le commencement. Qu’est-ce qui a changé, dans votre patronage, depuis le mois de février ?

Tout, et rien. Les visages sont les mêmes, les jeux du dimanche sont les mêmes, mais une ombre s’est posée sur tout cela. Depuis qu’on sait que la loi du mois dernier appelle les garçons des trois classes — ceux de 1920, de 1921, de 1922 — à partir travailler en Allemagne, je vois entrer chez moi des jeunes gens que je connais depuis qu’ils sont enfants de chœur, et qui ne savent plus comment se tenir devant leur propre avenir. Avant, ils me parlaient de leur métier, d’une fiancée, d’un examen. Maintenant ils me parlent d’une convocation qu’ils attendent comme on attend une sentence. Ce n’est pas une émotion passagère : c’est une peur de fond, qui travaille les familles entières. La mère qui ne veut pas que son fils parte, le père qui ne veut pas qu’il se mette dans l’illégalité, le garçon pris entre les deux. Tout cela atterrit, le soir, dans ma sacristie.

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17 mars 1943, 09h0017 min
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