Un secrétaire de mairie d’une commune de zone Sud
Le secrétaire de mairie pris entre les listes et la population
Depuis la loi du 16 février, ce sont les communes qui dressent et transmettent les listes des jeunes gens des classes appelées au travail obligatoire. Dans une mairie de zone Sud, un secrétaire de mairie accepte de parler à visage couvert. Il décrit la mécanique du recensement, la pression des préfectures, les questions des familles qui se pressent au guichet, et le poids d’une besogne dont il dit qu’elle n’est pas de son ressort ordinaire. Un long entretien sur l’envers administratif d’une mesure que tout un bourg redoute.
Commençons par le commencement. Comment une liste de jeunes gens à appeler se dresse-t-elle, concrètement, dans une mairie comme la vôtre ?Elle ne se dresse pas, à proprement parler : elle se recopie. Tout est déjà là, dans le registre des naissances. La loi vise des classes d’âge — on m’a demandé les garçons nés en 1920, 1921 et 1922 ; ceux de 1922 en premier lieu, paraît-il. Mon travail consiste à ouvrir les années correspondantes de l’état civil, à relever un à un les noms, les prénoms, les dates et lieux de naissance, et à les reporter sur les listes nominatives que réclame la préfecture. C’est un travail de copiste, fastidieux et simple. La difficulté n’est pas de tenir la plume ; elle est de savoir que chacun de ces noms, je l’ai vu grandir, et que je l’écris aujourd’hui sur une feuille qui ne lui veut pas de bien.
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