Du petit matin au soir, ce que rapportent les cavaliers et les courriers descendus par la voie du nord, ce qui se murmure au Forum et ce que l’on prête aux magistrats — en séparant, autant qu’on le peut, le sûr du colporté.
Note de la rédactionConfirmé
Comment nous tenons ce fil
Nous rapportons ici, dans l’ordre où elles nous parviennent, les nouvelles de cette journée. Elles arrivent par la route du nord, portées par des cavaliers et des courriers, souvent fragmentaires, parfois contradictoires. Certaines sont établies ; beaucoup ne sont que ce qui se dit de bouche en bouche au Forum. Nous distinguons les deux et nommons, quand nous le pouvons, qui affirme quoi. Les chiffres et les intentions prêtés à César sont donnés sous réserve : la rumeur grossit à mesure qu’elle chemine.
DépêcheIncertain
Un premier cavalier entre par la voie du nord
Un cavalier couvert de boue est entré dans la Ville par la voie Flaminia peu avant le jour et a gagné aussitôt la maison d’un sénateur. On dit qu’il descend de la province, qu’il a changé de monture plusieurs fois et qu’il porte de mauvaises nouvelles. Ce qu’il a dit exactement, nul autour de nous ne le tient de première main. À cette heure, nous n’avons qu’une chose sûre : quelqu’un est venu du nord en hâte, et l’on s’est empressé de le faire taire dans une maison.
DépêcheIncertain
Les premières dépêches se contredisent déjà
D’autres arrivants confirment un mouvement de troupes du côté de la frontière de la province, mais sur le reste rien ne s’accorde. Les uns assurent que César a franchi en armes le cours d’eau qui borne son commandement et qu’une ville a été prise ; les autres, venus par la même route, disent seulement avoir vu des enseignes en marche, sans savoir où ni combien. Nous ne trancherons pas : à cette heure, les récits se démentent l’un l’autre.
RumeurIncertain
Au Forum, la rumeur enfle d’heure en heure
La nouvelle a gagné le Forum et ne cesse d’y grossir. On entend citer une légion, puis deux, puis toute une armée ; on parle de villes ouvertes, de campagnes en fuite, d’une colonne qui déjà descendrait vers le sud. Chaque bouche ajoute à ce qu’elle a reçu. Nous le disons franchement : ces nombres et ces marches ne sont vérifiés par personne. La crainte, elle, est réelle et court plus vite que les courriers.
César tenait ses quartiers à Ravenne, aux confins de sa province de Gaule cisalpine. Vers le sud, un cours d’eau marque la limite au-delà de laquelle un gouverneur ne peut mener ses troupes en armes sans se mettre hors la loi. Passé cette borne, la première ville d’Italie sur la route est Ariminum, où débute la voie Flaminia qui remonte vers Rome. Voici les repères de la descente, tels qu’on peut les situer.
RavenneBase de César
Ville de la province de Gaule cisalpine où César tenait ses quartiers d’hiver avec ses troupes, à l’écart de Rome mais à portée de la frontière.
La frontière de provinceUn cours d’eau-limite
Un petit fleuve côtier marque le sud de la Gaule cisalpine. La borne est juridique avant d’être géographique : au-delà, la province cesse et l’imperium du gouverneur avec elle. Son tracé exact reste discuté (voir notes).
Ariminum (Rimini)1ʳᵉ ville d’Italie
Première cité au sud de la frontière, sur la côte adriatique. On rapporte qu’elle a été occupée sans combat au lendemain du franchissement.
La voie FlaminiaAxe vers Rome
Grande route qui part d’Ariminum et traverse l’Apennin jusqu’à Rome. C’est l’artère par laquelle une armée du nord, comme une nouvelle, gagne la Ville.
Ariminum → Rome≈ 220 milles
Environ deux cent vingt milles romains par la voie Flaminia, soit plusieurs jours de marche ou de chevauchée. La distance qui sépare la frontière de la Ville — et qui mesure aussi le retard de nos nouvelles.