Un des notaires commis au procès, du greffe du tribunal de Rouen
Dans les coulisses du greffe : un notaire du tribunal explique comment la cause est mise en écrit
Pendant que se poursuivent les interrogatoires de la Pucelle dans sa prison du château, tout, dit-on, se consigne mot pour mot. Comment ? En quelle langue ? Avec quelles peines ? Un des notaires commis au procès a accepté de nous décrire sa besogne — la besogne du greffe, et non le fond de la cause, qu’il n’est pas le sien de juger.
Vous êtes l’un des notaires commis à cette cause. En quoi consiste, au juste, votre office ?Mon office est d’écrire, rien de plus et rien de moins. À chaque séance, je suis assis non loin des juges, ma plume prête, et je recueille ce qui se dit : la question posée à l’accusée, sa réponse, et, s’il y a lieu, ce que les assesseurs en disent entre eux. Nous sommes plusieurs à cette charge, et c’est à dessein. Chacun écrit de son côté, sur sa propre minute, et nous ne mêlons pas nos écritures durant la séance. Le soir venu, ou le lendemain, nous rapprochons nos feuillets pour nous assurer que nous avons entendu la même chose et que rien d’essentiel n’a échappé à l’un que l’autre aurait retenu. Là où nous différons, nous en débattons jusqu’à nous accorder. C’est une besogne lente, mais c’est le prix de la fidélité.
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