Un bourgeois de Rouen — marchand établi dans la ville, ni homme d’Église ni homme du roi d’Angleterre
« On la tient, mais on ne l’a pas vue » : un bourgeois de Rouen dit l’humeur de la ville
La cause vient de s’ouvrir au château, mais c’est dans la rue, sur les ponts et au marché, qu’on en parle le plus. Nous avons quitté les abords du tribunal pour écouter la ville elle-même. Un marchand établi de longue date à Rouen — ni homme d’Église ni homme du roi d’Angleterre — a bien voulu nous dire ce qu’il voit, ce qu’il entend répéter, et ce qu’il en craint.
La ville parle-t-elle déjà de cette affaire ?On ne parle que de cela. Depuis que la nouvelle a couru qu’on l’avait amenée ici et qu’on allait lui faire son procès, il n’est marché, taverne ni passage de pont où le nom ne revienne. On s’aborde pour en demander des nouvelles, on répète ce que le voisin a dit tenir d’un autre, et chacun ajoute son mot. À la boutique, les chalands me questionnent comme si j’en savais plus qu’eux, ce qui n’est point le cas. C’est une de ces affaires qui prennent une ville tout entière : les gens d’Église en discutent à leur manière, les femmes à la fontaine à la leur, et jusqu’aux enfants qui répètent des noms qu’ils ne comprennent pas. Je ne me souviens pas qu’une prisonnière ait fait tant de bruit chez nous.
Lire l’entretien