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Septembre 1356 : le désastre de Poitiers et la capture du roi

18-20 septembre 1356 · Le désastre de Poitiers · Perspective Vu du camp et de l’entourage du roi, septembre 1356

À la une
Jean II le Bon fait prisonnier par les Anglais à la bataille de Poitiers, enluminure du XVe siècle

Le roi est pris : désastre français devant Poitiers

Maître de Marie de Bourgogne (attrib.), « Jean II le Bon fait prisonnier par les Anglais à la bataille de Poitiers, 1356 », in David Aubert, Chroniques de Flandre (1477), Holkham Hall MS 659, f. 267 r° — domaine public (Wikimedia Commons).

Au soir du 19 septembre, sur le coteau de Maupertuis, l’armée du roi Jean II a été brisée par les gens du prince de Galles, malgré une supériorité de nombre qui semblait écrasante. Le roi lui-même et son plus jeune fils, Philippe, ont été pris vivants. Les nouvelles qui parviennent jusqu’à nous demeurent confuses, et nul ne sait encore quelle main exactement tient le souverain captif.

Geoffroy d’Argences 20 septembre 1356, 08h00 7 min

Quatre batailles en une matinée

Heure par heure, la reconstitution des quatre assauts successifs sur les haies de Nouaillé, jusqu’à la rupture de l’ost royal — avec, en regard, le déroulé des phases et le bilan des pertes.

Poitiers, 19 septembre 1356

Le jour des quatre batailles

Le déroulé de la journée de Maupertuis, des premières charges brisées à la capture du roi, tel qu’on peut le reconstituer en croisant les récits des deux camps.

Morts (selon les comptes) de ~700 à 3 300

Écart considérable entre les bilans français et anglais : un ordre de grandeur, non un décompte sûr.

Prisonniers près de 2 000 hommes d’armes

Outre le roi et son fils, de hauts personnages, dont l’archevêque de Sens.

Confirmé

Les charges brisées

Les cavaleries des maréchaux Audrehem et Clermont se heurtent aux haies et aux archers ; Clermont est tué, Audrehem pris.

Confirmé

Le dauphin et Bourbon

La bataille conduite par le dauphin Charles et le duc de Bourbon s’épuise dans une longue mêlée ; le duc de Bourbon est tué.

Rapporté

Le départ du duc d’Orléans

Une large part de l’armée quitte le champ avec le frère du roi ; les raisons en sont disputées.

Confirmé

Le roi à pied, puis pris

Jean II combat à pied sous l’oriflamme ; la troupe montée du captal de Buch surgit sur les arrières, Charny tombe, et le roi est fait prisonnier.

Le motif du départ du duc d’Orléans et l’identité de celui qui a pris le roi demeurent contestés.

Les paroles rapportées de cette journée relèvent du récit, non du fait établi.

Pourquoi le nombre n’a pas suffi

L’ost du roi était deux à trois fois plus nombreuse, et pourtant défaite. Le terrain, les archers, le choix de combattre à pied : enquête sur un désastre, rapprochée du rapport de forces d’avant-bataille.

Poitiers, septembre 1356

Le nombre contre la haie

Le rapport de forces, en fourchettes, entre l’armée du roi de France et l’ost anglo-gascon retranché sur le coteau de Maupertuis. Les chiffres, issus de chroniques divergentes, sont à prendre comme des ordres de grandeur.

Armée du roi de France 14 000 à 16 000 hommes

Forte cavalerie de chevaliers et d’hommes d’armes, appuyée de gens de pied.

Ost anglo-gascon environ 5 000 à 6 000 hommes

À peu près 3 000 hommes d’armes, 2 000 archers anglais et gallois, 1 000 fantassins gascons.

Le terrain haies, vignes, fossés

Un coteau coupé qui gêne la charge de cavalerie et protège les archers retranchés.

Confirmé

Départ de la chevauchée

Le prince de Galles s’élance de Bergerac et remonte vers le nord en ravageant le pays.

Confirmé

L’armée royale en chasse

Jean II franchit la Loire à Blois et prend l’ost anglo-gascon en poursuite.

Confirmé

Face à face sous Poitiers

Le prince se retranche près de Nouaillé-Maupertuis ; le cardinal de Périgord cherche encore une trêve.

Effectifs donnés en fourchettes : les chroniques anglaises et françaises divergent.

État arrêté à la veille de la bataille.

Vainqueur, martyr, enfant

Trois visages de Maupertuis : le prince anglais qui a tenu le coteau et pris notre roi, le porte-oriflamme tombé les armes à la main, et le cadet de quatorze ans resté jusqu’au bout près de son père.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Arnoul d’Audrehem, maréchal de France, prisonnier

Le maréchal d’Audrehem : « J’ai chargé le premier, et je n’ai vu que le premier choc »

Fait prisonnier dès l’assaut d’ouverture, à la tête de la pointe montée lancée contre les archers, Arnoul d’Audrehem, maréchal de France, n’a rien vu de ce qui a suivi : il l’apprend par bribes, depuis sa captivité. Blessé légèrement, sa foi engagée selon l’usage des armes, il revient sur l’ordre du roi de combattre à pied, sur la querelle du matin avec Jean de Clermont — tué à ses côtés —, et sur ce chemin creux où la charge s’est brisée sur les traits. Il a déjà connu les geôles anglaises, à Calais. Entretien avec un captif qui reste un maréchal.

Maréchal, vous voici prisonnier. Dites-nous d’abord comment vous êtes tombé aux mains de l’ennemi, et dans quel état on vous a pris.

On m’a pris vivant, et c’est déjà beaucoup au milieu d’une telle mêlée. J’ai reçu un coup au front et un autre à l’épaule, rien qui abatte un homme rompu aux armes ; le sang a coulé, mais je tenais encore debout quand on m’a désarmé. Dès lors, tout s’est fait selon l’usage des armes : j’ai remis ma foi, on m’a traité avec les égards dus à un homme de marque, et je suis désormais prisonnier de rançon. Je ne vous dirai pas qui m’a pris, car dans la confusion et la poussière, plusieurs mains se sont portées sur moi, et il ne serait pas honnête de nommer l’un plutôt que l’autre. Ce que je sais, c’est que je vis, et que d’autres, meilleurs que moi, sont restés sur le champ.

Lire l’entretien
21 septembre 1356, 16h0012 min
Portrait

Le captal de Buch, ce Gascon du roi d’Angleterre dont la poignée de cavaliers a pris nos arrières

Tandis que notre roi combattait à pied sous l’oriflamme, une petite troupe montée — cent cinquante à cent quatre-vingts cavaliers tout au plus, hommes d’armes et archers mêlés — a tourné nos arrières et jeté la panique dans nos rangs. À sa tête, Jean de Grailly, seigneur du pays de Buch, Gascon et vassal du roi d’Angleterre pour l’Aquitaine. Portrait d’un homme de guerre, et récit du coup qui a rendu possible la prise du roi.

21 septembre 1356, 20h00 5 min
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