Hélie de Talleyrand-Périgord, cardinal-évêque d’Albano, légat du pape Innocent VI
Le cardinal de Périgord : « J’ai chevauché d’un camp à l’autre, et la paix m’a glissé des mains »
Légat du pape Innocent VI, le cardinal Hélie de Talleyrand-Périgord avait porté entre les deux ost, jusqu’à l’aube du dimanche, les offres du prince de Galles : places rendues, longue trêve, libre passage. Au lendemain du désastre de Maupertuis, l’homme d’Église, qui se veut au-dessus des partis, revient sur ces heures où la guerre pouvait encore être évitée. Entretien sans complaisance.
Monseigneur, vous étiez le dimanche à l’aube entre les deux armées. Vous saviez donc, mieux que quiconque, ce qui s’apprêtait. Comment avez-vous vécu ces dernières heures avant le choc ?Je les ai vécues à cheval, mon ami, et à genoux. À cheval, parce qu’il fallait passer et repasser le ravin qui sépare les deux ost, et il n’est pas court. À genoux, parce que je n’avais d’autre arme que la prière. J’ai vu le soleil se lever sur les haies et les vignes du coteau, sur les bannières déployées de part et d’autre, sur des milliers d’hommes que rien ne séparait que quelques centaines de pas et une montagne d’orgueil. Croyez-moi : quand on a senti, comme moi ce matin-là, que tout pouvait encore basculer d’un mot, et que le mot n’est pas venu, on n’oublie pas une telle aube.
Lire l’entretien