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1347-1348 : la grande mortalité remonte le royaume

novembre 1347 - octobre 1348 · La grande mortalité · Perspective Vu du royaume de France, du port de Marseille à Paris, automne 1347 - automne 1348

À la une
Enluminure médiévale : une nef quitte un port méditerranéen vers l’Orient, longeant une cité fortifiée, tandis qu’une caravane de cavaliers et de chameaux s’éloigne sur le rivage.

Un mal venu de la mer frappe Marseille

Maître de la Mazarine (atelier parisien), « Le départ des voyageurs », enluminure du Livre des Merveilles de Marco Polo (BnF, Ms. fr. 2810, vers 1410-1412), Bibliothèque nationale de France — domaine public (Wikimedia Commons).

Depuis les premiers jours de novembre, une mortalité d’une soudaineté inouïe s’est abattue sur Marseille. On la dit entrée par le port, apportée d’Orient sur le pont d’un navire ; en quelques jours, des familles entières sont au tombeau, et l’on parle déjà de morts qu’on ne peut plus compter. Nous rapportons ici ce que l’on en sait — et c’est bien peu —, sans pouvoir dire ni d’où vient ce fléau, ni jusqu’où il ira.

Notre correspondant en Provence 15 novembre 1347, 08h00 8 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un syndic de la cité de Marseille, marchand de la ville basse et membre du conseil de la cité, mêlé aux affaires du port et de l’approvisionnement en blé.

« Nous avons laissé entrer le navire » : un homme du conseil de Marseille devant le mal

Le mal est entré par la mer, et c’est nous qui avons laissé accoster le navire. Un homme du conseil de la cité — de ceux qui délibèrent sur les droits de mer et l’achat du blé — reçoit ici la rédaction. Il dit le port qu’on ne peut fermer sans affamer la ville, l’ordre qui se défait, les morts qu’on ensevelit sans les compter, et ce qu’une cité sans prince présent et sans unité peut, ou ne peut pas, devant un fléau qu’elle ne comprend pas.

Tout aurait commencé par un navire entré dans le port. D’où venait-il, et que portait-il ?

Des galères des marchands de Gênes, revenues des échelles d’Orient et de la mer Noire, comme il en vient chaque année à cette saison. Elles portaient ce qu’elles portent toujours : du blé, des cuirs, des épices, des denrées ramassées là-bas et qu’on écoule ici. Rien, à les voir de loin, ne les distinguait des autres. Mais on a su depuis que le mal était à bord bien avant qu’elles n’accostent : des hommes de l’équipage étaient déjà pris, dit-on, dès la traversée, et d’autres sont tombés à peine descendus sur nos quais, si vite qu’on n’a pas eu le loisir de comprendre. Ce sont ces navires-là, revenus de la mer avec leur cargaison ordinaire, qui nous ont apporté ce que nous n’avions pas commandé.

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8 novembre 1347, 08h0013 min
Opinion

A-t-on le droit de fuir le mal ?

Le mal est à peine entré dans le port que déjà les mieux nantis gagnent les hauteurs, laissant derrière eux voisins et parents. Les mires enseignent qu’il faut fuir vite, fuir loin, et revenir tard ; sauver sa vie, disent-ils, n’est point péché. Je le veux bien. Mais laisser un mourant sans secours et sans confession, c’est manquer à la charité que le Christ nous commande. En ces jours où l’Église honore ses morts, voici ce qu’un homme d’Église croit devoir rappeler.

10 novembre 1347, 08h00 8 min
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