Le mal est entré dans Paris à la fin de l’été. Nous tenons de jour en jour le registre de ce que nous voyons et de ce qu’on nous rapporte : l’Hôtel-Dieu débordé, les charrettes vers les Saints-Innocents, les paroisses en deuil. Rien n’est compté pour sûr, et nul ne sait quand cela cessera.
FaitConfirmé
Le mal est dans nos murs
Ce que l’on redoutait depuis que les nouvelles montaient du Midi est arrivé : le mal est entré dans Paris. On signale les premiers morts en plusieurs paroisses à la fois, sans qu’on puisse dire par où il a passé les murs. La ville, qui suivait de loin le malheur des autres, se découvre à son tour frappée.
DépêcheProbable
L’Hôtel-Dieu ne désemplit plus
On porte à l’Hôtel-Dieu plus de malades qu’il n’en peut tenir. Les lits se partagent, les salles débordent dans les galeries. Les sœurs qui y servent ne fuient point et veillent les mourants jusqu’au bout, au péril de leur propre vie ; on en voit tomber malades à leur tour et mourir comme ceux qu’elles soignaient.
FaitProbable
Deux façons de mourir
On reconnaît le mal à deux signes. Les uns sont pris de fièvre et crachent le sang, et ceux-là s’en vont en deux ou trois jours. Les autres voient lever sous la peau des bosses et des glandes enflées aux aisselles et aux aines, et tiennent un peu plus avant de succomber. Peu en réchappent, et l’on n’a point de remède qui vaille.
DépêcheProbable
Les charrettes vers les Innocents
Au point du jour passent les charrettes chargées de morts, que l’on mène au cimetière des Saints-Innocents. Là, faute de place pour des fosses séparées, on creuse de longues tranchées où les corps sont rangés par lits, et que l’on bénit à la hâte. Le prêtre n’a pas le temps de chaque mort ; il bénit la fosse, et c’est tout ce qu’on peut donner.
La remontée de la grande mortalité, étape par étape
Entré par la mer à Marseille à l’arrière-saison de 1347, le mal a remonté la vallée du Rhône et gagné le royaume de proche en proche, jusqu’à Paris. Voici, d’après ce qu’on en sait à ce jour, les étapes connues de sa marche — sans présumer de la suite.
Confirmé
Marseille
Un navire venu d’Orient, des échelles de Gênes et de la mer Noire, apporte le mal au port. La ville est durement frappée dès l’hiver.
Confirmé
La Provence
De la côte aux collines, le mal gagne Aix et l’arrière-pays en suivant les routes des marchands.
Confirmé
Avignon
La cité où réside le souverain pontife, hors du royaume sur terre d’Empire, devient un foyer majeur ; on y meurt en grand nombre.
Confirmé
Le Languedoc
Montpellier et Béziers d’abord, puis Narbonne et Carcassonne ; le Midi s’embrase et le mal pousse vers Perpignan.
Confirmé
Toulouse, Montauban, l’Auvergne
Le mal gagne le sud-ouest intérieur et les pays du centre.
Incertain
Lyon
Le mal remonte le Rhône et la Saône ; la date exacte de son entrée dans la ville est diversement rapportée.
Confirmé
Bordeaux et l’Aquitaine
Foyer majeur de l’ouest, par où le mal gagne aussi, dit-on, les côtes d’au-delà de la mer.
Rapporté
Rouen et la Normandie
Le mal atteint le nord-ouest du royaume vers la Saint-Jean.
Confirmé
Paris
La grande mortalité entre dans la capitale vers la fin du mois ; l’Hôtel-Dieu déborde et les fosses se creusent aux Saints-Innocents.
20 octobre 1348
Le verdict des astres
Sur commande du roi Philippe VI, la Faculté de médecine de Paris rend sa consultation : le mal vient d’une conjonction des astres ayant corrompu l’air.