Un agent de la gare de Montoire-sur-le-Loir (SNCF), en poste durant les journées d’octobre 1940 — profil composite
« Le quai vidé de ses hommes »
Il tient un quai de la gare de Montoire depuis des années. Ces derniers jours, on l’en a écarté sans un mot d’explication : sa gare a été nettoyée, repeinte, bouclée, puis confiée à d’autres, des cheminots allemands, tandis qu’on lui ordonnait de se taire et de rester chez lui, volets clos. Il a vu passer des trains lourds, un tapis rouge déroulé sur son quai, des plantes en pots qu’il n’avait jamais vues. Il a peut-être croisé, sans le savoir, un homme dont on parle aujourd’hui dans tout le pays. Ce soir, une heure après l’allocution du maréchal à la radio, il met enfin un nom sur ce qu’il a subi.
Depuis quand n’êtes-vous plus sur votre quai ?Depuis une bonne semaine, et ça a commencé sans qu’on nous prévienne. Un matin, vers le 19 ou le 20, on a vu arriver du monde, des officiers, des gens qui regardaient la voie, qui mesuraient, qui parlaient entre eux, des Français et des Allemands ensemble. On a cru d’abord à un contrôle, comme il en passe. Puis les camions sont venus, pleins de soldats, et on a compris que ce n’était pas ordinaire. On ne nous a rien expliqué. On nous a dit de continuer notre service et de ne pas poser de questions. Un cheminot, ça obéit au signal ; là, le signal, c’était de se taire.
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