Un chroniqueur du paysage informationnel (profil composite, recoupant presse contrôlée, rumeur publique et radios étrangères)
« Ce que l’on peut — et ne peut pas — savoir »
Trois jours après la poignée de main de Montoire, tout n’est pas dit, et beaucoup ne sera peut-être jamais dit. Pour démêler le sûr du supposé, nous avons réuni les notes d’un confrère qui passe ses journées à recouper la presse autorisée des deux zones, la rumeur des files d’attente et ce qui filtre des radios étrangères. Un long entretien sur le peu que l’on sait, le beaucoup que l’on ignore, et la manière dont l’information circule — ou ne circule pas — dans la France d’octobre 1940.
Commençons par le solide. Que sait-on, vraiment, de source sûre ?Très peu, mais ce peu est ferme. On sait qu’une rencontre a eu lieu le 24 octobre, dans une gare, entre le maréchal Pétain et le chancelier Hitler. On sait qu’ils se sont serré la main. On sait que le chef du gouvernement, M. Laval, était présent, et qu’il y avait des Allemands de premier rang, dont le ministre von Ribbentrop. Voilà à peu près l’os de l’affaire : un lieu, une date, des présents, un geste. Tout le reste — la teneur des propos, l’existence d’un texte signé, les engagements pris de part et d’autre — appartient pour l’instant au domaine de ce qu’on suppose, pas de ce qu’on établit. Et je pèse mes mots : entre « on a parlé » et « on a conclu », il y a un gouffre que rien, à ce jour, ne permet de combler.
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