Reconstitution du vendredi 8 février 1250 d'après les récits recueillis au camp, sur le franchissement du Bahr al-Saghîr et l'entrée dans la ville
Note de la rédactionConfirmé
Le tumulte ne se compte pas à l'horloge
Ce fil recueille ce qui nous est rapporté du jour d'hier, dans le désordre où les nouvelles nous parviennent au camp. Nul ne tenait d'horloge sur ce champ ; les repères qu'on donne ci-dessous — « avant l'aube », « vers tierce » — sont des à-peu-près, redressés d'après l'ordre le plus probable des faits, non des heures assurées. Nous séparons ce qui est tenu pour sûr, ce qui nous vient de la bouche des rescapés, et ce qui n'est que bruit de camp.
FaitConfirmé
Le gué est franchi
Après plus d'un mois où l'ost demeurait bloqué devant le canal, un habitant du pays a montré aux nôtres un gué praticable en amont, du côté de Bermont. Le comte d'Artois s'y est porté avec l'avant-garde, chevaliers du Temple et gens du roi d'Angleterre en tête, et le passage s'est fait avant le plein jour, à la barbe du camp sarrasin.
FaitConfirmé
Le camp de l'émir Fakhr al-Dîn surpris, l'émir tué
Le passage fait, nos gens sont tombés sur le camp de l'émir Fakhr al-Dîn, qui commandait pour le soudan, avant qu'il ne fût sur ses gardes. La surprise a été telle que la garde sarrasine a été enfoncée en peu de temps. On tient pour assuré que l'émir lui-même y a trouvé la mort dans la confusion du premier choc, sans qu'on sache encore au camp par quelle main précisément.
DépêcheProbable
L'avant-garde veut pousser plus avant
Le premier succès obtenu, il s'est trouvé des voix dans les rangs de l'avant-garde, et l'on nomme surtout messire Foucaut du Merle, ancien gouverneur du comte, pour presser le comte d'Artois de ne pas s'arrêter là et de courir sus jusque dans La Mansourah même, tandis que les Sarrasins sont encore défaits. Le maître du Temple, messire Guillaume de Sonnac, aurait conseillé d'attendre le gros de l'ost et le roi, qui n'avait pas encore franchi le gué. Le comte n'en a rien fait.
La géographie d'une remontée : le fleuve, ses branches et le gué
Le pays du Nil tel qu'un homme de l'ost l'a devant les yeux : le grand fleuve qui se sépare en plusieurs branches avant de se perdre dans la mer, Damiette assise près de l'embouchure orientale, et l'armée qui remonte le cours vers l'amont. À une journée de marche en avant, La Mansourah barre la route du Caire, protégée par un canal, le Bahr al-Saghîr, qui coupe le chemin des Francs. En aval, entre Damiette et la ville-piège, s'étire le bourg de Fariskur, sur la rive du fleuve.
De Damiette à La MansourahUne petite journée de fleuve vers l'amont
On compte de la place prise jusqu'à la ville qui barre la route quelque chose comme une bonne journée de marche le long de la rive ; la distance se dit en journées, non en lieues comptées, et varie d'un guide à l'autre.
Les branches du NilUn fleuve qui se divise avant la mer
À l'approche de la côte, le Nil se partage en plusieurs bras qui enferment des langues de terre basse, coupées de canaux ; Damiette commande le bras oriental, par où l'on est entré dans le pays.
Le canal Bahr al-SaghîrLa coupure devant La Mansourah
Un canal joint le bras du fleuve devant la ville ; tant qu'il n'est pas franchi, l'ost reste arrêté sur la rive opposée, en vue de l'ennemi mais sans pouvoir l'atteindre. On y cherche un passage depuis des jours.
L'enlisement dans le deltaEnviron six mois entre les deux villes
De la prise de Damiette au début de l'été à la marche vers l'amont à l'entrée de l'hiver, l'armée est demeurée près d'un demi-an dans le pays bas, retenue par la crue du fleuve puis par l'attente des renforts. Ordre de grandeur, non un compte au jour près.
L'ost de LouisPlusieurs dizaines de milliers d'hommes
On donne l'armée du roi à quelques dizaines de milliers de combattants et de gens de suite, chevaliers, sergents et piétons mêlés ; estimation colportée au camp, jamais un dénombrement vérifiable.
Confirmé
Débarquement et prise de Damiette
La flotte croisée aborde devant Damiette ; la ville, évacuée par l'émir Fakhr al-Dîn, tombe aux mains des Francs sans le long siège qu'on redoutait. C'est la tête de pont dans le pays.
Rapporté
L'ost retenu par la crue
Le Nil monte et couvre le pays bas ; l'armée demeure autour de Damiette, dans l'attente de la décrue et des renforts d'Alphonse de Poitiers. Les semaines passent dans les eaux et la fièvre du fleuve.
Incertain
La marche vers l'amont
La crue retombée, l'ost quitte Damiette et remonte la rive vers Le Caire, l'armée à terre et les vaisseaux suivant le cours du fleuve. La date se dit à quelques jours près.
Confirmé
Le gué franchi devant La Mansourah
Un passage est trouvé sur le canal du Bahr al-Saghîr ; l'avant-garde traverse à gué au petit jour et paraît devant La Mansourah, la ville qui barre la route du Caire. Ici s'arrête ce que dit cette carte.
Le piège de la ville
Ceux qui menaient la charge
Un frère du Temple dit de l'intérieur ce que fut l'entrée dans la ville, et le portrait du comte d'Artois qui la menait.
Entretien
Le grand entretien du jour
La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.