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1250 : Louis IX en Égypte, le roi captif

Juin 1249 – mai 1250 · Le désastre de La Mansourah · Perspective Vu de l'ost du roi, devant La Mansourah, 13 février 1250

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Enluminure médiévale : mêlée de chevaliers en cottes fleurdelisées, épées et sabres levés, un cheval caparaçonné abattu et des combattants blessés au sol, lors de la bataille de La Mansourah

La Mansourah : l’avant-garde engloutie dans la ville

Enluminure anonyme, « Vie et miracles de saint Louis » de Guillaume de Saint-Pathus, vers 1330-1340 (BnF, Français 5716, f. 199), Bibliothèque nationale de France — domaine public (Wikimedia Commons).

Le mardi 8 de ce mois de février, au petit jour, un gué a enfin livré passage au bras d’eau qui nous barrait la route. L’avant-garde a passé la première, culbuté le camp ennemi et s’est jetée dans La Mansourah. Elle n’en est pas ressortie. Le comte d’Artois, frère du roi, y est demeuré ; avec lui le comte de Salisbury, messire Raoul de Coucy, et tant de chevaliers qu’on n’ose encore en faire le compte. Nous écrivons ce que nous savons, et disons franchement ce que nous ignorons.

Guillaume de Saint-Jean, clerc 13 février 1250 7 min
En direct Reconstitution

La Mansourah, 8 février : la journée heure par heure

Reconstitution du vendredi 8 février 1250 d'après les récits recueillis au camp, sur le franchissement du Bahr al-Saghîr et l'entrée dans la ville

Le tumulte ne se compte pas à l'horloge

Ce fil recueille ce qui nous est rapporté du jour d'hier, dans le désordre où les nouvelles nous parviennent au camp. Nul ne tenait d'horloge sur ce champ ; les repères qu'on donne ci-dessous — « avant l'aube », « vers tierce » — sont des à-peu-près, redressés d'après l'ordre le plus probable des faits, non des heures assurées. Nous séparons ce qui est tenu pour sûr, ce qui nous vient de la bouche des rescapés, et ce qui n'est que bruit de camp.

Le gué est franchi

Après plus d'un mois où l'ost demeurait bloqué devant le canal, un habitant du pays a montré aux nôtres un gué praticable en amont, du côté de Bermont. Le comte d'Artois s'y est porté avec l'avant-garde, chevaliers du Temple et gens du roi d'Angleterre en tête, et le passage s'est fait avant le plein jour, à la barbe du camp sarrasin.

Le camp de l'émir Fakhr al-Dîn surpris, l'émir tué

Le passage fait, nos gens sont tombés sur le camp de l'émir Fakhr al-Dîn, qui commandait pour le soudan, avant qu'il ne fût sur ses gardes. La surprise a été telle que la garde sarrasine a été enfoncée en peu de temps. On tient pour assuré que l'émir lui-même y a trouvé la mort dans la confusion du premier choc, sans qu'on sache encore au camp par quelle main précisément.

L'avant-garde veut pousser plus avant

Le premier succès obtenu, il s'est trouvé des voix dans les rangs de l'avant-garde, et l'on nomme surtout messire Foucaut du Merle, ancien gouverneur du comte, pour presser le comte d'Artois de ne pas s'arrêter là et de courir sus jusque dans La Mansourah même, tandis que les Sarrasins sont encore défaits. Le maître du Temple, messire Guillaume de Sonnac, aurait conseillé d'attendre le gros de l'ost et le roi, qui n'avait pas encore franchi le gué. Le comte n'en a rien fait.

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Le delta du Nil, de Damiette à La Mansourah

La géographie d'une remontée : le fleuve, ses branches et le gué

Le pays du Nil tel qu'un homme de l'ost l'a devant les yeux : le grand fleuve qui se sépare en plusieurs branches avant de se perdre dans la mer, Damiette assise près de l'embouchure orientale, et l'armée qui remonte le cours vers l'amont. À une journée de marche en avant, La Mansourah barre la route du Caire, protégée par un canal, le Bahr al-Saghîr, qui coupe le chemin des Francs. En aval, entre Damiette et la ville-piège, s'étire le bourg de Fariskur, sur la rive du fleuve.

De Damiette à La Mansourah Une petite journée de fleuve vers l'amont

On compte de la place prise jusqu'à la ville qui barre la route quelque chose comme une bonne journée de marche le long de la rive ; la distance se dit en journées, non en lieues comptées, et varie d'un guide à l'autre.

Les branches du Nil Un fleuve qui se divise avant la mer

À l'approche de la côte, le Nil se partage en plusieurs bras qui enferment des langues de terre basse, coupées de canaux ; Damiette commande le bras oriental, par où l'on est entré dans le pays.

Le canal Bahr al-Saghîr La coupure devant La Mansourah

Un canal joint le bras du fleuve devant la ville ; tant qu'il n'est pas franchi, l'ost reste arrêté sur la rive opposée, en vue de l'ennemi mais sans pouvoir l'atteindre. On y cherche un passage depuis des jours.

L'enlisement dans le delta Environ six mois entre les deux villes

De la prise de Damiette au début de l'été à la marche vers l'amont à l'entrée de l'hiver, l'armée est demeurée près d'un demi-an dans le pays bas, retenue par la crue du fleuve puis par l'attente des renforts. Ordre de grandeur, non un compte au jour près.

L'ost de Louis Plusieurs dizaines de milliers d'hommes

On donne l'armée du roi à quelques dizaines de milliers de combattants et de gens de suite, chevaliers, sergents et piétons mêlés ; estimation colportée au camp, jamais un dénombrement vérifiable.

Confirmé

Débarquement et prise de Damiette

La flotte croisée aborde devant Damiette ; la ville, évacuée par l'émir Fakhr al-Dîn, tombe aux mains des Francs sans le long siège qu'on redoutait. C'est la tête de pont dans le pays.

Rapporté

L'ost retenu par la crue

Le Nil monte et couvre le pays bas ; l'armée demeure autour de Damiette, dans l'attente de la décrue et des renforts d'Alphonse de Poitiers. Les semaines passent dans les eaux et la fièvre du fleuve.

Incertain

La marche vers l'amont

La crue retombée, l'ost quitte Damiette et remonte la rive vers Le Caire, l'armée à terre et les vaisseaux suivant le cours du fleuve. La date se dit à quelques jours près.

Confirmé

Le gué franchi devant La Mansourah

Un passage est trouvé sur le canal du Bahr al-Saghîr ; l'avant-garde traverse à gué au petit jour et paraît devant La Mansourah, la ville qui barre la route du Caire. Ici s'arrête ce que dit cette carte.

Les effectifs de l'ost sont donnés en fourchette et à titre d'ordre de grandeur : aucune source d'époque n'en offre un décompte sûr, les nombres colportés au camp enflent ou fondent selon les bouches.

La géographie du delta est reconstituée d'après les récits de l'expédition : le tracé exact des branches et des canaux, mouvant d'une crue à l'autre, ne se laisse pas fixer au trait près.

Carte dressée d'après ce qui est connaissable jusqu'au passage du gué : elle mène le regard de Damiette à La Mansourah et ne préjuge en rien de ce qui adviendra en amont. Fariskur n'y figure que comme un bourg de la rive, en aval, sur le chemin déjà parcouru.

Toponymie et étapes croisées sur « Septième croisade » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Septi%C3%A8me_croisade), « Siege of Damietta (1249) » (https://en.wikipedia.org/wiki/Siege_of_Damietta_(1249)) et « Bataille de Mansourah » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Mansourah).

Ceux qui menaient la charge

Un frère du Temple dit de l'intérieur ce que fut l'entrée dans la ville, et le portrait du comte d'Artois qui la menait.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

La contre-attaque du 11 février et le procès de la charge

L'ost tient le terrain conquis lors du choc du 11 février ; puis une plume pèse la faute et l'honneur de la charge.

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