Notre dossier du moment

Janvier 1793 : la Convention juge et exécute Louis Capet

Janvier 1793 · Édition de Paris · Perspective Paris

À la une
Vue d’ensemble de la place de la Révolution lors de l’exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793, avec la foule et l’échafaud.

Louis Capet a été exécuté ce matin

Isidore-Stanislas Helman d’après Charles Monnet, Exécution de Louis XVI, 1794 — Bibliothèque nationale de France. Domaine public (Wikimedia Commons).

Le ci-devant roi est monté ce matin sur l’échafaud dressé place de la Révolution. Le couperet est tombé à dix heures vingt-deux. Il a voulu parler au peuple ; les tambours ont couvert sa voix. Récit d’une matinée que la capitale n’avait jamais vue.

La rédaction 21 janvier 1793, 18h00 7 min
En direct En cours

Direct — 21 janvier 1793 : la matinée de l’exécution de Louis Capet, heure par heure

Nous actualisons au rythme des nouvelles venues du Temple et de la place de la Révolution. Les heures sont approximatives et les éléments non confirmés signalés comme tels.

Réveil au donjon du Temple

Le condamné est éveillé au petit matin dans sa prison. Il demande à s’entretenir avec le prêtre qu’il a fait venir pour l’assister, l’abbé Edgeworth de Firmont.

Une dernière messe dans la chambre de la prison

L’abbé Edgeworth célèbre la messe dans la chambre même du Temple ; le condamné y communie et remet, dit-on, ses dernières volontés et un anneau pour les siens.

Santerre vient signifier le départ

Le général Santerre, à la tête de la garde, se présente au Temple : il est temps de partir. Le condamné paraît calme.

Départ du Temple en voiture

Le condamné monte en voiture, le prêtre à ses côtés. Le trajet se fait au pas, par des rues bordées de soldats et fermées au public, dans un grand silence.

Ouvrir le direct complet
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un conventionnel girondin partisan de l’appel au peuple (Jean-Baptiste Réaubourg, député d’un département de l’Ouest, composite reconstitué)

Entretien | Un conventionnel girondin au lendemain du rejet de l’appel au peuple : « Nous voulions que ce fût la nation qui frappe, et non un parti »

Partisan de soumettre la peine au peuple, il a vu sa proposition rejetée par l’appel nominal du 15 janvier, puis la mort prononcée contre Louis Capet, puis, la veille encore, le sursis écarté à son tour. L’exécution est attendue pour demain. Il dit son trouble : la peur d’un jugement de parti, le poids du vote où il a fallu se lever pour décider de la vie d’un homme, le précédent de l’Anglais Charles Ier, et ce qu’il en coûte à un républicain de faire mourir au nom de la République. Un long entretien à chaud, quand tout recours est épuisé et qu’il ne reste que l’attente.

Vous avez voté pour l’appel au peuple. Qu’entendiez-vous exactement par là ?

J’entendais ceci, monsieur, et rien de plus : que la sentence rendue contre Louis Capet fût portée devant les assemblées primaires, devant le peuple en ses sections, pour qu’il la ratifiât ou la rejetât. Nous ne demandions pas qu’on rejugeât les faits — la culpabilité, à mes yeux, était établie par les pièces, par l’armoire de fer, par ses tractations. Nous demandions que la peine, qui est la chose la plus grave qu’une assemblée puisse prononcer, reçût le sceau de la nation tout entière. Frapper la tête d’un roi, ce n’est pas un acte ordinaire : il m’a paru qu’un tel acte, pour être inattaquable, devait venir du souverain lui-même, c’est-à-dire du peuple, et non de sept cents hommes réunis dans cette salle.

Lire l’entretien
20 janvier 179317 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un garde national du cordon, place de la Révolution (figure composite reconstituée)

Entretien | Sur la place, ce matin-là : « On attendait je ne sais quoi, et il est tombé un grand silence »

Il était de faction dans le cordon, sur la place de la Révolution, ce 21 janvier. Garde national, patriote, il a tenu la ligne, transmis la consigne du silence, entendu les tambours couvrir la voix du condamné, vu le couperet tomber et la tête montrée à la foule. Il dit le froid, l’attente, et surtout ce silence pesant qu’il a contribué à faire et qui l’a saisi lui-même. Pas d’allégresse unanime dans sa bouche, mais un trouble : les uns ont crié « Vive la République ! », d’autres sont restés muets. Un entretien à chaud, deux jours après, avec un homme qui a fait le silence autant qu’il l’a subi.

Où étiez-vous placé, lundi matin, et depuis quand ?

Dans le cordon, monsieur, à quelques pas de la plate-forme, du côté où la foule poussait. On nous avait rassemblés bien avant le jour ; j’étais en faction depuis l’aube, peut-être plus tôt. Il faisait un froid à fendre les pierres, et une brume épaisse sur la place, à n’y voir d’abord que des ombres. Nous étions en nombre, croyez-le : des gardes nationaux, des fédérés, des canonniers, postés aux abords, aux rues, aux ponts. Toute la ville en armes, m’a-t-il semblé. On nous avait dit de tenir la ligne et de ne laisser personne approcher. Nous avons tenu.

Lire l’entretien
23 janvier 1793, 10h0015 min

Huit siècles de monarchie abolis

Dix-huit ans d’un règne défait, l’homme derrière le roi, la longue lignée capétienne abolie par la Convention — et l’exécuteur qui a tranché.

Rétrospective

Du sacre à l’échafaud : dix-huit ans qui ont emporté un roi et son trône

Hier a péri Louis Capet, ci-devant roi des Français. Dix-huit années séparaient cette journée de celle de mai 1774 où, jeune prince de dix-neuf ans, il avait recueilli la couronne. Entre ces deux dates, un règne qui s’était ouvert sur de grandes espérances de réforme et qui s’est défait sous le poids des finances. Retour en arrière, sans rien présumer de demain.

22 janvier 1793, 12h00 11 min
Rétrospective

Huit siècles de monarchie : la lignée que la Révolution a abattue

Au lendemain du supplice de Louis Capet, on mesure la longueur du fil que la Convention a tranché. D’Hugues Capet, élu il y a plus de huit cents ans, aux Bourbons d’aujourd’hui, c’est une même souche royale qui régnait sur la France. Fresque d’une dynastie — non d’une famille disparue, car les princes de ce sang vivent encore —, abolie par décret le 21 septembre dernier.

23 janvier 1793, 10h00 9 min
Portrait

Portrait | Louis Capet, un roi pris dans une tempête plus grande que lui

Le couperet est tombé hier matin sur la place de la Révolution. Avant que les pamphlets ne se disputent sa mémoire, nous avons voulu regarder l’homme : non le roi du procès, mais ce prince appliqué et pieux que ses proches disaient lent à vouloir, plus heureux à la chasse ou à son établi qu’au conseil. Portrait, sans complaisance ni acharnement, d’un caractère et de ses goûts.

22 janvier 1793, 16h00 7 min

La capitale au lendemain de l’exécution

Le dispositif qui a bouclé la ville, et la machine qui a tranché — la guillotine et l’égalité devant la mort.

Société

Paris sous les armes : comment la capitale a été bouclée pour le 21 janvier

Au lendemain de l’exécution, on mesure l’ampleur du dispositif qui a tenu la capitale d’un bout à l’autre de la matinée. Barrières fermées, carrefours hérissés de canons, cavalerie autour de la voiture, silence imposé sur tout le trajet : récit d’une ville mise en ordre de bataille pour conduire un homme au supplice — et d’un seul moment où la machine a paru, un instant, vaciller.

22 janvier 1793, 09h00 8 min
Analyse

Analyse | La Montagne victorieuse : Robespierre et Saint-Just, ceux qui voulaient frapper le roi sans le juger

Le camp qui l’a emporté a un visage — deux, plutôt. Le vétéran Robespierre, quatre ans sous les yeux du public, et le météore Saint-Just, vingt-cinq ans, à la tribune depuis dix semaines. Tous deux ont refusé qu’on jugeât Louis en citoyen : il fallait, disaient-ils, le frapper en ennemi. Retour sur deux paroles — le 13 novembre, le 3 décembre — qui ont donné le ton d’un procès dont ils contestaient jusqu’au principe.

20 janvier 1793, 16h00 11 min
Analyse

L’Europe et le roi jugé : la guerre aux frontières, les émigrés et la menace des cours

Tandis que la Convention presse le pas vers son arrêt, la France est en guerre à toutes ses frontières, les frères du roi tiennent cour à Coblence et l’on prête aux monarchies d’Europe le dessein de venger l’un des leurs. Nous reprenons, à froid, ce que l’on peut savoir de ce dehors qui pèse sur les bancs — et le débat qu’il y nourrit : condamner le roi liguera-t-il les rois contre nous, ou les fera-t-il reculer ?

20 janvier 1793, 15h00 9 min
Société

Ceux qu’il laisse au Temple : une veuve, deux enfants, une sœur

Le supplice de Louis Capet laisse derrière lui, dans le vieux donjon du Temple, quatre prisonniers : sa veuve Marie-Antoinette, sa sœur Madame Élisabeth, sa fille et ce jeune garçon, Louis-Charles, que les partisans de la monarchie tiennent déjà pour leur roi. On les avait tenus séparés de lui depuis l’ouverture du procès. Ils l’ont revu une dernière fois l’avant-veille au soir. De ce qui s’est dit alors, la gazette ne sait rien, et se garde de l’inventer.

22 janvier 1793, 15h00 7 min
Infographie

Comment la Convention a voté le sort de Louis Capet

Repères de rédaction pour suivre quatre scrutins qui auront, en une semaine, conduit un roi déchu de la culpabilité reconnue au couperet. Les chiffres de la peine sont donnés tels qu’on les discute, c’est-à-dire contestés.

Culpabilité quasi unanime

Plus de six cents voix sur quelque sept cent vingt présents le 15 janvier ; sur ce point, l’assemblée ne s’est guère divisée.

Appel au peuple REJETÉ (≈ 280 c. ≈ 420)

La ratification du jugement par les assemblées primaires, réclamée par la Gironde, est écartée le 15 janvier.

Peine de mort courte majorité

Environ 366 voix proclamées au fauteuil, environ 387 au procès-verbal après vérification : la majorité est étroite, le chiffre exact contesté.

Sursis REJETÉ (18-19 janv.)

Le délai à l’exécution, dernier recours, est écarté à son tour ; tous les recours sont dès lors épuisés.

Confirmé

Culpabilité et appel au peuple

Louis est déclaré coupable à une très large majorité ; l’appel au peuple est repoussé (≈ 280 pour, ≈ 420 contre).

Confirmé

L’appel nominal sur la peine

Près de trente-sept heures de scrutin, chacun montant dire son vote à voix haute. La mort l’emporte, à courte majorité.

Incertain

Le décompte contesté

On revérifie les listes : selon qu’on joint ou non les suffrages assortis de la réserve de Mailhe, le compte va d’environ 366 à environ 387.

Confirmé

Le sursis écarté

Mis aux voix, le sursis à l’exécution est rejeté ; il ne reste plus de recours.

Confirmé

L’exécution

Le couperet tombe à dix heures vingt-deux, place de la Révolution.

La formule selon laquelle la mort l’aurait emporté « à une voix » est contestée : elle naît de la manière de classer les votes conditionnels, non d’un compte arrêté.

Les chiffres de la peine sont donnés à chaud (≈ 366 proclamés / ≈ 387 après vérification), comme objet de débat et non comme total définitif.

On s’en tient au connaissable de janvier 1793 : ces scrutins ne préjugent en rien des suites de la Révolution.

Consulter toutes les archives disponibles