Marguerite Aubert, repasseuse, XIVe arrondissement
« On a dépavé la rue à mains nues. Personne n'a attendu qu'on lui demande. »
Marguerite Aubert, repasseuse dans le XIVe arrondissement, tient une barricade rue d'Alésia depuis deux jours. Elle nous reçoit entre deux relèves, les mains encore calleuses de pavés.
Madame Aubert, quand avez-vous décidé de participer à la barricade ?Ce n'est pas vraiment une décision qu'on prend, vous savez. Le dimanche soir — c'était le 20 — j'entends du bruit dans la rue. Je descends. Les voisins sont déjà là, M. Ferrière le boucher, les filles de la crémerie, deux ou trois gars que je connais à peine de vue. Quelqu'un avait commencé à soulever un pavé avec un pied-de-biche. Et puis tout le monde s'y est mis. On formait une chaîne — les uns arrachaient, les autres passaient les pavés, d'autres encore les empilaient. C'est allé très vite. En deux heures, la barricade était haute comme ça. Personne n'avait attendu qu'on lui demande quoi que ce soit.
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