Jérusalem est prise
Cinq semaines après avoir campé devant ses murs, l'ost franc a percé le rempart nord ce matin. La Ville sainte est aux mains des chrétiens. La Tour de David s'est rendue ; dans les rues, la population est passée par les armes.
7 juin – 16 juillet 1099 · Jérusalem est prise · Perspective Vu de Jérusalem, 15 juillet 1099
Cinq semaines après avoir campé devant ses murs, l'ost franc a percé le rempart nord ce matin. La Ville sainte est aux mains des chrétiens. La Tour de David s'est rendue ; dans les rues, la population est passée par les armes.
De l'arrivée de l'ost le 7 juin à la veille de l'assaut : une ville close et sans eau, le bois qu'il faut faire venir par mer, et les tours qu'on assemble sous la chaleur.
Au matin du 7 juin, l'ost a découvert Jérusalem au bout de la route. La joie de toucher enfin le but se heurte à une place close, aux puits comblés et à une terre nue sous une chaleur qui accable.
Cinq semaines de siège autour de la Ville sainte. Deux camps francs se partagent l’assaut : celui du nord, sous Godefroy de Bouillon, Robert de Flandre, Robert de Normandie et Tancrède ; celui du sud, sur le mont Sion, sous Raymond de Saint-Gilles. Chacun dresse une grande tour de bois roulante. Dans la ville, la garnison fatimide égyptienne tient la Tour de David (la citadelle, à l’ouest) et l’esplanade des sanctuaires (mosquée al-Aqsa, que les Francs nomment « Temple de Salomon »). Au levant, hors les murs, le mont des Oliviers, terme de la procession du 8 juillet. Les chiffres ci-dessous sont des ordres de grandeur : aucune source d’époque ne les fixe avec certitude.
Dont environ 1 200 à 1 300 chevaliers. Estimations d’historiens, non un décompte d’époque.
Contingent égyptien global estimé de 3 000 à 4 500 hommes, sous le gouverneur Iftikhâr ad-Dawla. Ordre de grandeur.
Chiffre de synthèse (une quinzaine de machines de jet servies depuis les remparts), non recoupé par une chronique primaire.
Du 7 juin (arrivée devant les murs) au 15 juillet 1099 (prise de la ville).
L’armée franque campe devant les murailles. Puits comblés ou souillés, arbres coupés alentour, forte chaleur.
Attaque menée sans tours ni échelles suffisantes : elle échoue.
Des navires génois et anglais débarquent bois, cordages, outils et charpentiers. On peut enfin bâtir les machines.
Après trois jours de jeûne, procession pieds nus autour des murs jusqu’au mont des Oliviers, sous les huées des défenseurs.
Les hommes de Godefroy démontent leur tour et la remontent de nuit face à un point moins défendu du rempart nord.
La tour atteint le rempart au matin ; les Francs percent au nord et entrent vers midi. La Tour de David se rend à Raymond de Saint-Gilles ; sauf-conduit pour le gouverneur vers Ascalon.
Tuerie massive de la population, musulmans et juifs, y compris sur l’esplanade. Le nombre de morts reste très incertain : une fourchette de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers, jamais un chiffre sûr.
L'ost campe devant les murs et parle de délivrer la Ville sainte des Turcs. Mais qui tient réellement la place ? Depuis quand ? Un point sur ce que l'on assiège, au-delà des mots que l'on répète au camp.
Treize jours après l'arrivée devant Jérusalem, trois manques commandent tout ce que fait l'ost : l'eau qui manque, le bois qu'il faut faire venir de la mer, et le temps qu'une armée d'Égypte pourrait nous compter.
L'assaut du 13 juin s'est brisé au pied des murs, faute de tours et d'échelles. Quatre jours plus tard, des navires génois et anglais ont touché Jaffa : bois, cordages, outils et charpentiers montent enfin vers le camp.
La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.
Devant Jérusalem, ceux qui souffrent le plus de la soif et de la faim sont ceux qui n'ont ni cheval ni terre. Pendant qu'ils manquent de tout, on entend déjà, sous les tentes des barons, se disputer des villes et des butins qui ne sont pas encore pris. Un clerc au service des pauvres pèlerins élève la voix.
Avant le fer, la prière : trois jours de jeûne et le tour des murailles pieds nus, jusqu'au mont des Oliviers, sous les huées de la garnison.
Après trois jours de jeûne, l'ost a fait ce matin le tour des murailles en procession, pieds nus, prêtres et reliques en tête, jusqu'au mont des Oliviers. Du haut des remparts, la garnison a répondu par des huées.
Hier, l'ost a marché pieds nus autour de la Ville sainte après trois jours sans manger. Un chapelain du contingent lorrain livre ici son sentiment : ce jeûne et cette procession, plus que les charpentiers, préparent la chute de Jérusalem.
La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.
Le récit heure par heure de la percée au rempart nord, la tour de Godefroy et la reddition de la Tour de David — vus des deux côtés du mur.
Fil tenu sur place, au pied du rempart nord puis dans la ville. Après cinq semaines de siège, la tour de Godefroy de Bouillon a atteint la muraille ce matin. Les défenses ont cédé, la Ville sainte est prise. Les heures et l’enchaînement sont reconstitués à chaud, à recouper.
Nous écrivons à la suite de l’ost, embarqués depuis Antioche, et rapportons ce que nous voyons et ce qu’on nous rapporte. Le tumulte d’un assaut ne se laisse pas mesurer à l’horloge : les repères de temps ci-dessous — l’aube, le matin, le milieu du jour — sont approximatifs, tirés de ce que chacun a pu retenir. Sur l’ordre exact des faits comme sur le nombre des morts, nous serons prudents et le dirons quand nous ne saurons pas.
Dans la nuit du quatorze au quinze, les gens du duc Godefroy de Bouillon ont démonté et déplacé leur grande tour de bois, la portant contre un point du rempart nord jugé moins garni de défenseurs. Ce matin, la machine a été poussée jusqu’au pied de la muraille. Aussitôt l’échange de traits a commencé, dense, et le feu avec : des pots enflammés, de l’étoupe poissée, tout ce qui peut brûler le bois de la tour. Les nôtres ont tendu des peaux fraîches, mouillées, contre l’incendie, et jettent de l’eau sans relâche.
Un long moment, rien ne bouge que la fureur des tirs. De la muraille pleuvent flèches, pierres et matières ardentes ; de la tour et des machines de siège répondent les arbalétriers et les frondeurs. On voit la fumée monter des deux côtés. Le sort de la journée tient à peu de chose : si la tour prend feu avant d’avoir jeté ses hommes sur le mur, l’assaut est perdu.
Les défenseurs du rempart nord ont fléchi sous la pression continue. Du sommet de la tour, on a abattu une passerelle — un pont de bois, dit-on tiré du bélier même — sur le chemin de ronde. Les premiers Francs sont passés de la tour au mur. On nomme déjà, parmi les premiers montés, des chevaliers de la suite du duc ; les récits varieront sur qui posa le pied le premier. Une fois la tête de pont tenue, d’autres ont suivi et se sont répandus le long du rempart.
Duc de Basse-Lotharingie, il commande le camp établi devant les portes du nord. Sa tour de siège, déplacée dans la nuit vers un point plus faible du rempart, touche la muraille au matin de l'assaut.
Cinq semaines durant, la Ville sainte nous a résisté. Derrière ses murs, un homme commandait : Iftikhâr ad-Dawla, gouverneur envoyé du Caire. Ce matin, retranché dans la Tour de David, il a traité sa reddition avec le comte Raymond de Saint-Gilles.
Au lendemain de l'assaut : la parole d'un rescapé sur le sort des habitants, et le scrupule d'un clerc devant le sang versé au lieu même du Sauveur.
La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.
La Ville sainte est reprise, et j'en rends grâce comme chacun. Mais un scrupule me tient, que je livre ici : au lieu où le Christ a versé son sang pour nous, avons-nous eu raison de verser le sang sans mesure ?