Jérusalem est prise
Cinq semaines après avoir campé devant ses murs, l'ost franc a percé le rempart nord ce matin. La Ville sainte est aux mains des chrétiens. La Tour de David s'est rendue ; dans les rues, la population est passée par les armes.
7 juin – 16 juillet 1099 · Jérusalem est prise · Perspective Vu de Jérusalem, 15 juillet 1099
Cinq semaines après avoir campé devant ses murs, l'ost franc a percé le rempart nord ce matin. La Ville sainte est aux mains des chrétiens. La Tour de David s'est rendue ; dans les rues, la population est passée par les armes.
Fil tenu sur place, au pied du rempart nord puis dans la ville. Après cinq semaines de siège, la tour de Godefroy de Bouillon a atteint la muraille ce matin. Les défenses ont cédé, la Ville sainte est prise. Les heures et l’enchaînement sont reconstitués à chaud, à recouper.
Nous écrivons à la suite de l’ost, embarqués depuis Antioche, et rapportons ce que nous voyons et ce qu’on nous rapporte. Le tumulte d’un assaut ne se laisse pas mesurer à l’horloge : les repères de temps ci-dessous — l’aube, le matin, le milieu du jour — sont approximatifs, tirés de ce que chacun a pu retenir. Sur l’ordre exact des faits comme sur le nombre des morts, nous serons prudents et le dirons quand nous ne saurons pas.
Dans la nuit du quatorze au quinze, les gens du duc Godefroy de Bouillon ont démonté et déplacé leur grande tour de bois, la portant contre un point du rempart nord jugé moins garni de défenseurs. Ce matin, la machine a été poussée jusqu’au pied de la muraille. Aussitôt l’échange de traits a commencé, dense, et le feu avec : des pots enflammés, de l’étoupe poissée, tout ce qui peut brûler le bois de la tour. Les nôtres ont tendu des peaux fraîches, mouillées, contre l’incendie, et jettent de l’eau sans relâche.
Un long moment, rien ne bouge que la fureur des tirs. De la muraille pleuvent flèches, pierres et matières ardentes ; de la tour et des machines de siège répondent les arbalétriers et les frondeurs. On voit la fumée monter des deux côtés. Le sort de la journée tient à peu de chose : si la tour prend feu avant d’avoir jeté ses hommes sur le mur, l’assaut est perdu.
Les défenseurs du rempart nord ont fléchi sous la pression continue. Du sommet de la tour, on a abattu une passerelle — un pont de bois, dit-on tiré du bélier même — sur le chemin de ronde. Les premiers Francs sont passés de la tour au mur. On nomme déjà, parmi les premiers montés, des chevaliers de la suite du duc ; les récits varieront sur qui posa le pied le premier. Une fois la tête de pont tenue, d’autres ont suivi et se sont répandus le long du rempart.
Godefroy, dont la tour force le rempart ; Iftikhâr, le gouverneur qui traite.
Duc de Basse-Lotharingie, il commande le camp établi devant les portes du nord. Sa tour de siège, déplacée dans la nuit vers un point plus faible du rempart, touche la muraille au matin de l'assaut.
Cinq semaines durant, la Ville sainte nous a résisté. Derrière ses murs, un homme commandait : Iftikhâr ad-Dawla, gouverneur envoyé du Caire. Ce matin, retranché dans la Tour de David, il a traité sa reddition avec le comte Raymond de Saint-Gilles.