Une affranchie qui tient une petite boutique aux abords du Forum, à Rome
La ville aux volets clos : la parole d’une marchande du Forum
Depuis que la nouvelle a couru, les boutiques du Forum sont closes et les rues se vident dès que le jour baisse. Une affranchie qui tient un petit étal aux abords de la place a accepté de dire ce qu’elle voit, entend et redoute — les rumeurs qui se contredisent d’un porche à l’autre, la crainte du pillage, l’argent qui ne circule plus. La voix d’en bas, loin du Sénat et du Capitole, où l’on ne monte pas.
Où étiez-vous quand la nouvelle est arrivée ?À mon étal, comme chaque jour. C’était vers le milieu de la matinée, il me semble ; le Sénat s’était réuni non pas ici, à la Curie, qui est en travaux, mais là-bas, du côté du théâtre de Pompée, au Champ de Mars. Je n’ai rien vu de tout cela, moi, j’en étais loin. Ce que j’ai vu, c’est des hommes qui se sont mis à courir à travers la place en criant, et l’on ne comprenait pas d’abord ce qu’ils criaient. Puis le mot est passé de bouche en bouche : César est mort, on l’a tué au Sénat. J’ai cru à une folie. Et derrière ceux qui criaient, il en venait d’autres, et d’autres encore, et les gens ont commencé à fermer, à rentrer, à s’appeler d’une porte à l’autre. En un moment la place s’est vidée comme se vide un bassin dont on ôte la bonde.
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