Notre dossier du moment

Avril 1598 : l'édit de Nantes

28 avril – 2 mai 1598 · Paix avec l'Espagne : Vervins referme la guerre · Perspective Vu de Nantes, 2 mai 1598

À la une
Portrait de Philippe II d'Espagne, en habit noir, fraise et chapeau haut, tenant un chapelet

Paix avec l'Espagne : Vervins referme la guerre

Sofonisba Anguissola, « Portrait de Philippe II d’Espagne » (1565), Musée du Prado — domaine public (Wikimedia Commons).

Signé ce jour dans la petite ville de Vervins, en Thiérache, le traité met fin à trois années de guerre ouverte avec le roi d'Espagne. Philippe II reconnaît enfin Henri IV pour roi de France ; Calais et les places prises ces dernières années doivent revenir à la couronne.

Une plume de la rédaction, correspondant aux frontières de Picardie 2 mai 1598 6 min
À la une

Le roi signe à Nantes un édit de pacification

En sa ville de Nantes, où il est venu réduire la dernière poche de la Ligue, le roi Henri, quatrième du nom, a signé ce jour un édit qui règle le fait de la religion dans tout le royaume. Il accorde à ceux de la religion réformée la liberté de conscience partout, un exercice de leur culte encadré et limité à certains lieux, et une part des charges et des droits communs. Deux brevets l'accompagnent, qui promettent garnisons et places de sûreté pour huit ans. C'est le neuvième accord de ce genre depuis le commencement des troubles.

30 avril 1598 7 min

Vervins et la médiation de Rome

Les termes de la paix espagnole et le pape qui l'a favorisée.

L'enregistrement reste à venir

Ce qui manque encore à l'édit pour avoir pleine force de loi.

Royaume de France, avril 1598

Où le culte est permis, où il est interdit

L'édit ne donne pas le culte réformé partout. Il l'accorde en des lieux désignés, l'écarte de plusieurs grandes villes, et accompagne le tout de places tenues avec garnison. Le tableau ci-dessous rassemble ce qu'on peut en dire au moment de la signature, sans prétendre à un relevé exact du royaume.

Culte permis Là où il était établi

Le culte réformé est autorisé aux lieux où il se tenait déjà, la référence étant prise sur l'année 1597, ainsi que dans les fiefs des seigneurs hauts-justiciers. À quoi s'ajoutent, dit le texte, deux localités par bailliage. La liberté de conscience, elle, vaut pour tout le royaume.

Culte interdit Paris et grandes villes

Le culte des réformés reste interdit dans Paris et dans plusieurs grandes cités — on cite Rouen, Dijon, Toulouse, Lyon. La capitale demeure fermée à l'exercice public de la religion réformée. Le catholicisme reste la religion du roi et de l'État.

Places de sûreté Pour huit ans

Des places tenues avec garnison sont laissées aux réformés pour un terme de huit ans, avec subside du roi. Elles ne sont pas des lieux de culte mais des gages : la garantie matérielle que le parti obtient en échange de son adhésion à la paix.

Les chiffres qui courent sur les places et les lieux divergent fortement et ne se recoupent pas : on entend parler d'environ cent cinquante lieux de refuge, d'une cinquantaine de places de sûreté (une soixantaine selon d'autres), de quatre-vingts places particulières, de seize places de mariage, et de plusieurs milliers de châteaux de hauts-justiciers. Ce sont des ordres de grandeur, non des totaux arrêtés.

Nous nous gardons de donner un nombre unique comme exact : les décomptes recouvrent des catégories différentes (places de garnison, lieux de refuge, fiefs de justiciers) qu'on ne peut additionner sans se tromper.

La carte des lieux permis dépend de vérifications encore à venir, bailliage par bailliage ; à la date de la signature, la répartition fine n'est pas fixée sur le terrain.

Trois voix sur l’édit

Un député réformé, un parlementaire catholique et un ministre de la Réforme.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un conseiller catholique dans une cour de parlement (nom tu à sa demande ; personnage composite reconstitué)

« Ce texte, il faudra le vérifier avant de l’enregistrer »

L’édit signé à Nantes le mois dernier concède aux réformés un culte encadré, des chambres de justice mêlées et des places tenues à leurs frais. Beaucoup de magistrats catholiques n’en veulent point. L’un d’eux, conseiller à la cour, a bien voulu nous dire pourquoi cet édit heurte sa conscience et l’ordre du royaume — et pourquoi il tient que rien n’est fait tant que la cour ne l’a pas vérifié et enregistré.

Le roi a signé le mois dernier, à Nantes, un édit en faveur des réformés. On dit que les cours de parlement en sont émues. L’êtes-vous ?

Je le suis, et je ne m’en cache pas. Qu’on m’entende bien : je ne suis pas de ceux qui veulent la guerre pour la guerre, ni qui se réjouissent de voir le royaume saigné depuis trente ans. Mais un édit n’est pas une trêve d’armée qu’on signe le soir pour reposer les troupes. C’est une loi qu’on veut planter dans le royaume pour y demeurer. Et cette loi-là, telle qu’on nous la donne, accorde à ceux de la religion prétendue réformée — c’est ainsi que le texte les nomme — des choses qu’un catholique ne peut voir de sang-froid : un culte permis en quantité de lieux, des juges tirés de leur parti dans nos propres cours, et des villes qu’ils tiendront garnison et clefs en main, aux dépens du roi. On me dira que c’est le prix de la paix. Je réponds qu’il faut regarder de près à ce qu’on achète, et avec quoi on le paie.

Lire l’entretien
2 mai 159813 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Quatre plumes, quatre jugements

Du catholique au réformé, du ligueur au « politique » de la raison d'État.

Consulter toutes les archives disponibles