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Avril 1598 : l'édit de Nantes

28 avril – 2 mai 1598 · La Bretagne se soumet, à Nantes on négocie · Perspective Vu de Nantes, 28 avril 1598

À la une
Portrait équestre gravé de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, en armure, avec ses armoiries

Le dernier chef ligueur ploie le genou en Bretagne

Philippe Thomassin, portrait équestre de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur (1595), Bibliothèque patrimoniale de Pau — domaine public (Wikimedia Commons).

Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et dernier des chefs de la Ligue encore en armes, s'est soumis au roi. Le traité passé à Angers le mois dernier a été scellé peu après par une soumission en personne, à Briollay, où le duc s'est jeté aux pieds d'Henri IV et lui a prêté serment. La Ligue perd sa dernière province ; le roi tient aujourd'hui Nantes.

Claude Vasselin, chroniqueur envoyé auprès de la cour, à Nantes 28 avril 1598 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur et de Penthièvre, gouverneur de Bretagne, dernier grand chef de la Ligue à s’être soumis au roi

« J’ai rendu mon épée au roi, non ma parole à mes ennemis »

À Nantes, où le roi tient sa cour depuis le 12 avril, le duc de Mercœur — dernier des grands chefs de la Ligue à avoir rendu les armes, gouverneur de Bretagne seize ans durant, cousin des Guise, longtemps appuyé par l’Espagne — a accordé un long entretien à notre rédaction, le premier depuis sa soumission en personne à Briollay le mois dernier. Il parle en homme qui a traité, non qu’on a réduit : dans quel esprit il a ployé le genou, ce qu’il abandonne et ce qu’il garde, ce qu’il attend d’un roi auquel il vient de jurer fidélité — sans rien renier de ce qu’il fut.

Vous fûtes le dernier à tenir. Pourquoi traiter maintenant, plutôt que de tenir encore ?

Parce qu’on traite bien quand on tient encore quelque chose, et mal quand on n’a plus rien entre les mains. J’ai des villes, j’ai des gens de guerre sous mes enseignes, une province qui me connaît pour son gouverneur depuis seize ans. C’est avec cela qu’on parle à un roi, non les mains nues. Attendre d’être réduit à merci, cela n’eût pas été de la constance, cela n’eût été que de l’obstination, et l’obstination se paie sans qu’on vous en sache le moindre gré. Et puis je ne me ferai pas plus fort que je ne suis. Depuis que M. de Mayenne, chef de notre parti, a fait sa paix voici deux ans, je suis demeuré seul de mon rang à tenir tête. Autour de moi, tout s’est rangé, l’un après l’autre. Un homme seul peut faire durer une place ; il ne fait pas durer une cause. J’ai jugé que l’heure de traiter était venue tandis qu’elle m’était encore favorable, et non lorsqu’elle ne le serait plus.

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28 avril 159813 min
Opinion

Le prix de la paix : ce que la soumission des grands coûte aux deniers du roi

Tribune. Un homme des finances du roi prend la plume, non contre la paix — il la veut comme tout le monde —, mais pour poser tout haut la question qu’on évite : à quel prix l’achète-t-on ? Un à un, les chefs de la Ligue rentrent dans le devoir, et chacun rentre les mains pleines — gouvernements, charges, brevets, sommes qu’on dit exorbitantes. Le royaume, épuisé, préfère payer que combattre. Mais que retiendront les grands d’un roi qui paie ses rebelles ?

28 mars 1598 4 min
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