Le capitaine Henri Vasseur, commandant une compagnie d’infanterie, 2ᵉ groupe d’armées (personnage composite)
« On avance dans des villages où il ne reste personne » — entretien avec un capitaine du front de Sarre
Depuis le 7 septembre, des troupes françaises ont franchi la frontière et progressent en territoire allemand, dans le secteur de la Sarre. Un capitaine d’infanterie du 2ᵉ groupe d’armées, officier de carrière revenu pour quelques heures à l’arrière, a accepté de nous décrire cette première avance : les bourgs désertés qu’on occupe, les routes minées qu’il faut sonder, et l’étrange sentiment d’aller de l’avant sans savoir jusqu’où.
Capitaine, depuis quand vos hommes sont-ils passés de l’autre côté de la frontière ?Nous avons franchi la limite le 7 au matin, voici deux jours. Quelques éléments de reconnaissance étaient allés tâter le terrain dès les premiers jours, après la déclaration de guerre ; mais le mouvement d’ensemble, l’avance proprement dite, c’est le 7 qu’il a commencé. On nous avait préparés, prévenus, regroupés ; et puis l’ordre est venu, et nous avons quitté nos positions pour aller de l’avant. Je vous dirai franchement : on attendait ce moment depuis le 3 septembre avec une sorte d’impatience nerveuse. Quand il est arrivé, ce ne fut pas l’élan qu’on imagine. Ce fut lent, prudent, méthodique. On ne se rue pas en territoire ennemi comme à la parade.
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