M. Paul Lalande, député radical-socialiste d’une circonscription de province
« La Chambre cherche un gouvernement de combat » : un député raconte les couloirs
Témoin des tractations qui ont suivi la chute de M. Daladier, M. Paul Lalande, député radical de province, a vécu de l’intérieur la journée du 22 mars et l’investiture arrachée de justesse par M. Reynaud. Il dit l’humeur de l’hémicycle, le poids de l’affaire de Finlande et l’attente, sur tous les bancs, d’une conduite plus vigoureuse de la guerre. Propos recueillis dans les couloirs du Palais-Bourbon.
On a dit la crise brutale. Comment a-t-on senti, dans la maison, que le gouvernement de M. Daladier était à bout de course ?Cela ne s’est pas fait en un jour, croyez-moi. Depuis la fin de l’hiver, une gêne s’était installée. On la sentait dans les couloirs avant de l’entendre à la tribune : ce flottement qui prend une assemblée quand elle n’est plus sûre de suivre ceux qu’elle a portés. Le mercredi, lors du débat, beaucoup de mes collègues avaient le visage fermé. Ce n’était pas une bataille rangée, une de ces séances où l’on s’invective et où les choses sont claires ; c’était plus sourd, plus diffus. La confiance ne s’est pas retirée d’un coup, elle a fondu. Et quand un président du Conseil voit fondre sa majorité sans qu’on la lui arrache franchement, il sait que sa partie est jouée. M. Daladier l’a compris, je crois, et il a tiré les conséquences en remettant ses pouvoirs.
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