Marcel Thévenin, soldat de deuxième classe, ancien ajusteur métallurgiste du Nord, mobilisé sur le front de l’Est (profil composite, vraisemblable mais non réel)
« On creuse, on attend, et la guerre ne vient pas »
Mobilisé depuis septembre sur le front de l’Est, le soldat de deuxième classe Marcel Thévenin, métallurgiste du Nord, est de passage à l’arrière pour quelques jours. Il a accepté de raconter ce que sont, pour un homme du rang, ces semaines d’attente où l’on tient l’arme au pied à l’entrée de l’hiver : le froid qui monte, le terrassement, l’ennui, les corvées, les permissions trop rares, les rumeurs, et ces petits journaux que les soldats fabriquent pour rire entre eux. Un long entretien, à hauteur d’homme, sur la guerre qu’on ne livre pas.
Voilà bientôt trois mois que vous êtes mobilisé. À quoi ressemblent vos journées, là-bas ?À tout, sauf à ce qu’on s’imaginait. Quand on est partis, en septembre, on croyait monter au feu dans la semaine. On avait la tête pleine des histoires des anciens, ceux de 14, les attaques, les assauts. Et puis on est arrivés, et il ne s’est rien passé. Rien. On nous a installés dans un secteur, on nous a dit de tenir, et depuis on tient. Mes journées, monsieur, c’est se lever dans le petit jour glacé, l’appel, la soupe, la corvée, et le soir on recommence. On guette en face, on monte la garde, on patrouille un peu, mais l’Allemand ne bouge pas plus que nous. Chacun reste chez soi, derrière ses fortifications. On s’observe d’un trou à l’autre. C’est une drôle de manière de faire la guerre.
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