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1939-1940 : la drôle de guerre

3 septembre 1939 – 9 mai 1940 · La France en guerre · Perspective Vu de France, au présent des dates, du 3 septembre 1939 au 9 mai 1940

À la une
File de soldats français, gamelle à la main, attendant la distribution de la soupe dans une galerie souterraine de la ligne Maginot.

L’arme au pied : la vie du soldat sur le front de l’Ouest

Distribution de la soupe dans un ouvrage de la ligne Maginot. Carte postale d’époque, collection Les Bergers des Pierres - Moselle (Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0).

Depuis le mois d’octobre, le front ne bouge plus. Face à la frontière allemande, des centaines de milliers d’hommes attendent un assaut qui ne vient pas. De nos envoyés sur la ligne, ce reportage sur une guerre que l’on ne livre pas : l’ennui, le froid qui s’installe, la pelle et la pioche pour seules armes, et ces petits journaux de tranchée où le soldat, faute de combattre, apprend à rire.

Notre envoyé spécial aux armées 20 novembre 1939, 07h00 7 min

Le bouclier et ceux qui le tiennent

La confiance dans la ligne Maginot et le quotidien des hommes qui attendent.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Marcel Thévenin, soldat de deuxième classe, ancien ajusteur métallurgiste du Nord, mobilisé sur le front de l’Est (profil composite, vraisemblable mais non réel)

« On creuse, on attend, et la guerre ne vient pas »

Mobilisé depuis septembre sur le front de l’Est, le soldat de deuxième classe Marcel Thévenin, métallurgiste du Nord, est de passage à l’arrière pour quelques jours. Il a accepté de raconter ce que sont, pour un homme du rang, ces semaines d’attente où l’on tient l’arme au pied à l’entrée de l’hiver : le froid qui monte, le terrassement, l’ennui, les corvées, les permissions trop rares, les rumeurs, et ces petits journaux que les soldats fabriquent pour rire entre eux. Un long entretien, à hauteur d’homme, sur la guerre qu’on ne livre pas.

Voilà bientôt trois mois que vous êtes mobilisé. À quoi ressemblent vos journées, là-bas ?

À tout, sauf à ce qu’on s’imaginait. Quand on est partis, en septembre, on croyait monter au feu dans la semaine. On avait la tête pleine des histoires des anciens, ceux de 14, les attaques, les assauts. Et puis on est arrivés, et il ne s’est rien passé. Rien. On nous a installés dans un secteur, on nous a dit de tenir, et depuis on tient. Mes journées, monsieur, c’est se lever dans le petit jour glacé, l’appel, la soupe, la corvée, et le soir on recommence. On guette en face, on monte la garde, on patrouille un peu, mais l’Allemand ne bouge pas plus que nous. Chacun reste chez soi, derrière ses fortifications. On s’observe d’un trou à l’autre. C’est une drôle de manière de faire la guerre.

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20 novembre 1939, 10h0014 min
Opinion

Une armée qui attend

Cinq millions d’hommes sous les drapeaux, et un front qui ne bouge plus depuis octobre. On nous dit qu’il faut durer, se renforcer, laisser le blocus faire son œuvre et ne pas jeter nos garçons à découvert contre le béton allemand. Je l’entends, et une part de moi l’approuve. Mais je commande une compagnie de ces hommes qu’on a arrachés à leurs usines et à leurs champs, et je vois, jour après jour, ce que l’inaction leur fait. Voici, en conscience, ce qui me trouble.

20 novembre 1939, 12h00 5 min
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