Jean de Vienne, chevalier, capitaine et gouverneur de Calais, au jour de la reddition de la place
« Nous avons tenu tant qu’un homme pouvait tenir » — Jean de Vienne, capitaine de Calais, au jour de la reddition
Onze mois durant, il a commandé la défense de Calais contre le roi d’Angleterre. Il a rationné, chassé hors des murs ceux que la ville ne pouvait plus nourrir, guetté un secours qui n’est pas venu. Le jour où la place se rend à merci, le capitaine Jean de Vienne raconte, sans détour, ce que fut ce siège vu du dedans : l’attente, la faim, l’ost du roi paru puis retiré à Sangatte, et la décision de traiter faute de tout espoir.
Messire, dans quel état est la ville, à l’heure où vous nous parlez ?À bout. Je puis bien le dire à présent, puisque tout est consommé. Il n’y a plus de vivres, ou si peu qu’on ne saurait en nourrir mes gens deux jours de plus. Les greniers sont vides, les bêtes mangées de longtemps, et les hommes qui doivent encore tenir la muraille tiennent debout par la seule volonté. J’ai vu des soldats se traîner à leur poste qui, il y a un an, eussent porté un homme sur leurs épaules. Une place se rend quand elle ne peut plus se défendre, non quand le cœur y manque ; ici, le cœur n’a pas manqué, c’est le pain.
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