Un manœuvrier du parc d'artillerie du roi, servant sous Jean et Gaspard Bureau (il a requis qu'on tût son nom)
Dans le parc à canons de maître Bureau : « On a calé les pièces, et on a attendu »
Il sert les bouches à feu du roi depuis des années, de siège en siège, sous la main de Jean et de Gaspard Bureau. Manœuvrier du grand parc d'artillerie qui battait le retranchement devant Castillon, il était à sa pièce le matin du 17 de ce mois, quand les gens de Talbot sont venus se jeter sur le fossé. Il parle de son ouvrage : ranger les bombardes, caler les couleuvrines, bourrer la poudre, attendre — puis tirer.
Vous servez l'artillerie du roi. Qu'est-ce au juste que votre besogne, à vous, manœuvrier ?Tout ce qui n'est pas tirer noblement et tout ce qui fait que l'on tire. Nous sommes les bras de la pièce. Il faut l'amener à pied d'œuvre — et croyez-moi, une grosse bombarde, ça ne court pas les chemins : il y faut des bœufs, des rouliers, des madriers pour passer les fondrières, et trente bras pour la remettre droite quand elle verse. Une fois sur place, il faut la coucher sur son lit de bois, la caler à la pierre et au coin de chêne pour qu'elle ne recule pas au coup et ne se déchausse pas, lui creuser sa fosse derrière pour encaisser le recul. Puis charger, bourrer, pointer, mettre le feu, écouvillonner, recharger. Maître Bureau range les pièces et choisit le terrain ; nous, nous les faisons parler. C'est un métier de manœuvre et de patience, pas un métier de panache.
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