Un bourgeois de Bordeaux, marchand de vin et membre de la jurade (figure composite, non nommée)
Un bourgeois de Bordeaux entre deux rois
Huit jours après l'entrée des gens du roi de France dans Bordeaux, un marchand de vin de la ville, naguère sujet du roi d'Angleterre comme l'avaient été son père et le père de son père, reçoit notre envoyé dans sa maison du port. Entre soulagement d'en avoir fini avec la faim du siège et crainte de ce que vaudra le nouveau maître, il parle d'une cité qui a changé de roi deux fois en deux ans et ne sait plus très bien à qui elle est.
Voici huit jours que les gens du roi de France sont entrés dans Bordeaux. Comment a-t-on vécu cette journée, ici ?En silence, pour la plupart. Je ne vous dirai pas qu'on a pleuré, ni qu'on a crié de joie : on a regardé passer les bannières, et chacun pensait à ses affaires. Quand on a eu si faim, voir la fin du siège, c'est déjà beaucoup ; les vivres ne montaient plus, les malades se comptaient par maisons entières, et un homme affamé ne fait pas le difficile sur le roi qui lui rouvre les portes. Mais ne croyez pas que la ville soit en liesse. On a ouvert parce qu'il fallait ouvrir, après l'accord passé à Montferrand. Le roi est entré ; nous l'avons reçu comme on reçoit celui qu'on ne peut plus tenir dehors. Ce n'est pas la même chose que de l'avoir appelé.
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