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Brumaire an VIII : le coup d’État qui n’ose pas dire son nom

Brumaire an VIII (novembre 1799) · Édition de Paris · Perspective Paris, calendrier républicain

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Paul Barras, directeur

Paul Barras, directeur : « Je suis ici depuis quatre ans, et j’y suis encore »

Seul des cinq directeurs fondateurs encore en place, quatre ans après l’établissement du régime, Paul Barras reçoit dans les ors du Luxembourg avec l’aisance d’un homme qui a vu passer tous les orages. Il balaie d’un revers de main les rumeurs de complot et les bruits de révision qui courent les salons. Il parle de Sieyès avec dédain, de Bonaparte avec la familiarité du protecteur, de sa propre réputation avec une hauteur souveraine. Un long entretien où affleure pourtant, sous l’assurance, la solitude d’un directeur que ses collègues ne lui doivent plus rien.

Vous êtes le dernier des cinq directeurs fondateurs encore en place. Quatre ans, deux présidences : d’où vous vient cette permanence ?

De ce que je n’ai jamais confondu la politique avec les phrases. Regardez qui est entré ici avec moi à l’automne de 1795, et regardez qui reste : moi seul. Les autres ont cru qu’on gouvernait avec des principes, ou avec des systèmes, ou avec de la vertu ; ils sont tombés les uns après les autres, et je suis toujours dans ce fauteuil. Cela ne tient pas au hasard, monsieur. Cela tient à ce que j’ai toujours vu venir la vague avant qu’elle ne se lève, et à ce que je me suis toujours trouvé du bon côté quand elle est retombée. On me dit habile ; je veux bien de ce compliment-là. J’ai fait Thermidor quand il fallait abattre Robespierre, j’ai fait Vendémiaire quand il fallait mater les royalistes, j’ai fait Fructidor quand il fallait les mater encore. À chaque secousse, le régime a eu besoin d’un homme qui ne tremble pas. Cet homme, c’était moi. Voilà pourquoi j’y suis encore, et pourquoi j’entends y rester.

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17 brumaire an VIII, après-midi15 min

Le fil des derniers jours

18 brumaire an VIII

18 brumaire : la journée décisive

Les Anciens invoquent un péril, transfèrent les Conseils à Saint-Cloud et confient un commandement à Bonaparte. Tout se joue désormais sur l’interprétation d’une légalité tendue à l’extrême.

17 brumaire an VIII

La veille : un régime à bout de souffle

Le Directoire paraît incapable de gouverner sans se renier. Dans les salons et les ministères, on parle déjà de révision, sans dire jusqu’où elle ira.

État des informations

Cette édition est datée du 18 brumaire an VIII et ne révèle pas ce qui se jouera le 19 brumaire à Saint-Cloud.

Ce que l’on sait

  • Le Conseil des Anciens invoque un péril contre la représentation nationale.
  • Les Conseils doivent être transférés à Saint-Cloud.
  • Bonaparte reçoit un commandement militaire autour de Paris.
  • Plusieurs directeurs sont fragilisés ou isolés dans la journée.

Ce que l’on ignore

  • La réalité précise du complot dénoncé reste impossible à vérifier à cette heure.
  • On ignore si les Cinq-Cents accepteront sans résistance la manœuvre institutionnelle.
  • La place exacte de l’armée dans la crise demeure ambiguë.
  • La forme du régime qui pourrait sortir de cette journée n’est pas connue.

Carte de la journée

  • Palais des Tuileries · France

    Centre de gravité des Conseils et des mouvements politiques de la journée.

  • Palais du Luxembourg · France

    Siège du Directoire, où les équilibres du pouvoir exécutif se défont ou se recomposent.

  • Saint-Cloud · France

    Lieu choisi pour transférer les assemblées hors de Paris, officiellement pour leur sécurité.

  • Paris · France

    Capitale calme en apparence, mais travaillée par les rumeurs de complot et de révision du régime.

Infographie

Les trois leviers du 18 brumaire : Conseils, Directoire, armée

Repères de rédaction pour suivre une journée où la crise prend l’apparence d’une procédure légale, tout en s’appuyant sur une force militaire très visible.

Date républicaine 18 brumaire an VIII

Équivalent grégorien : 9 novembre 1799.

Assemblée déplacée Saint-Cloud

Les Conseils doivent quitter Paris sous prétexte de sûreté.

Exécutif Directoire divisé

Les directeurs ne paraissent plus agir comme un bloc.

Force décisive armée

Bonaparte reçoit un commandement dont la portée politique reste ambiguë.

Confirmé

Les Anciens invoquent un péril

La représentation nationale serait menacée, selon les promoteurs du transfert.

Confirmé

Bonaparte reçoit le commandement

La crise institutionnelle se double d’un encadrement militaire.

Rapporté

Le Luxembourg sous pression

Le Directoire paraît divisé et de moins en moins capable de reprendre l’initiative.

Confirmé

Tout se déplace vers Saint-Cloud

La décision politique semble reportée au lendemain, loin des rues parisiennes.

Le journal utilise le calendrier républicain pour tous les repères éditoriaux de cette édition.

Le péril invoqué par les Anciens est traité comme une affirmation politique, non comme un fait établi.

Le lendemain n’est pas raconté ici comme acquis.

Analyses et contexte

Opinions

Les acteurs du moment

Bonapartistes

Napoléon Bonaparte

Général récemment revenu d’Égypte

Son prestige militaire en fait le recours autour duquel plusieurs acteurs civils tentent de réorganiser le pouvoir.

Conseils

Lucien Bonaparte

Président du Conseil des Cinq-Cents

Sa position institutionnelle peut peser lourd si la crise se déplace vers les assemblées.

Directoire

Emmanuel-Joseph Sieyès

Directeur et artisan d’une révision du régime

Il cherche depuis plusieurs semaines une issue constitutionnelle ou quasi constitutionnelle à l’épuisement du Directoire.

Directoire

Roger Ducos

Directeur proche de Sieyès

Son ralliement aux manœuvres du jour renforce l’idée d’une crise préparée depuis le sommet du régime.

Directoire

Paul Barras

Directeur influent

Sa position reste surveillée : son retrait ou son maintien peut déterminer la capacité du Directoire à résister.

Indéterminé

Joseph Fouché

Ministre de la Police générale

Il observe Paris, les clubs et les rues ; son silence ou son intervention peut peser sur la lecture des événements.

Sources historiques utilisées

primary

Le Moniteur universel, an VIII

Repère de presse et de vocabulaire politique, à lire avec prudence dans un contexte de contrôle de l’information.

secondary

Napoléon ou le mythe du sauveur

Jean Tulard

Repère moderne sur la construction politique du rôle de Bonaparte.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale du 18 brumaire

Les scènes de rédaction et de rue sont plausibles, mais reconstituées à partir d’un événement très documenté après coup.

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