Un homme d’armes revenu d’Azincourt
Au soir d’Azincourt : un homme du rang raconte l’enlisement
Revenu vivant du champ boueux où s’est défaite, ce 25 octobre, l’avant-garde du royaume, un homme d’armes accepte de dire ce qu’il a vu de la mêlée. Un récit d’en bas, sans bravade, où l’on entend la pluie, les flèches et la cohue mortelle d’une terre trop étroite.
Vous étiez sur le champ ce 25 octobre, près des bois d’Azincourt. Dites-nous d’abord dans quel état vous y êtes arrivé.Las. Tout le monde l’était. Nous avions marché des jours derrière les Anglais, le long des rivières, à chercher un gué, à les suivre comme on suit un gibier qu’on croit pris. La nuit d’avant, il a plu sans cesse. Une pluie froide, qui ne tombe pas droit mais qui entre partout, dans les jointures du harnois, dans les bottes, sous le camail. On ne dort pas dans une nuit comme celle-là, on attend qu’elle finisse. Au matin, la terre labourée était devenue une fange. Je le savais déjà avant le premier cri : ce sol-là ne nous porterait pas.
Lire l’entretien