Charles d’Albret, connétable de France
« Nous le tenons à la gorge » : le connétable d’Albret dit comment il veut arrêter l’Anglais
La Somme franchie, l’armée de Henri file vers Calais, affamée et réduite. Au camp de l’ost, le connétable Charles d’Albret, à qui le roi absent a remis le commandement, expose sa manière : barrer la route du Nord, attendre les dernières bannières, laisser la faim faire son œuvre — et tenir en bride une noblesse qui ne rêve que d’en découdre.
Monseigneur, la nouvelle est venue au camp : l’Anglais a franchi la Somme. Vous aviez fait de cette rivière votre rempart. Que répondez-vous ?Qu’une rivière n’a jamais arrêté à elle seule une armée décidée à passer. Je vous le dis sans détour : nous tenions la Somme des ponts d’Abbeville jusqu’en amont, nous avions rompu les passages et gardé les gués, et j’avais bon espoir de le contraindre à s’y user longtemps. Il a trouvé son point faible du côté de Béthencourt et de Voyennes, au-dessus de Péronne, là où les gués sont menus et nombreux, et il est passé. C’est un revers, je ne le nie point. Mais un revers n’est pas une défaite, et celui qui commande ne s’attarde pas à pleurer un plan déjoué : il en fait un autre le jour même. La Somme nous a servi à ce qu’elle devait servir : elle l’a retardé, elle l’a fait remonter loin de Calais, elle l’a affamé de journées entières. L’ouvrage n’est point perdu, il change de forme.
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