Notre dossier du moment

Le désastre d'Azincourt

La guerre de Cent Ans · Édition d’Artois · Perspective La cour de France

À la une
Enluminure médiévale : un roi tient conseil sous une grande tente d'apparat dressée en plein champ, entouré de seigneurs et d'hommes d'armes casqués, près d'une seconde tente et d'une ville fortifiée — campement d'armée avant la bataille.

Une nuit sous la pluie, deux armées face à face

Maître de Harley (anonyme flamand), « Le roi de Hongrie tenant conseil sous sa tente sur le champ de bataille », Chroniques de Froissart, vol. IV, 2e partie (Bruges, vers 1470-1475), British Library, Harley MS 4380, fol. 84 — domaine public (Wikimedia Commons).

Près du hameau d'Azincourt, en Artois, l'ost du roi de France a rejoint la troupe anglaise du roi Henri, harassée et amaigrie par sa longue chevauchée. Sous une pluie qui ne cesse de tomber, les deux armées campent à portée de voix. On attend encore des renforts. Demain, peut-être, on en viendra aux mains.

La rédaction, par dépêches d’Artois 24 octobre 1415, 21h00 5 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Charles d’Albret, connétable de France

« Nous le tenons à la gorge » : le connétable d’Albret dit comment il veut arrêter l’Anglais

La Somme franchie, l’armée de Henri file vers Calais, affamée et réduite. Au camp de l’ost, le connétable Charles d’Albret, à qui le roi absent a remis le commandement, expose sa manière : barrer la route du Nord, attendre les dernières bannières, laisser la faim faire son œuvre — et tenir en bride une noblesse qui ne rêve que d’en découdre.

Monseigneur, la nouvelle est venue au camp : l’Anglais a franchi la Somme. Vous aviez fait de cette rivière votre rempart. Que répondez-vous ?

Qu’une rivière n’a jamais arrêté à elle seule une armée décidée à passer. Je vous le dis sans détour : nous tenions la Somme des ponts d’Abbeville jusqu’en amont, nous avions rompu les passages et gardé les gués, et j’avais bon espoir de le contraindre à s’y user longtemps. Il a trouvé son point faible du côté de Béthencourt et de Voyennes, au-dessus de Péronne, là où les gués sont menus et nombreux, et il est passé. C’est un revers, je ne le nie point. Mais un revers n’est pas une défaite, et celui qui commande ne s’attarde pas à pleurer un plan déjoué : il en fait un autre le jour même. La Somme nous a servi à ce qu’elle devait servir : elle l’a retardé, elle l’a fait remonter loin de Calais, elle l’a affamé de journées entières. L’ouvrage n’est point perdu, il change de forme.

Lire l’entretien
20 octobre 1415, 09h0012 min
Infographie

Le champ d'Azincourt

Le dispositif des deux armées au matin du 25 octobre, dans une plaine resserrée entre deux bois. Les nombres avancés varient fortement d'un témoin à l'autre : nous les donnons en fourchettes, sans rien trancher.

Armée de France de 12 000 à plus de 30 000 hommes

Les estimations s'écartent grandement, certains avançant des chiffres bien plus hauts encore. Aucun décompte sûr ne nous est parvenu.

Armée anglaise de 6 000 à 9 000 hommes

Une troupe sensiblement moins nombreuse, où dominent les gens de trait. Le détail varie selon les sources.

Part des archers anglais environ les deux tiers

Les archers à l'arc long formeraient la majeure partie de l'armée du roi d'Angleterre — proportion rapportée, non vérifiée.

Largeur du champ env. 700 à 1 000 m

La clairière entre le bois d'Azincourt et celui de Tramecourt resserre le front et entrave le déploiement de la grande armée de France. Mesure approximative.

Rapporté

Déploiement

Les deux armées se rangent en bataille de part et d'autre de la clairière détrempée par les pluies.

Rapporté

Les pieux plantés

Les archers anglais fichent en terre des pieux aiguisés pour se garder d'une charge montée.

Rapporté

La charge brisée

La cavalerie française qui s'élance se heurte aux traits et aux pieux ; on la dit rejetée dans le désordre.

Rapporté

Assaut dans la boue

Les gens d'armes à pied avancent dans un sol lourd et gluant, gênés dans leurs mouvements ; l'avant-garde aurait été taillée en pièces.

Incertain

Prisonniers exécutés

On rapporte que le roi d'Angleterre, craignant un retour offensif, aurait fait mettre à mort une partie des captifs. L'ampleur en demeure inconnue.

Rapporté

Fin du combat

Le champ resté aux Anglais, les armes se taisent à la tombée de la nuit.

Les effectifs comme les pertes sont très débattus : nous les livrons en fourchettes et ne tenons aucun nombre pour assuré.

Les comptes des morts se contredisent : on annonce des pertes anglaises fort légères et des pertes françaises très lourdes, mais ces bilans, encore à chaud, sont à prendre avec la plus grande prudence.

Consulter toutes les archives disponibles