Honoré Vasseur, agent de change au parquet du Palais-Royal
« On joue la paix ou la déroute » : un agent de change dans l’attente de Moravie
Au parquet du Palais-Royal, la rente monte et descend au rythme des dépêches venues d’Allemagne. Honoré Vasseur, courtier, nous reçoit entre deux cotes pour dire ce que la guerre fait aux cours — et ce qu’une grande bataille en Moravie pourrait changer aux affaires.
Monsieur Vasseur, on dit que la guerre se lit sur les cours mieux que dans les gazettes. Est-ce vrai ?Mieux et plus vite, monsieur. Une gazette met des jours à choisir ses mots ; la cote, elle, parle à l’instant où la dépêche entre dans la salle. Quand la nouvelle d’Ulm est arrivée, la rente a sauté avant même qu’on eût lu le bulletin en entier — il avait suffi d’un mot, « capitulation », et de ce chiffre énorme de prisonniers, pour que tout le parquet se mît à acheter. Nous autres courtiers, nous ne lisons pas l’Histoire, nous lisons l’humeur des porteurs. Et l’humeur, en ce moment, est une corde tendue : un rien la fait vibrer dans un sens ou dans l’autre.
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