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Juillet 1593 : l'abjuration d'Henri IV

23-28 juillet 1593 · Le roi abjure à Saint-Denis · Perspective Vu du camp de Saint-Denis, 25 juillet 1593

À la une
Peinture représentant l'abjuration solennelle d'Henri IV le 25 juillet 1593 dans la basilique de Saint-Denis, devant le clergé catholique.

Le roi abjure à Saint-Denis

« L'Abjuration d'Henri IV » (vers 1593-1600), anciennement attribué à Nicolas Baullery, Musée d'art et d'histoire de Meudon — domaine public (Wikimedia Commons).

Ce jour, en l'abbatiale de Saint-Denis, le roi Henri, quatrième du nom, a solennellement renoncé à la religion réformée et s'est fait recevoir dans l'Église catholique, apostolique et romaine. Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, l'a instruit puis absous, en présence d'une vingtaine de prélats et docteurs. Le geste est religieux ; nul, dans les deux camps, n'oublie qu'il touche aussi au royaume.

Claude Vasselin, chroniqueur au camp de Saint-Denis 25 juillet 1593 6 min
En direct Le roi a fait profession de la foi catholique

En direct de Saint-Denis — 25 juillet 1593

Heure par heure, la journée où le roi Henri de Bourbon se présente à la basilique de Saint-Denis pour être reçu dans l'Église catholique, apostolique et romaine.

La foule presse aux abords de la basilique

Dès les premières heures de ce dimanche, un grand concours de peuple se porte vers l'abbaye de Saint-Denis. Rues et abords de l'église sont tendus et garnis de monde, et les gardes contiennent la presse. On attend le roi, qui a fait savoir qu'il viendrait ce jour se faire recevoir dans l'Église romaine.

Arrivée du roi, accompagné des princes et grands seigneurs

Sur les huit heures du matin, le roi se rend à la grande église de Saint-Denis, assisté de plusieurs princes, seigneurs et officiers de sa maison, au milieu des cris de « Vive le roi ! ». On le dit vêtu d'un pourpoint et de chausses de satin blanc, d'un manteau et d'un chapeau noirs ; le détail de sa tenue, rapporté par ceux qui l'ont vu passer, ne nous vient que d'un seul récit.

Le roi reçu au portail par l'archevêque de Bourges

Au portail de l'église, Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, assis et revêtu de ses habits pontificaux, reçoit le roi. Selon la teneur des propos qui nous en sont rapportés, il lui demande : « Qui êtes-vous ? » Le roi répond : « Je suis le roi. » — « Que demandez-vous ? » — « À être reçu au giron de l'Église catholique, apostolique et romaine. » Nous en donnons la substance, non les mots comptés.

Profession de foi et serment de vivre et mourir catholique

Le roi s'agenouille et fait profession de la foi catholique. Il jure, dit-on, de vivre et mourir en la religion catholique, apostolique et romaine, de la protéger et défendre, et déclare renoncer à toute hérésie. Il remet ensuite entre les mains de l'archevêque une déclaration signée de sa main.

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Saint-Denis, 25 juillet 1593

Le déroulé de la cérémonie

Heure après heure, l'ordre réglé que suit la réception du roi dans l'Église catholique, du portail de la basilique aux vêpres du soir. Plusieurs détails ne reposent que sur un petit nombre de témoignages et sont signalés comme tels.

Lieu Basilique Saint-Denis

Abbatiale au nord de Paris, nécropole des rois de France.

Officiant Renaud de Beaune

Archevêque de Bourges, grand aumônier de France, prélat resté fidèle à la couronne.

Assistance Une vingtaine

Prélats et docteurs réunis pour l'instruction et la cérémonie.

Rapporté

Dialogue rituel

« Qui êtes-vous ? — Je suis le roi. » Le roi demande à être reçu au giron de l'Église catholique, apostolique et romaine. Teneur attestée, non transcription mot pour mot.

Confirmé

Profession de foi et serment

À genoux, le roi fait profession de la foi catholique et jure de vivre et mourir en cette religion ; il remet une déclaration signée.

Confirmé

Absolution

L'archevêque de Bourges donne l'absolution ; le roi baise l'anneau.

Confirmé

Messe et communion

Le roi entend la messe et communie de la main de l'archevêque.

Rapporté

Sermon et vêpres

Un sermon est prononcé, puis les vêpres sont chantées ; le roi sort sous les cris de « Vive le roi ! ».

La tenue du roi (pourpoint de satin blanc, manteau noir) et la durée « cinq heures et plus » — qui se rapporte à l'instruction du 23 juillet, non à l'office — proviennent d'un petit nombre de récits.

Le verbatim du portail est donné pour sa teneur, telle que la rapportent les récits, et non comme une sténographie.

La loi salique et la carte du royaume

Pourquoi la conversion lève le dernier obstacle à la légitimité du roi.

Juillet 1593

La France coupée en deux

Au moment où le roi de Navarre abjure à Saint-Denis, le royaume est partagé entre les terres obéissant au roi et celles que tient la Ligue, avec l'appui de l'Espagne. Les lignes ne sont pas des frontières : elles bougent de ville en ville, et bien des places restent incertaines.

Terres du roi Le Béarnais

Une bonne part de la Normandie, du Maine, de l'Anjou, de la Touraine, du Centre et du Sud-Ouest obéissent au roi de Navarre ; c'est de Saint-Denis, au nord de Paris, qu'il presse la capitale.

Villes de la Ligue L'Union

Paris, Reims (ville du sacre), et plusieurs grandes cités tiennent pour la Ligue et refusent le roi. Le duc de Mayenne en est le lieutenant général.

Appui espagnol Philippe II

Le roi d'Espagne soutient la Ligue de son or et de ses armes ; des secours espagnols ont déjà débloqué Paris (1590) et paru devant Rouen. Le parti espagnol pousse la candidature de l'infante Isabelle.

Saint-Denis Camp royal

L'abbaye, nécropole des rois, est aux mains du roi, à une courte lieue au nord de Paris. Faute de pouvoir entrer dans Paris ou gagner Reims, c'est là qu'a eu lieu l'abjuration.

Les lignes de partage ne sont pas des frontières fixes : de nombreuses villes changent de parti au fil de la guerre, et des places restent partagées ou incertaines.

La carte représente une situation connaissable en juillet 1593 ; elle ne préjuge en rien de la suite des opérations.

Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Maître Nicolas Ferrand, docteur en théologie de la faculté de Paris, acquis à la Sainte Union

« Ce que le pape a lié, un archevêque ne le délie pas » — un docteur de Sorbonne récuse l’absolution de Saint-Denis

À Saint-Denis, ce jour, des prélats français ont reçu à l’Église le roi de Navarre sans que Rome y eût part. Pour la faculté de théologie de Paris, acquise à la Sainte Union, cette absolution ne tient pas. Nous avons recueilli l’un de ses docteurs, qui expose, article par article, pourquoi il la tient pour nulle et réclame le recours au Saint-Siège. C’est la parole d’un camp, argumentée en théologien ; Aujourd’hui la rapporte sans la faire sienne.

Le roi de Navarre a été reçu ce jour dans l’Église, à Saint-Denis. L’Église, donc, l’a absous ?

Des prélats l’ont reçu ; l’Église, c’est une autre affaire, et je pèse mes mots. Ce qui s’est fait à Saint-Denis, c’est une cérémonie tenue par des évêques français, hors la présence et hors l’aveu du Saint-Siège. Je ne conteste ni leur dignité ni leur savoir. Je conteste qu’ils aient eu, en cette cause, le pouvoir de faire ce qu’ils ont fait. Recevoir un homme du commun qui revient à la foi, un curé le peut ; relever la censure qui frappe ce prince-ci, aucun évêque de France ne le peut de soi. C’est pourquoi je tiens que cette absolution est nulle, ou tout au plus une absolution par précaution, non une réconciliation valide et arrêtée. Et je ne suis pas seul de cet avis : c’est celui de la plus grande part de notre faculté.

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25 juillet 159313 min
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