Paris a capitulé
Au lendemain de l’assaut des hauteurs, la capitale s’est rendue à l’aube. Ce midi, les souverains coalisés sont entrés par le nord, le tsar de Russie en tête, dans une ville saisie où le silence l’emporte sur les cris.
Avril 1814 · Édition de Paris · Perspective Paris
Au lendemain de l’assaut des hauteurs, la capitale s’est rendue à l’aube. Ce midi, les souverains coalisés sont entrés par le nord, le tsar de Russie en tête, dans une ville saisie où le silence l’emporte sur les cris.
Nous actualisons au rythme des nouvelles venues des hauteurs du nord. Les heures sont approximatives et les éléments non confirmés signalés comme tels. Ce direct s’arrête à la capitulation de la place.
Dès le petit matin, le feu se porte sur les hauteurs qui ceignent la ville au nord, de Romainville à Pantin et Belleville. Les corps des maréchaux Marmont et Mortier tiennent les villages, soutenus par la garde nationale et les élèves des écoles.
On se dispute chaque clos, chaque mur. L’ennemi, qu’on dit trois ou quatre fois plus nombreux, presse les positions ; les nôtres cèdent le terrain pas à pas, sans rompre.
Le frère de l’Empereur, à qui était confié le gouvernement de la capitale, a quitté son poste des hauteurs et la ville en pleine bataille, laissant aux maréchaux le soin de traiter si la défense devenait sans remède.
Les colonnes coalisées gagnent du terrain vers l’est et le centre des hauteurs. Les blessés affluent dans les faubourgs ; on entend le canon jusque dans Paris.
Repères de rédaction pour suivre la bascule : l’assaut des hauteurs, la capitulation militaire de la ville, l’entrée des Coalisés, puis les premiers actes politiques. On s’arrête au 2 avril ; rien au-delà n’est ici présupposé.
Les corps de Marmont et Mortier, renforcés de la garde nationale et des élèves des écoles, face à des armées coalisées trois ou quatre fois plus nombreuses.
Convention de place signée à un cabaret de La Villette par les colonels Fabvier et Denys face aux comtes Orlov et Paar : reddition militaire, non politique.
Par les barrières du nord, Alexandre Ier en tête, avec Frédéric-Guillaume III et Schwarzenberg.
Institué par le Sénat, présidé par Talleyrand ; la déchéance suit les 2 et 3 avril.
Combats de Romainville et Pantin à Belleville ; la butte de Montmartre est emportée vers dix-huit heures. Marmont demande la suspension du feu en soirée.
Vers deux heures du matin, à La Villette, la convention livre la ville et règle l’évacuation des troupes françaises.
Les Coalisés prennent les barrières au matin ; les souverains entrent vers le milieu du jour. Le tsar se loge rue Saint-Florentin.
Le Sénat institue un gouvernement provisoire de cinq membres, présidé par Talleyrand.
Le Sénat prononce la déchéance de l’Empereur et de sa maison ; les motifs seront arrêtés le 3 et publiés au Moniteur du 4.
Paris capitulé, l’étranger dans nos murs : un gouvernement provisoire s’est formé sous Talleyrand, et le Sénat a prononcé la déchéance. À qui, demain, l’autorité ?
Paris a capitulé, l'étranger campe dans nos murs, un gouvernement provisoire s'est formé sous M. de Talleyrand et le Sénat vient de prononcer la déchéance de l'Empereur. Mais à qui, demain, l'autorité ? Bourbons, régence pour le roi de Rome, ou tout autre prince : nul, à cette heure, ne saurait le dire. État d'un pouvoir vacant.
Alors que Paris, occupée depuis trois jours, tient son souffle, un seul nom revient dans toutes les bouches : celui de M. de Talleyrand-Périgord, ancien évêque, ancien ministre, désormais président d'un gouvernement provisoire dont personne ne sait encore ce qu'il gouverne. Portrait d'un homme qui a survécu à tout.
Il y a quatre jours, le tsar de toutes les Russies défilait sous nos voûtes à la tête de cent mille baïonnettes. Depuis, il loge chez M. de Talleyrand, reçoit, tranche et sourit. Qui est cet homme qui tient en main le sort de la France ?
Le Moniteur de ce matin publie l’acte par lequel le Sénat conservateur déclare Napoléon Bonaparte déchu du trône. Mais une assemblée qui doit tout à l’Empire, dont les membres furent choisis par l’Empereur et qui, des années durant, a sanctionné ses actes, a-t-elle pouvoir de le défaire ? Tribune sur une question de droit public que la rue tranche déjà, mais que le juriste, lui, ne saurait expédier.