À la une
L’astronaute Buzz Aldrin debout en pied sur le sol lunaire de la mer de la Tranquillité, en combinaison spatiale, le 21 juillet 1969 — le module lunaire Eagle et le photographe Neil Armstrong se reflètent dans la visière de son casque.

Un homme a posé le pied sur la Lune

Buzz Aldrin sur la Lune, photographié par Neil Armstrong (cliché AS11-40-5903), mer de la Tranquillité, 21 juillet 1969. NASA — domaine public (Wikimedia Commons).

Cette nuit, à 2 h 56 min temps universel, Neil Armstrong est descendu de l’échelle du module Eagle et a posé sa botte sur le sol de la Mer de la Tranquillité. Pour la première fois dans l’histoire, un être humain a marché sur un autre corps que la Terre. « C’est un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité », a-t-il dit. Des centaines de millions de personnes l’ont suivi en direct, le souffle court, devant des écrans de télévision aux images fantomatiques.

L’envoyé spécial à Houston 21 juillet 1969, 08h00 8 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Steve Bales, officier de guidage (GUIDO) au Centre de contrôle de mission, Houston

« Nous avons décidé de continuer » : un contrôleur de Houston raconte les alarmes d’Eagle

À vingt-six ans, Steve Bales était l’officier de guidage (GUIDO) en poste dans la salle de contrôle de Houston au moment où le module lunaire Eagle est descendu vers la mer de la Tranquillité. C’est devant sa console que se sont allumées, à plusieurs reprises, ces alarmes « 1202 » et « 1201 » qui ont fait retenir leur souffle à toute la pièce. Il nous décrit, à chaud, comment l’équipe a tranché en quelques secondes qu’on pouvait poursuivre — et ce que furent ces dernières minutes, calculatrice et carburant comptés.

Reprenons depuis le début. Où étiez-vous, et que faisiez-vous, quand la descente a commencé ?

J’étais à ma console, à la place de l’officier de guidage — ce que nous appelons ici le GUIDO. Mon travail, c’est de surveiller la trajectoire et l’ordinateur de guidage du module lunaire : est-ce que la machine fait bien ce qu’elle doit, est-ce que les chiffres de descente tiennent ? Je ne suis pas seul : derrière moi, dans une salle d’appui, j’ai toute une équipe, et en particulier un garçon qui connaît cette calculatrice mieux que personne, Jack Garman. Au moment de l’allumage du moteur pour la descente motorisée, tout est nominal. On respire à peine, on lit nos écrans, on attend.

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21 juillet 1969, 12h0011 min

Sir Bernard Lovell, directeur et fondateur de l’observatoire de Jodrell Bank (Cheshire), radioastronome

« Nous écoutons un visiteur dont nous ignorons le but » : Jodrell Bank traque Luna 15

Pendant que les trois Américains d’Apollo 11 filent vers la Lune, le grand radiotélescope de Jodrell Bank, en Cheshire, capte aussi les signaux d’un autre voyageur : Luna 15, l’engin automatique lancé par les Soviétiques le 13 juillet, qui converge lui aussi vers notre satellite. À l’observatoire, on écoute, on calcule, on suit sa course — mais nul, ici, ne sait au juste ce que Moscou a envoyé là-haut. Entretien.

Sir Bernard, ces jours-ci, vers quoi votre grand télescope est-il pointé ?

Vers la Lune, comme à peu près tous les instruments de la planète en ce moment, mais avec une particularité : nous y suivons deux choses à la fois. Il y a, bien sûr, le vaisseau américain Apollo 11, dont l’équipage a quitté la Terre hier et fait route vers le but que vous savez. Et il y a, depuis le 13 de ce mois, un second engin, celui-là sans hommes à bord : la sonde soviétique que l’on désigne sous le nom de Luna 15. Notre antenne est assez grande et assez sensible pour capter les émissions radio de l’un et de l’autre. C’est une situation que je n’avais encore jamais connue : deux voyageurs, partis de deux camps, convergeant vers le même astre dans la même semaine, et tous deux passant, pour ainsi dire, à portée de notre oreille.

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17 juillet 1969, 12h0013 min

Articles secondaires

Portrait

Trois hommes pour la Lune

Ils ont décollé ce matin de Floride, sanglés au sommet de la fusée géante, et filent à présent vers la Lune. Qui sont-ils ? Trois pilotes nés la même année, trois trajectoires d’aviateurs et d’ingénieurs taillées pour ce voyage. Neil Armstrong commande la mission ; Edwin Aldrin pilotera le module qui doit se poser ; Michael Collins veillera, seul, sur le vaisseau resté en orbite. Portrait de l’équipage, à l’heure où tout reste à faire.

16 juillet 1969, 20h009 min
À la une

Luna 15 : Moscou n’a pas dit son dernier mot

Tandis qu’Apollo 11 file vers la Lune, un engin soviétique automatique, Luna 15, lancé le 13 juillet, chemine vers le même but. Moscou a fait connaître sa trajectoire — par prudence, dit-on, pour écarter tout risque de collision — mais se tait sur sa mission. À Jodrell Bank, en Grande-Bretagne, les radioastronomes n’en captent que des signaux. Et déjà, dans les chancelleries et les observatoires, court une question : l’Union soviétique ne chercherait-elle pas à ravir aux Américains la première poignée de sol lunaire ?

17 juillet 1969, 10h007 min
À la une

Eagle a redécollé : les trois hommes ont repris la route de la Terre

Hier soir, l’étage supérieur du module lunaire a quitté la mer de la Tranquillité, emportant Armstrong et Aldrin vers Collins resté en orbite. L’équipage est de nouveau réuni à bord de Columbia, et son moteur l’a remis cette nuit sur le chemin du retour. La partie la plus redoutée s’est jouée hier : le moteur de remontée, unique et sans secours, a bien fonctionné. Restent l’approche de la Terre et la rentrée, attendues jeudi.

22 juillet 1969, 08h007 min
État des informations

Cette séquence suit Apollo 11 au présent de juillet 1969, jour après jour. Au départ, l’alunissage n’est pas acquis ; le soir du posé, la sortie puis le retour restent à accomplir. Nous distinguons ce qui est vu en direct, ce qui demeure ignoré (mission de Luna 15, stérilité de la Lune) et ce qui n’est que rapporté. Aucune parole étrangère n’est donnée pour attestée hors l’appel public de la Maison-Blanche pendant la sortie.

Ce que l’on sait

  • Apollo 11 a décollé de Floride le 16 juillet 1969 et mis le cap sur la Lune, transmettant en direct vers la Terre.
  • Trois hommes à bord : Armstrong (commandant), Aldrin (pilote du module lunaire Eagle), Collins (pilote du module de commande Columbia) ; l’un reste en orbite pendant que deux descendent.
  • La NASA a annoncé le 14 avril 1969 qu’Armstrong sortirait le premier du module lunaire.
  • Une sonde soviétique, Luna 15, lancée le 13 juillet, gravite autour de la Lune ; Moscou en a communiqué la trajectoire mais non la mission.
  • Le programme s’inscrit dans le serment de 1961 du président Kennedy ; il a été précédé de Spoutnik, Gagarine, Apollo 8 et 10, et payé du prix de l’incendie d’Apollo 1 (1967).

Ce que l’on ignore

  • Si la descente vers le sol pourra être menée à bien, et si la poussière supportera le poids d’un homme.
  • Si l’équipage pourra repartir de la Lune (moteur de remontée unique, sans secours) et regagner la Terre sain et sauf.
  • La mission exacte de Luna 15, et si l’URSS peut encore ramener la première un échantillon par un engin automatique.
  • Si la Lune est stérile — d’où la quarantaine prévue.
  • Ce que les roches lunaires révéleront.

Le contexte

Depuis Spoutnik (1957) et le vol de Gagarine (1961), l’Union soviétique et les États-Unis se disputent la primauté dans l’espace, enjeu majeur de la guerre froide.

En 1961, le président Kennedy a engagé les États-Unis à poser un homme sur la Lune et à le ramener avant la fin de la décennie ; ce serment guide le programme Apollo.

Le programme a été précédé d’étapes décisives — Apollo 8 autour de la Lune (1968), Apollo 10 en répétition (1969) — et payé du prix de l’incendie d’Apollo 1, qui coûta la vie à trois astronautes en 1967.

Apollo 11 a décollé du cap Kennedy le 16 juillet 1969, transmettant en direct vers la Terre, avec à son bord Armstrong, Aldrin et Collins.

Une sonde soviétique automatique, Luna 15, lancée le 13 juillet, gravite au même moment autour de la Lune ; Moscou en a communiqué la trajectoire mais non la mission.

Carte de la journée

  • Cap Kennedy (centre spatial Kennedy) · États-Unis

    Base de lancement de Floride d’où la fusée Saturn V d’Apollo 11 a décollé du pas de tir 39A le 16 juillet 1969.

  • Mer de la Tranquillité · Lune

    Vaste plaine basaltique de la face visible de la Lune (Mare Tranquillitatis) où le module Eagle s’est posé le 20 juillet 1969, à un site baptisé « Base de la Tranquillité ».

  • Pacifique Nord — USS Hornet · Océan Pacifique

    Zone d’amerrissage du module de commande Columbia le 24 juillet 1969, où le porte-avions USS Hornet a recueilli l’équipage avant sa mise en quarantaine.

Le plan de vol

La route d’Apollo 11 : de la Terre à la Lune, et retour

Le plan de vol tel qu’il est annoncé : mise en orbite terrestre, injection vers la Lune, mise en orbite lunaire, descente du module Eagle, remontée et rendez-vous, retour et amerrissage dans le Pacifique. Les durées et l’issue de chaque étape restent à confirmer.

Confirmé

Décollage & orbite terrestre

Saturn V depuis le pas de tir 39A (cap Kennedy). Mise sur orbite de parking autour de la Terre.

Confirmé

Injection translunaire (TLI)

Rallumage du 3e étage : l’ensemble quitte l’orbite terrestre et s’engage sur la route de la Lune. Extraction du module lunaire.

Rapporté

Trois jours de croisière

Traversée de l’espace cislunaire, corrections de trajectoire, transmissions vers la Terre.

Rapporté

Mise en orbite lunaire

Freinage derrière la Lune pour se placer en orbite autour de notre satellite.

Rapporté

Descente d’Eagle

Armstrong et Aldrin passent dans le module lunaire Eagle ; Collins reste à bord de Columbia. Descente motorisée vers la Mer de la Tranquillité.

Rapporté

Séjour & remontée

Après le séjour au sol, l’étage de remontée d’Eagle redécolle — moteur unique, sans secours — pour rejoindre Columbia en orbite.

Rapporté

Rendez-vous & injection vers la Terre

Amarrage, retour de l’équipage dans Columbia, abandon d’Eagle, rallumage pour le voyage de retour.

Rapporté

Rentrée & amerrissage

Rentrée atmosphérique du module de commande, parachutes, amerrissage dans l’océan Pacifique et récupération par la marine.

Plan de vol annoncé par la NASA, juillet 1969.

Les dates des étapes au-delà du départ sont prévisionnelles ; l’issue de chacune reste à confirmer.

Le site d’alunissage

Où Eagle doit se poser : la Mer de la Tranquillité

Le site visé sur la face visible de la Lune — une plaine basaltique du sud-ouest de la Mer de la Tranquillité, baptisée « Base de la Tranquillité » par l’équipage.

Corps céleste Lune (face visible)

Le site est sur la face de la Lune tournée vers la Terre, ce qui permet les liaisons en direct.

Région Mer de la Tranquillité

Mare Tranquillitatis, bordure sud-ouest : vaste plaine sombre choisie pour sa relative platitude.

Coordonnées lunaires ≈ 0°40′ N — 23°28′ E

Latitude et longitude rendues publiques par la NASA ; le pilotage final ajuste le point de pose selon le terrain.

Nom donné par l’équipage Base de la Tranquillité

« Tranquility Base » — l’appellation employée par les astronautes une fois Eagle posé.

Carte établie d’après les coordonnées rendues publiques par la NASA, juillet 1969.

L’ellipse d’atterrissage est prévue ; le point de pose exact dépend du pilotage final.

Analyse

Analyse

« Avant la fin de la décennie » : huit ans de course vers ce départ

Ce matin, une fusée a quitté la Floride avec trois hommes à son bord, en route vers la Lune. Pour mesurer le chemin parcouru, il faut remonter huit ans en arrière, à ce jour de mai 1961 où un jeune président américain, sous le coup d’un double affront soviétique, lança à son pays un défi que beaucoup tinrent alors pour téméraire : poser un homme sur la Lune et le ramener sain et sauf avant que la décennie ne s’achève. Cette échéance, aujourd’hui, est à portée de calendrier.

16 juillet 1969, 19h009 min
Contexte

1202, 1201 : les alarmes qui ont failli tout arrêter

Pendant les dernières minutes de la descente d’Eagle vers la Mer de la Tranquillité, l’ordinateur de guidage a sonné l’alarme à deux reprises — un « 1202 », puis un « 1201 ». À Houston, une poignée de contrôleurs très jeunes ont eu quelques secondes pour décider si l’on continuait ou si l’on abandonnait. Pendant ce temps, à bord, l’aiguille du carburant descendait. Récit, au plus près de ce que l’on a entendu en direct, d’un alunissage qui s’est joué sur des nerfs et des chiffres.

20 juillet 1969, 23h008 min
Analyse

L’homme qui a bâti la fusée : Wernher von Braun, des V-2 de Londres à la Saturn V

La tour de métal qui s’est arrachée de Floride mercredi porte la signature d’un homme : Wernher von Braun, directeur du centre de Huntsville, architecte en chef de la Saturn V. Vedette de la conquête américaine de l’espace, il fut, vingt-cinq ans plus tôt, le concepteur des V-2 qui s’abattirent sur Londres et Anvers, et un serviteur du Reich rallié aux États-Unis en 1945. La gloire d’aujourd’hui n’a pas effacé la question d’hier. Nous la posons sans la trancher.

17 juillet 1969, 18h009 min

Les acteurs du moment

Indéterminé

Neil Armstrong

Commandant d’Apollo 11

Pilote d’essai et astronaute américain, commandant de la mission Apollo 11. C’est lui qui pilote le module lunaire Eagle lors de la descente et qui doit, selon l’annonce de la NASA du 14 avril 1969, sortir le premier sur le sol lunaire.

Indéterminé

Edwin « Buzz » Aldrin

Pilote du module lunaire Eagle

Astronaute américain, pilote du module lunaire Eagle. Il descend avec Armstrong vers la Mer de la Tranquillité et le rejoint sur le sol lunaire après le premier pas.

Indéterminé

Michael Collins

Pilote du module de commande Columbia

Astronaute américain, pilote du module de commande Columbia. Il demeure seul en orbite autour de la Lune pendant qu’Armstrong et Aldrin descendent, et assure le rendez-vous au retour d’Eagle.

Sources historiques utilisées

secondary

Apollo 11 — Wikipédia (FR)

Déroulé de la mission : décollage le 16 juillet 1969 depuis le cap Kennedy, équipage (Armstrong, Aldrin, Collins), descente et alunissage du module Eagle dans la Mer de la Tranquillité le 20 juillet, premier pas, redécollage, rendez-vous avec Columbia, retour et amerrissage le 24 juillet, quarantaine.

secondary

Apollo 11 — Wikipedia (EN)

Chronologie détaillée, coordonnées du site (≈ 0°40′ N, 23°28′ E), marge de carburant au posé, échanges de la descente, déclaration « Tranquility Base here, the Eagle has landed », appel du président Nixon, mise en quarantaine.

secondary

Luna 15 — Wikipedia (EN)

Sonde soviétique automatique lancée le 13 juillet 1969, en orbite lunaire pendant la mission Apollo 11 ; trajectoire communiquée à l’Ouest pour écarter tout risque de collision, mission non annoncée par Moscou ; suivie depuis l’observatoire de Jodrell Bank.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique — Les Échos du Passé

Les articles suivent Apollo 11 au présent de juillet 1969, jour après jour, à mesure que les nouvelles parviennent en direct. L’alunissage, la sortie puis le retour ne sont pas tenus pour acquis avant qu’ils ne surviennent ; ce qui est vu en direct est distingué de ce qui demeure ignoré (mission de Luna 15, stérilité de la Lune) et de ce qui n’est que rapporté.