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La sphère polie de Spoutnik 1 avec ses quatre antennes filiformes, photographiée lors de l’assemblage final à l’automne 1957.

Une lune fabriquée par l’homme tourne au-dessus de nos têtes : les Soviets lancent le premier satellite artificiel du monde

NSSDC/NASA, « Spoutnik 1 en cours d’assemblage » (automne 1957) — domaine public (Wikimedia Commons).

Radio Moscou et l’agence Tass l’ont annoncé hier soir : l’Union soviétique a placé sur orbite une sphère de métal qui fait le tour de la Terre en une heure et demie. Un fait accompli, jeté à la face du monde, que l’Occident ne peut, pour l’heure, que constater — et écouter.

La rédaction 5 octobre 1957, 08h00 7 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Articles secondaires

État des informations

Pour octobre et novembre 1957, la source soviétique se réduit à des communiqués officiels, lacunaires et invérifiables : l’essentiel de ce qui est connu avec certitude provient de l’observation occidentale (signal capté, trajectoire recalculée du sol). Nous le rapportons sous cette réserve, sans préjuger de ce que l’avenir révélera.

Ce que l’on sait

  • Le 4 octobre 1957, l’Union soviétique a placé sur orbite le premier satellite artificiel de la Terre, qui émet un signal capté sur tous les continents.
  • Le satellite, d’une masse annoncée de 83,6 kilogrammes, fait le tour de la Terre en environ quatre-vingt-seize minutes, sur les fréquences de 20,005 et 40,002 mégacycles.
  • Le 3 novembre 1957, un second satellite, bien plus lourd, a emporté une chienne nommée Laïka : pour la première fois, un être vivant est lancé en orbite.
  • Le 9 octobre 1957, le président Eisenhower a tenu une conférence de presse pour répondre à l’émoi soulevé aux États-Unis, en mettant en avant le programme Vanguard.

Ce que l’on ignore

  • L’identité des concepteurs des satellites, le lieu exact des lancements et la nature des lanceurs, tenus secrets par Moscou.
  • Le but réel des engins, ce qu’ils mesurent véritablement, et la durée de vie de leurs émetteurs.
  • Le sort réservé à la chienne Laïka et la possibilité d’un retour, sur lesquels les communiqués soviétiques restent muets.

Le contexte

Le 4 octobre 1957, l’Union soviétique a annoncé avoir placé sur orbite le premier satellite artificiel de la Terre, une sphère de métal baptisée Spoutnik.

Le signal radio de l’engin, émis sur deux fréquences annoncées par Moscou, est capté par les radioamateurs et les observatoires du monde entier, qui confirment ainsi par eux-mêmes l’existence de l’objet.

L’Année géophysique internationale (1957-1958), vaste effort scientifique mondial, prévoyait le lancement de satellites par plusieurs nations ; les États-Unis avaient eux-mêmes annoncé un tel projet, nommé Vanguard.

Depuis la fin de la guerre, l’Union soviétique et les États-Unis se livrent une compétition ouverte dans le domaine des fusées et des armes de longue portée.

Carte de la journée

  • Moscou · Russie (Union soviétique en 1957)

    Capitale de l’Union soviétique, d’où l’agence Tass et Radio Moscou diffusent les communiqués annonçant les deux satellites.

  • Washington · États-Unis

    Siège de la présidence américaine, où Eisenhower tient sa conférence de presse du 9 octobre 1957 pour répondre à l’émoi suscité par le satellite soviétique.

  • Un cosmodrome soviétique · Lieu tenu secret en 1957

    Le site d’où sont lancés les satellites : un cosmodrome dont l’emplacement exact n’est pas révélé par Moscou et reste inconnu de l’Occident à cette date.

Reconstitué depuis le sol

La trajectoire de Spoutnik 1, recalculée depuis la Terre

Moscou n’a livré ni plan ni éphéméride : l’orbite que voici a été reconstituée par les observatoires et les radioamateurs d’Occident, à partir des heures d’apparition et d’extinction du signal capté à chaque passage.

Période ≈ 96 min

Le satellite boucle le tour de la Terre en un peu plus d’une heure et demie.

Périgée ≈ 227 km

Point le plus bas de l’orbite, estimé par recoupement des passages.

Apogée ≈ 945 km

Point le plus haut : l’orbite n’est pas un cercle parfait, mais une ellipse.

Inclinaison ≈ 65°

L’angle de l’orbite sur l’équateur fait passer l’engin au-dessus de l’essentiel des terres habitées.

Masse annoncée 83,6 kg

Chiffre donné par le communiqué soviétique, invérifiable de l’extérieur.

Fréquences 20,005 / 40,002 MHz

Les deux longueurs d’onde annoncées, sur lesquelles le « bip-bip » est capté dans le monde entier.

Éléments orbitaux établis par l’observation occidentale, et non communiqués par Moscou.

La durée de vie de l’émetteur, comme le but réel de l’engin, demeurent inconnus à cette date.

En un mois

Spoutnik 1 et Spoutnik 2 : ce que Moscou a annoncé

En l’espace d’un mois, l’Union soviétique a lancé deux satellites, chacun plus lourd que le précédent. Voici la chronologie telle qu’on peut l’établir depuis l’Occident, à partir des seuls communiqués soviétiques et du signal capté.

Spoutnik 1 83,6 kg

Une sphère de métal munie de quatre antennes, lancée le 4 octobre 1957.

Spoutnik 2 ≈ 508 kg

Un engin bien plus lourd, lancé le 3 novembre 1957, emportant un être vivant.

Confirmé

Spoutnik 1 sur orbite

Première sphère artificielle satellisée ; son signal est capté dans le monde entier.

Rapporté

Le signal se tait

Après une vingtaine de jours, l’émetteur cesse d’être entendu, ses piles vraisemblablement épuisées.

Confirmé

Spoutnik 2 et la chienne Laïka

Un second satellite, bien plus lourd, emporte le premier être vivant lancé en orbite.

Chronologie arrêtée au 3 novembre 1957 ; la suite de la course n’est pas connaissable à cette date.

Les masses sont celles qu’annonce Moscou, sans vérification indépendante possible.

Analyse

Les acteurs du moment

Indéterminé

Agence Tass

Agence de presse officielle soviétique

Voix officielle de Moscou, par laquelle l’Union soviétique a annoncé au monde, le soir du 4 octobre 1957, la mise sur orbite du premier satellite artificiel.

Indéterminé

Le « constructeur en chef »

Concepteur du satellite (identité tenue secrète)

Désigné par les seules dépêches soviétiques sous un titre sans nom, l’homme — ou l’état-major — qui a conçu le satellite demeure un secret d’État : nul, à l’Est comme à l’Ouest, ne sait le nommer.

Indéterminé

Dwight D. Eisenhower

Président des États-Unis

Président des États-Unis depuis 1953 ; il s’efforce, lors de sa conférence de presse du 9 octobre 1957, de calmer l’émoi soulevé par le satellite soviétique et met en avant le programme scientifique Vanguard.

Civil

Arthur C. Clarke

Écrivain, auteur d’ouvrages d’anticipation

Écrivain britannique connu pour ses récits et essais sur l’espace ; il commente le lancement soviétique avec un retentissement qui dépasse les cercles savants.

Indéterminé

Laïka

Chienne, passagère de Spoutnik 2

Chienne ramassée dans les rues de Moscou et placée à bord du second satellite soviétique : le premier être vivant lancé en orbite autour de la Terre, le 3 novembre 1957.

Sources historiques utilisées

secondary

Laika — Wikipedia (en)

Réactions et protestations animalières d’octobre-novembre 1957 (National Canine Defence League, RSPCA, manifestation à l’ONU).