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Affiche de propagande du régime de Vichy : un jeune homme et le slogan « Jeune, exerce un bon métier en contribuant à la Relève ».

Une loi appelle les classes 1920-1922 à partir travailler en Allemagne

Affiche officielle du régime de Vichy, « Jeune… exerce un bon métier en contribuant à la Relève » (auteur anonyme, 1942-1943). Document de propagande d’époque — domaine public (Wikimedia Commons).

Le texte est tombé. Promulguée à Vichy le 16 février et parue au Journal officiel, une loi française astreint les jeunes gens des classes 1920, 1921 et 1922 à un service de deux ans, en Allemagne pour beaucoup d’entre eux. C’est l’État français lui-même qui, sous la pression du plénipotentiaire allemand pour l’emploi de la main-d’œuvre, livre ainsi ses propres enfants à l’usine du Reich. Voici ce que dit le texte, qui il vise, et ce qu’il change.

La rédaction 18 février 1943, 07h00 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un secrétaire de mairie d’une commune de zone Sud

Le secrétaire de mairie pris entre les listes et la population

Depuis la loi du 16 février, ce sont les communes qui dressent et transmettent les listes des jeunes gens des classes appelées au travail obligatoire. Dans une mairie de zone Sud, un secrétaire de mairie accepte de parler à visage couvert. Il décrit la mécanique du recensement, la pression des préfectures, les questions des familles qui se pressent au guichet, et le poids d’une besogne dont il dit qu’elle n’est pas de son ressort ordinaire. Un long entretien sur l’envers administratif d’une mesure que tout un bourg redoute.

Commençons par le commencement. Comment une liste de jeunes gens à appeler se dresse-t-elle, concrètement, dans une mairie comme la vôtre ?

Elle ne se dresse pas, à proprement parler : elle se recopie. Tout est déjà là, dans le registre des naissances. La loi vise des classes d’âge — on m’a demandé les garçons nés en 1920, 1921 et 1922 ; ceux de 1922 en premier lieu, paraît-il. Mon travail consiste à ouvrir les années correspondantes de l’état civil, à relever un à un les noms, les prénoms, les dates et lieux de naissance, et à les reporter sur les listes nominatives que réclame la préfecture. C’est un travail de copiste, fastidieux et simple. La difficulté n’est pas de tenir la plume ; elle est de savoir que chacun de ces noms, je l’ai vu grandir, et que je l’écris aujourd’hui sur une feuille qui ne lui veut pas de bien.

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4 mars 1943, 09h0015 min

Un aumônier de jeunesse, prêtre de paroisse (profil composite et anonyme, mêlé chaque jour aux jeunes gens appelés par le STO)

Cas de conscience : un aumônier de jeunesse face au départ

Depuis que la loi du 16 février réquisitionne les jeunes gens des classes 1920, 1921 et 1922 pour aller travailler en Allemagne, une même question revient, dans les patronages comme au confessionnal : faut-il obéir à une loi qu’on tient pour injuste, et se dérober est-il un péché ? Nous avons longuement écouté un aumônier de jeunesse, prêtre de paroisse mêlé chaque jour à ces garçons. Il parle de ce qu’il entend, non de ce que « l’Église » déciderait — car elle n’a, à ce jour, rien décidé d’une seule voix.

Commençons par le commencement. Qu’est-ce qui a changé, dans votre patronage, depuis le mois de février ?

Tout, et rien. Les visages sont les mêmes, les jeux du dimanche sont les mêmes, mais une ombre s’est posée sur tout cela. Depuis qu’on sait que la loi du mois dernier appelle les garçons des trois classes — ceux de 1920, de 1921, de 1922 — à partir travailler en Allemagne, je vois entrer chez moi des jeunes gens que je connais depuis qu’ils sont enfants de chœur, et qui ne savent plus comment se tenir devant leur propre avenir. Avant, ils me parlaient de leur métier, d’une fiancée, d’un examen. Maintenant ils me parlent d’une convocation qu’ils attendent comme on attend une sentence. Ce n’est pas une émotion passagère : c’est une peur de fond, qui travaille les familles entières. La mère qui ne veut pas que son fils parte, le père qui ne veut pas qu’il se mette dans l’illégalité, le garçon pris entre les deux. Tout cela atterrit, le soir, dans ma sacristie.

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17 mars 1943, 09h0017 min

Articles secondaires

Société

Classe 1922 : partir, ou prendre le large ?

Une loi parue voilà quelques jours appelle en Allemagne les jeunes gens nés en 1920, 1921 et 1922. Pour ceux de la classe 1922, la plus exposée, le calendrier se précipite : recensement, conseil de révision, puis l’ordre de départ. Devant ce papier qui les attend, des milliers de garçons de vingt ans se trouvent placés, du jour au lendemain, devant un choix qu’aucun d’eux n’avait imaginé avoir à faire.

25 février 1943, 08h007 min
État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable de février à mars 1943, sous censure : un texte de loi, ses premiers effets, des rumeurs de défection, deux prises de parole d’un prélat. Les chiffres globaux relèvent de l’après-guerre et ne sont pas affichés comme su. La parole officielle (« relève », « solidarité ») est citée et attribuée, jamais endossée. Le terme « maquis », encore en train de naître, n’est pas employé comme catégorie acquise.

Ce que l’on sait

  • Une loi française du 16 février 1943 institue le service du travail obligatoire et requiert, pour deux ans, les jeunes gens des classes 1920, 1921 et 1922 reconnus aptes ; le temps passé aux Chantiers de la jeunesse ou sous les drapeaux est déduit.
  • C’est une loi de l’État français, signée par le chef du gouvernement M. Pierre Laval, et non une ordonnance de l’occupant : l’administration française en assure l’application.
  • La mesure prolonge la « relève » (accord Sauckel-Laval du 22 juin 1942) et la loi du 4 septembre 1942 sur l’utilisation et l’orientation de la main-d’œuvre ; elle répond aux quotas réclamés par le plénipotentiaire allemand Fritz Sauckel.
  • À partir de mars, des rapports préfectoraux signalent que des appelés ne se présentent pas dans plusieurs départements.
  • Les 15 et 21 mars 1943, le cardinal Liénart, évêque de Lille, prend publiquement position sur le cas de conscience posé par le STO.

Ce que l’on ignore

  • Le nombre de jeunes gens qui partiront effectivement et celui qui se déroberont ne sont pas connaissables à cette date.
  • Le devenir de ceux qui se cachent — où ils vont, comment ils subsistent — demeure inconnu.
  • L’extension nationale du refus et les suites de la mesure sont imprévisibles.
  • L’issue de la guerre n’est pas connue.

Le contexte

L’armistice du 22 juin 1940 a supprimé le service militaire et laissé près de deux millions de soldats français prisonniers en Allemagne ; la zone Sud, naguère dite « libre », est occupée depuis novembre 1942.

La « relève » lancée en juin 1942 (un prisonnier libéré pour trois ouvriers volontaires) puis la loi du 4 septembre 1942 sur l’utilisation et l’orientation de la main-d’œuvre n’ont pas suffi à fournir les contingents réclamés par l’Allemagne.

Au début de février 1943, l’armée allemande a capitulé à Stalingrad, ce qui avive son besoin de main-d’œuvre, ses propres ouvriers étant rappelés sous les armes.

Carte de la journée

  • Église Saint-Maurice de Lille · France

    Vaste église gothique du centre de Lille (Nord), où le cardinal Liénart a réuni six à sept mille jeunes gens le 21 mars 1943 pour rectifier sa position sur le service du travail obligatoire.

  • Lille · France

    Chef-lieu du Nord, siège du diocèse du cardinal Liénart ; en 1943, la ville relève d’un commandement militaire allemand rattaché à Bruxelles, distinct du reste de la zone occupée.

STO, février 1943

Qui est appelé, et où l’on se dérobe

La loi du 16 février 1943 institue le Service du travail obligatoire par classes d’âge entières. Elle clôt une séquence législative ouverte dix mois plus tôt. Trois classes sont concernées ; pour certains, les premiers refuges se dessinent en zone Sud.

Classes d’âge visées 1920 · 1921 · 1922

Hommes nés entre le 1ᵉʳ janvier 1920 et le 31 décembre 1922, astreints à deux ans de travail en Allemagne.

Durée du service 2 ans

Art. 1 de la loi du 16 février 1943. Le temps passé aux Chantiers de jeunesse ou au service militaire est déduit de cette durée.

Déduction légale Chantiers de jeunesse / service militaire

La loi prévoit expressément que les périodes accomplies dans ces deux cadres s’imputent sur les deux ans obligatoires (art. 1, loi du 16 février 1943).

Confirmé

Accord Sauckel-Laval — la Relève

Fritz Sauckel, plénipotentiaire du Reich pour la main-d’œuvre, obtient de M. Pierre Laval l’engagement d’envoyer des travailleurs français en échange de la libération d’un prisonnier de guerre pour trois ouvriers qualifiés. La Relève est annoncée publiquement ; les départs restent en grande partie volontaires.

Confirmé

Loi sur l’utilisation et l’orientation de la main-d’œuvre

Première loi contraignante : elle autorise à requérir tout Français pour un travail jugé d’intérêt général, y compris en dehors du territoire. Donne une base légale aux envois forcés sans encore désigner de classes d’âge.

Confirmé

Loi instituant le STO

Le gouvernement de Vichy soumet les classes 1920, 1921 et 1922 à deux ans de travail obligatoire en Allemagne. C’est la première fois que des classes entières sont nommément désignées par la loi.

Rapporté

Premiers refuges signalés en zone Sud

Des jeunes gens se dérobent à la convocation dans des zones isolées : le Vercors (ferme d’Ambel, décembre 1942) et le Limousin sont parmi les premières régions où des groupes se constituent. Ces mouvements restent très limités et peu organisés à cette date.

Données arrêtées à mars 1943. Les nombres de partis et de réfractaires ne sont pas connaissables à cette date ; ils relèvent d’estimations d’après-guerre.

Le terme « maquis » commence à circuler dans les semaines qui suivent, mais il n’est pas encore d’usage courant en février 1943.

Sources : Wikipédia, « Service du travail obligatoire (France) » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Service_du_travail_obligatoire_(France)) ; J. Euzet, Histoire du STO, Perrin, 2022, p. 107 (https://shs.cairn.info/histoire-du-sto--9782262047573-page-107?lang=fr) ; Chemins de mémoire, « 1943 — Les conséquences du STO dans la création des maquis » (https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/1943-les-consequences-du-sto-dans-la-creation-des-maquis).

Analyse

Opinion

Les acteurs du moment

Gouvernement français

Pierre Laval

Chef du gouvernement de l’État français

Revenu au pouvoir en avril 1942, il dirige le gouvernement de Vichy. Promoteur de la « relève » à l’été 1942, il a signé le 16 février 1943 la loi appelant les classes 1920 à 1922 au travail obligatoire.

Indéterminé

Fritz Sauckel

Plénipotentiaire général pour l’emploi de la main-d’œuvre du Reich

Chargé par l’Allemagne de pourvoir ses usines en main-d’œuvre dans toute l’Europe occupée. Il réclame à la France des contingents de travailleurs chiffrés, à livrer dans de brefs délais.

Civil

Achille Liénart

Cardinal, évêque de Lille

Évêque de Lille depuis 1928, créé cardinal en 1930, connu pour son attention au monde ouvrier. Le 21 mars 1943, en l’église Saint-Maurice de Lille, il a déclaré qu’on pouvait « se dérober sans péché » au service du travail obligatoire, et démenti la version qu’en avait donnée la presse.

Civil

Un secrétaire de mairie de zone Sud

Fonctionnaire communal chargé des registres et des listes

Personnage composite et anonyme. Tient l’état civil et les listes nominatives d’une commune de zone Sud ; chargé, depuis la loi du 16 février, de dresser et de transmettre les listes des classes appelées et de distribuer les convocations.

Civil

Un aumônier de jeunesse (anonyme, profil composite)

Prêtre de paroisse et aumônier de jeunesse, mêlé aux jeunes gens appelés par le STO

Figure composite et vraisemblable, non réelle, servant à exposer le cas de conscience posé par le STO au sein du clergé de base et de la jeunesse, au 17 mars 1943. Aucun de ses propos n’est une citation authentique.

Sources historiques utilisées

secondary

Service du travail obligatoire (France) — Wikipédia

Loi du 16 février 1943, classes 1920-1922, durée de deux ans, déductions, filiation Relève / loi du 4 septembre 1942, quotas de Sauckel, calendrier du recensement et des conseils de révision, notion de réfractaire.