À la une
Une du quotidien « Paris-Soir » du 3 septembre 1939 annonçant que la France et l’Angleterre sont en guerre avec l’Allemagne.

La France est en guerre avec l’Allemagne depuis dix-sept heures

Quotidien « Paris-Soir », une du 3 septembre 1939, annonçant l’entrée en guerre. Numérisation Bibliothèque nationale de France (Gallica) — domaine public (Wikimedia Commons).

Ce dimanche 3 septembre, à dix-sept heures, l’état de guerre est entré en vigueur entre la France et le Reich allemand. L’ultimatum sommant l’Allemagne de retirer ses troupes de Pologne est resté sans réponse ; notre ambassadeur à Berlin, M. Robert Coulondre, en a notifié les conséquences à la Wilhelmstrasse. Le Royaume-Uni, lui, est en guerre depuis ce matin. La cause est connue de tous : l’invasion de la Pologne, voici deux jours.

La rédaction 3 septembre 1939, 21h00 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Le capitaine Henri Vasseur, commandant une compagnie d’infanterie, 2ᵉ groupe d’armées (personnage composite)

« On avance dans des villages où il ne reste personne » — entretien avec un capitaine du front de Sarre

Depuis le 7 septembre, des troupes françaises ont franchi la frontière et progressent en territoire allemand, dans le secteur de la Sarre. Un capitaine d’infanterie du 2ᵉ groupe d’armées, officier de carrière revenu pour quelques heures à l’arrière, a accepté de nous décrire cette première avance : les bourgs désertés qu’on occupe, les routes minées qu’il faut sonder, et l’étrange sentiment d’aller de l’avant sans savoir jusqu’où.

Capitaine, depuis quand vos hommes sont-ils passés de l’autre côté de la frontière ?

Nous avons franchi la limite le 7 au matin, voici deux jours. Quelques éléments de reconnaissance étaient allés tâter le terrain dès les premiers jours, après la déclaration de guerre ; mais le mouvement d’ensemble, l’avance proprement dite, c’est le 7 qu’il a commencé. On nous avait préparés, prévenus, regroupés ; et puis l’ordre est venu, et nous avons quitté nos positions pour aller de l’avant. Je vous dirai franchement : on attendait ce moment depuis le 3 septembre avec une sorte d’impatience nerveuse. Quand il est arrivé, ce ne fut pas l’élan qu’on imagine. Ce fut lent, prudent, méthodique. On ne se rue pas en territoire ennemi comme à la parade.

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9 septembre 193913 min

Marcel Thévenin, soldat de deuxième classe, ancien ajusteur métallurgiste du Nord, mobilisé sur le front de l’Est (profil composite, vraisemblable mais non réel)

« On creuse, on attend, et la guerre ne vient pas »

Mobilisé depuis septembre sur le front de l’Est, le soldat de deuxième classe Marcel Thévenin, métallurgiste du Nord, est de passage à l’arrière pour quelques jours. Il a accepté de raconter ce que sont, pour un homme du rang, ces semaines d’attente où l’on tient l’arme au pied à l’entrée de l’hiver : le froid qui monte, le terrassement, l’ennui, les corvées, les permissions trop rares, les rumeurs, et ces petits journaux que les soldats fabriquent pour rire entre eux. Un long entretien, à hauteur d’homme, sur la guerre qu’on ne livre pas.

Voilà bientôt trois mois que vous êtes mobilisé. À quoi ressemblent vos journées, là-bas ?

À tout, sauf à ce qu’on s’imaginait. Quand on est partis, en septembre, on croyait monter au feu dans la semaine. On avait la tête pleine des histoires des anciens, ceux de 14, les attaques, les assauts. Et puis on est arrivés, et il ne s’est rien passé. Rien. On nous a installés dans un secteur, on nous a dit de tenir, et depuis on tient. Mes journées, monsieur, c’est se lever dans le petit jour glacé, l’appel, la soupe, la corvée, et le soir on recommence. On guette en face, on monte la garde, on patrouille un peu, mais l’Allemand ne bouge pas plus que nous. Chacun reste chez soi, derrière ses fortifications. On s’observe d’un trou à l’autre. C’est une drôle de manière de faire la guerre.

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20 novembre 1939, 10h0014 min

M. Paul Lalande, député radical-socialiste d’une circonscription de province

« La Chambre cherche un gouvernement de combat » : un député raconte les couloirs

Témoin des tractations qui ont suivi la chute de M. Daladier, M. Paul Lalande, député radical de province, a vécu de l’intérieur la journée du 22 mars et l’investiture arrachée de justesse par M. Reynaud. Il dit l’humeur de l’hémicycle, le poids de l’affaire de Finlande et l’attente, sur tous les bancs, d’une conduite plus vigoureuse de la guerre. Propos recueillis dans les couloirs du Palais-Bourbon.

On a dit la crise brutale. Comment a-t-on senti, dans la maison, que le gouvernement de M. Daladier était à bout de course ?

Cela ne s’est pas fait en un jour, croyez-moi. Depuis la fin de l’hiver, une gêne s’était installée. On la sentait dans les couloirs avant de l’entendre à la tribune : ce flottement qui prend une assemblée quand elle n’est plus sûre de suivre ceux qu’elle a portés. Le mercredi, lors du débat, beaucoup de mes collègues avaient le visage fermé. Ce n’était pas une bataille rangée, une de ces séances où l’on s’invective et où les choses sont claires ; c’était plus sourd, plus diffus. La confiance ne s’est pas retirée d’un coup, elle a fondu. Et quand un président du Conseil voit fondre sa majorité sans qu’on la lui arrache franchement, il sait que sa partie est jouée. M. Daladier l’a compris, je crois, et il a tiré les conséquences en remettant ses pouvoirs.

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22 mars 1940, 22h0011 min

Articles secondaires

Guerre

La Pologne sous le choc de l’offensive allemande

Depuis le matin du 1er septembre, les armées du Reich ont franchi la frontière polonaise sur toute son étendue. Les dépêches qui nous parviennent, partielles et en retard, dessinent une attaque d’une rapidité et d’une violence inhabituelles, où l’aviation et les chars tiennent le premier rôle. La France et la Grande-Bretagne ont, depuis, déclaré la guerre à l’Allemagne. De la résistance que la Pologne pourra opposer, il est trop tôt pour rien dire.

5 septembre 1939, 08h006 min
État des informations

Cette édition reconstitue la période au présent de ses dates, du seul savoir connaissable au moment des faits. Elle ne préjuge ni de la forme ni de l’issue de la guerre ; les points incertains et les bruits non confirmés sont signalés comme tels.

Ce que l’on sait

  • La France et le Royaume-Uni sont en guerre avec l’Allemagne depuis le 3 septembre 1939, à la suite de l’invasion de la Pologne le 1er septembre.
  • Après une avance limitée en Sarre (7-12 septembre) suivie d’un repli, le front de l’Ouest est immobile depuis l’automne ; les armées se font face de part et d’autre de leurs lignes fortifiées.
  • La Pologne, envahie par l’Allemagne puis par l’URSS, a été vaincue et partagée à l’automne 1939.
  • Une crise politique a porté Paul Reynaud à la tête du gouvernement le 22 mars 1940 ; la guerre s’est étendue au Nord avec l’invasion allemande du Danemark et de la Norvège le 9 avril 1940.

Ce que l’on ignore

  • On ignore quand, où et sous quelle forme l’Allemagne portera son effort principal sur le front de l’Ouest.
  • L’issue de la campagne de Norvège, engagée en avril 1940, n’est pas connue.
  • La durée de cette guerre d’attente et la solidité du nouveau gouvernement demeurent incertaines.

Le contexte

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne ; la France et le Royaume-Uni, liés à Varsovie, lui déclarent la guerre le 3 septembre.

La France a décrété la mobilisation générale et s’appuie sur la ligne Maginot, son rempart fortifié face à l’Allemagne.

Après l’offensive de la Sarre et son repli, le front de l’Ouest s’immobilise pour de longs mois, tandis que la guerre se déplace en Pologne, en Finlande puis en Scandinavie.

La conduite jugée trop prudente de la guerre nourrit une crise politique qui porte Paul Reynaud au pouvoir en mars 1940.

Carte de la journée

  • La Sarre · Allemagne

    Région frontalière du sud-ouest de l’Allemagne, théâtre de l’unique avance offensive française de l’automne 1939, entre la frontière et la ligne Siegfried.

  • Ligne Maginot · France

    Système de fortifications continu le long de la frontière du Nord-Est, tenu pour le rempart de la France face à l’Allemagne ; objet de confiance de l’opinion et de l’armée.

  • Varsovie · Pologne

    Capitale polonaise assiégée et bombardée en septembre 1939 ; sa capitulation, le 27 septembre, scelle la défaite de l’allié de l’Est.

  • Jøssingfjord · Norvège

    Fjord de la côte méridionale norvégienne où le contre-torpilleur britannique Cossack aborde le navire allemand Altmark, le 16 février 1940, en eaux neutres.

  • Namsos · Norvège

    Petit port de la côte norvégienne, au nord de Trondheim, où débarquent les forces alliées à la mi-avril 1940 ; bombardé par l’aviation allemande.

  • Palais-Bourbon · France

    Siège de la Chambre des députés à Paris, théâtre de la crise politique de mars 1940 (chute de Daladier, investiture de Reynaud).

Analyse

Opinion

Les acteurs du moment

France

Maurice Gamelin

Généralissime, commandant en chef des armées françaises

Chef d’état-major général, il exerce le commandement en chef des forces françaises depuis l’entrée en guerre. C’est à lui qu’est attribué l’ordre d’arrêter l’avance en Sarre le 12 septembre 1939.

France

André-Gaston Prételat

Général commandant le 2ᵉ groupe d’armées

Il commande le 2ᵉ groupe d’armées engagé dans l’offensive de la Sarre en septembre 1939.

Gouvernement français

Édouard Daladier

Président du Conseil (jusqu’en mars 1940), puis ministre de la Défense

Chef du gouvernement à l’entrée en guerre ; renversé le 20 mars 1940 sur la non-intervention en Finlande, il conserve la Défense nationale dans le cabinet Reynaud.

Gouvernement français

Paul Reynaud

Président du Conseil (à partir de mars 1940)

Ancien ministre des Finances réputé pour sa fermeté, appelé à former le gouvernement le 21 mars 1940 et investi le 22, à une courte majorité.

Gouvernement français

Albert Lebrun

Président de la République

Chef de l’État, il signe le décret de mobilisation générale et appelle Paul Reynaud à former le gouvernement en mars 1940.

Gouvernement français

Robert Coulondre

Ambassadeur de France en Allemagne

En poste à Berlin, il notifie le 3 septembre 1939 à la Wilhelmstrasse l’entrée en vigueur de l’état de guerre entre la France et l’Allemagne.

Gouvernement français

Georges Bonnet

Ministre des Affaires étrangères (1939)

Responsable de la diplomatie française dans les dernières démarches précédant la déclaration de guerre.

Indéterminé

Joachim von Ribbentrop

Ministre des Affaires étrangères du Reich

C’est à lui que l’ambassadeur de France notifie l’état de guerre le 3 septembre 1939 ; négociateur du pacte germano-soviétique d’août 1939.

Sources historiques utilisées

secondary

Drôle de guerre — Wikipédia

Cadre général de la période septembre 1939 – printemps 1940 : entrée en guerre, immobilité du front de l’Ouest, vie des soldats, fortifications. Recoupé avec Herodote, Chemins de mémoire et les travaux de François Cochet.

secondary

Offensive de la Sarre — Wikipédia

Déroulé de l’unique opération offensive française de l’automne 1939 (7-12 septembre, arrêt par Gamelin, repli en octobre).