Paris a capitulé
Au lendemain de l’assaut des hauteurs, la capitale s’est rendue à l’aube. Ce midi, les souverains coalisés sont entrés par le nord, le tsar de Russie en tête, dans une ville saisie où le silence l’emporte sur les cris.
Au lendemain de l’assaut des hauteurs, la capitale s’est rendue à l’aube. Ce midi, les souverains coalisés sont entrés par le nord, le tsar de Russie en tête, dans une ville saisie où le silence l’emporte sur les cris.
La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.
Paris a capitulé, l'étranger campe dans nos murs, un gouvernement provisoire s'est formé sous M. de Talleyrand et le Sénat vient de prononcer la déchéance de l'Empereur. Mais à qui, demain, l'autorité ? Bourbons, régence pour le roi de Rome, ou tout autre prince : nul, à cette heure, ne saurait le dire. État d'un pouvoir vacant.
Alors que Paris, occupée depuis trois jours, tient son souffle, un seul nom revient dans toutes les bouches : celui de M. de Talleyrand-Périgord, ancien évêque, ancien ministre, désormais président d'un gouvernement provisoire dont personne ne sait encore ce qu'il gouverne. Portrait d'un homme qui a survécu à tout.
Il y a quatre jours, le tsar de toutes les Russies défilait sous nos voûtes à la tête de cent mille baïonnettes. Depuis, il loge chez M. de Talleyrand, reçoit, tranche et sourit. Qui est cet homme qui tient en main le sort de la France ?
Cette édition couvre les journées du 31 mars au 4 avril 1814, de la prise de la capitale à la déchéance prononcée par le Sénat. Elle s’en tient à ce qui peut être su et recoupé à chaud, présente les hypothèses de régime comme concurrentes et toutes ouvertes, et ne préjuge ni des résolutions de l’Empereur ni des suites de la déchéance.
Depuis le commencement de l’année, la guerre s’est portée sur le sol même de l’ancienne France, les armées coalisées ayant franchi le Rhin et remonté vers la capitale.
Le gouvernement de Paris avait été confié au prince Joseph, frère de l’Empereur ; l’impératrice et le roi de Rome avaient quitté la ville quelques jours plus tôt.
Paris a capitulé dans la nuit du 30 au 31 mars ; les Coalisés y sont entrés le 31, le tsar Alexandre s’établissant rue Saint-Florentin, chez M. de Talleyrand.
Le 1er avril, le Sénat conservateur a institué un gouvernement provisoire de cinq membres ; les 2 et 3 avril, il a prononcé la déchéance de l’Empereur, dont le décret paraît au Moniteur du 4.
L’Empereur Napoléon se tient à Fontainebleau, à quelques lieues de Paris, avec les troupes qui lui restent.
L’arc des hauteurs qui ceignent Paris au nord — de Romainville et Pantin à la butte de Montmartre — fut le théâtre des combats du 30 mars 1814. C’est par les barrières du septentrion que les souverains coalisés sont entrés le 31 mars vers le milieu du jour.
Hôtel particulier de M. de Talleyrand, rue Saint-Florentin, où s’est établi le tsar Alexandre Ier dès le 31 mars 1814 et où se tiennent les conférences des puissances sur le sort du royaume.
Siège du Sénat conservateur, qui institua le 1er avril 1814 un gouvernement provisoire présidé par Talleyrand, puis prononça les 2 et 3 avril la déchéance de l’Empereur.
Résidence où l’Empereur s’est replié après la chute de Paris ; il y signa ses actes d’abdication et, le 20 avril 1814, fit ses adieux à la Vieille Garde dans la cour du Cheval-Blanc, au pied du grand escalier en fer-à-cheval.
Position avancée au sud de Paris où s’était replié le 6e corps du maréchal Marmont. Dans la nuit du 4 au 5 avril 1814, ces troupes traversèrent l’Essonne et rejoignirent les lignes alliées, privant Fontainebleau de sa réserve.
Repères de rédaction pour suivre la bascule : l’assaut des hauteurs, la capitulation militaire de la ville, l’entrée des Coalisés, puis les premiers actes politiques. On s’arrête au 2 avril ; rien au-delà n’est ici présupposé.
Les corps de Marmont et Mortier, renforcés de la garde nationale et des élèves des écoles, face à des armées coalisées trois ou quatre fois plus nombreuses.
Convention de place signée à un cabaret de La Villette par les colonels Fabvier et Denys face aux comtes Orlov et Paar : reddition militaire, non politique.
Par les barrières du nord, Alexandre Ier en tête, avec Frédéric-Guillaume III et Schwarzenberg.
Institué par le Sénat, présidé par Talleyrand ; la déchéance suit les 2 et 3 avril.
Combats de Romainville et Pantin à Belleville ; la butte de Montmartre est emportée vers dix-huit heures. Marmont demande la suspension du feu en soirée.
Vers deux heures du matin, à La Villette, la convention livre la ville et règle l’évacuation des troupes françaises.
Les Coalisés prennent les barrières au matin ; les souverains entrent vers le milieu du jour. Le tsar se loge rue Saint-Florentin.
Le Sénat institue un gouvernement provisoire de cinq membres, présidé par Talleyrand.
Le Sénat prononce la déchéance de l’Empereur et de sa maison ; les motifs seront arrêtés le 3 et publiés au Moniteur du 4.
Empereur des Français depuis 1804. Ayant appris à Juvisy la chute de Paris, il s’est replié sur Fontainebleau avec les troupes qui lui restent ; le Sénat a prononcé sa déchéance le 2 avril 1814.
Souverain de toutes les Russies, âme de la coalition qui a marché sur la France. Entré dans Paris le 31 mars à la tête de ses troupes, il s’est établi rue Saint-Florentin, en l’hôtel de M. de Talleyrand, où se tiennent les conférences sur le sort du royaume.
Ancien évêque d’Autun rallié à toutes les révolutions du temps, ministre des Relations extérieures sous le Directoire puis sous l’Empire, écarté du ministère depuis quelques années. C’est en son hôtel de la rue Saint-Florentin que loge le tsar Alexandre, et c’est lui que le Sénat a placé, le 1er avril, à la tête du gouvernement provisoire.
Archiduchesse d’Autriche, épouse de l’Empereur depuis 1810 et mère du jeune prince qu’on nomme le roi de Rome. Certains voient en elle la régente possible, au nom de son fils, si la couronne devait demeurer dans la maison impériale.
Roi de Prusse, il a défilé aux côtés d’Alexandre le 31 mars 1814 à l’entrée dans Paris. Figure de second plan auprès du tsar dans les décisions politiques.
Commandant en chef des forces de la Sixième Coalition. C’est avec son quartier général qu’a été conclue la convention pour le passage du 6e corps français à Essonnes.
Né en 1774 à Châtillon-sur-Seine, compagnon de Bonaparte depuis Toulon (1793). Maréchal depuis 1809, duc de Raguse depuis 1808. Défenseur de Paris le 30 mars 1814 ; son corps d’armée a traversé l’Essonne les 4-5 avril dans des circonstances encore débattues.
Général de division commandant l’une des divisions du 6e corps. Selon les informations disponibles, c’est sous son commandement effectif que les troupes ont traversé l’Essonne dans la nuit du 4 au 5 avril.
Diplomate de confiance de Napoléon, ancien ambassadeur en Russie (1807-1811), ministre des Relations extérieures depuis le 20 novembre 1813. Il conduit les négociations avec les Alliés depuis le 4 avril 1814.
Maréchal d’Empire, désigné avec Caulaincourt et Macdonald pour négocier avec les souverains alliés à Paris à partir du 4 avril 1814.
Maréchal d’Empire, désigné avec Caulaincourt et Ney pour négocier avec les souverains alliés à Paris à partir du 4 avril 1814.
Sénateur, il préside la séance au cours de laquelle le Sénat conservateur prononce la déchéance de l’Empereur, les 2 et 3 avril 1814.
Né à Paris le 22 juillet 1772, fils d’un laboureur normand. Engagé volontaire en 1792, vétéran d’Italie, d’Égypte et d’Allemagne, blessé à Wagram. Baron de l’Empire (1809). Général de brigade depuis juin 1813, major du 1er régiment de grenadiers à pied de la Garde impériale depuis novembre 1813. C’est lui que l’Empereur a étreint le 20 avril dans la cour du Cheval-Blanc.
Grand maréchal du Palais, il attend l’Empereur dans la berline et accompagne le convoi au départ de Fontainebleau.
Maréchal d’Empire, il a tenu avec Marmont l’arc des hauteurs au nord de Paris le 30 mars 1814, soutenu par la garde nationale et les élèves des écoles, contre des forces très supérieures.
Frère aîné de l’Empereur, à qui était confié le gouvernement de la capitale. Il a quitté son poste des hauteurs et la ville dans la matinée du 30 mars, en pleine bataille, laissant aux maréchaux le soin de traiter.
Article « Bataille de Paris (1814) » (Wikipédia FR), consulté pour le déroulé des combats du 30 mars (chute de Montmartre vers 18 h, rôles de Marmont et Mortier), le départ de Joseph Bonaparte de son poste vers 11 h le 30 mars, et la capitulation signée vers 2 h du matin le 31 mars (cabaret de La Villette ; colonels Fabvier et Denys, comtes Orlov et Paar) ainsi que l’ordre de grandeur des pertes.
Notices consultées sur napoleon.org et la recension de l’ouvrage de Marie-Pierre Rey pour l’entrée du 31 mars par le nord, l’ordre de marche (Alexandre Ier, Frédéric-Guillaume III, Schwarzenberg), le logement du tsar chez Talleyrand rue Saint-Florentin dès le 31 mars, et la nuance de l’accueil (silence et stupeur dominants, démonstrations royalistes minoritaires).
Texte de la déclaration d’Alexandre Ier au nom des puissances alliées (31 mars 1814) sur Gallica, consulté pour la formule selon laquelle les Alliés ne traiteront plus avec Napoléon Bonaparte ni aucun membre de sa famille.
Institution par le Sénat le 1er avril 1814, présidence de Talleyrand, composition à cinq membres (Talleyrand, Beurnonville, Jaucourt, Dalberg, Montesquiou-Fézensac).
Déroulé des 1er-3 avril 1814, présidence de Barthélemy, institution du gouvernement provisoire présidé par Talleyrand, considérants du décret et publication du procès-verbal au Moniteur du 4 avril.
Texte du décret du 3 avril 1814 : verbatim de l’article 1er et énumération des griefs, recoupé via la transcription du procès-verbal (dossier du Sénat ; france-pittoresque.com d’après le Moniteur).
Chronologie : abdication conditionnelle du 4 avril 1814 en faveur du roi de Rome avec régence de Marie-Louise ; mission de Caulaincourt, Ney et Macdonald auprès d’Alexandre Ier ; abdication sans condition du 6 avril, consécutive à la défection du 6e corps de Marmont à Essonnes.
Distinction de l’abdication conditionnelle (4 avril, en faveur du fils), de l’abdication sans condition (6 avril, le nom du roi de Rome disparaissant de l’acte) et du règlement du 11 avril. Référence de contrôle pour la pédagogie des trois actes.
Convention du 4 avril entre Schwarzenberg et Marmont, départ nocturne du 6e corps d’Essonnes sous le commandement effectif de Souham, et effet de la nouvelle sur l’abandon de la régence. Le séquençage horaire précis est donné comme reposant sur des récits à recouper.
Dates de signature (11 avril) et de ratification (13 avril), titre d’empereur conservé à vie, souveraineté pleine sur l’île d’Elbe érigée en principauté, garde de 400 volontaires, rente de 2 millions de francs (1 million réversible à l’impératrice), duchés de Parme, Plaisance et Guastalla attribués à Marie-Louise, plénipotentiaires alliés (Metternich, Nesselrode, Hardenberg) et français (Caulaincourt, Ney, Macdonald).
Réserve britannique datable : lord Castlereagh, arrivé à Paris le 10 avril 1814, désapprouve le choix d’Elbe, jugée trop voisine de la France et de l’Italie, et n’engage pas la signature britannique sur ce point. Restituée comme un débat du moment, non comme une anticipation des suites.
Déroulé de la scène du 20 avril 1814 : heure, cour du Cheval-Blanc, escalier en fer-à-cheval, baiser au drapeau du 1er régiment de grenadiers, étreinte au général Petit, départ en berline avec le grand maréchal Bertrand. Le texte « canonique » du discours, issu du Manuscrit de 1814 du baron Fain (publié en 1823), est écarté comme non verbatim.
L’ensemble de la séquence imite la prose et le savoir de journaux parisiens de mars-avril 1814. Chaque édition s’en tient à ce qui est connaissable et recoupable à sa date, maintient les incertitudes telles qu’elles se présentaient, n’introduit aucune information postérieure et ne préjuge ni du sort de l’Empereur ni de l’avenir du gouvernement de la France.