À la une
L’Empereur Napoléon dirigeant ses troupes sur le plateau de Pratzen, le 2 décembre 1805.

La grande victoire de Moravie : l’Empereur écrase les armées des deux empereurs

François Gérard, « Bataille d’Austerlitz » (esquisse pour la galerie de Versailles), d’après l’événement du 2 décembre 1805. Domaine public (Wikimedia Commons).

Le 30e Bulletin de la Grande Armée, paru ce jour dans Le Moniteur, l’annonce à la France : aux plaines d’Austerlitz, l’armée de Sa Majesté a, le 2 décembre, défait sous leurs propres yeux les empereurs d’Autriche et de Russie. Premier récit, d’après la version officielle.

La Rédaction 16 décembre 1805 7 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Capitaine Nikolaï Voronine, régiment de mousquetaires de Koursk, prisonnier sur parole

« Nous étions les plus nombreux, et c’est ce qui nous a perdus » : un capitaine russe prisonnier raconte

Capturé au sud du champ de bataille, où l’aile qui devait déborder les Français s’est enlisée dans la boue gelée des étangs, le capitaine Nikolaï Voronine, du régiment de mousquetaires de Koursk, traverse Strasbourg en route vers un dépôt de l’intérieur. Prisonnier sur parole, il a accepté de nous parler de la journée du 2 décembre telle qu’un officier de l’armée du tsar l’a vécue et comprise.

Capitaine, vous voyagez « sur parole », dit-on. Que recouvre exactement ce mot, pour un officier prisonnier ?

Il faut d’abord vous corriger sur un point, monsieur : je ne suis pas un geôlier de vos rues, ni un forçat qu’on traîne à la chaîne. Un officier pris les armes à la main engage sa parole d’honneur de ne pas fuir, et on le traite en conséquence. Je loge en ville, je vais et viens dans des limites convenues, un homme veille à ma porte plus pour la forme que pour la crainte. C’est un usage entre nations qui se respectent, et vos officiers, je dois le dire, l’ont observé avec correction. On m’achemine par étapes vers quelque dépôt de l’intérieur, je ne sais lequel encore ; nous formons de petits convois qui remontent vers l’ouest. Pour un gentilhomme, la captivité n’est pas la honte ; la honte serait de manquer à la parole donnée. Tant que je la tiens, je reste un officier du tsar, prisonnier mais point déshonoré.

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26 décembre 180510 min

Honoré Vasseur, agent de change au parquet du Palais-Royal

« On joue la paix ou la déroute » : un agent de change dans l’attente de Moravie

Au parquet du Palais-Royal, la rente monte et descend au rythme des dépêches venues d’Allemagne. Honoré Vasseur, courtier, nous reçoit entre deux cotes pour dire ce que la guerre fait aux cours — et ce qu’une grande bataille en Moravie pourrait changer aux affaires.

Monsieur Vasseur, on dit que la guerre se lit sur les cours mieux que dans les gazettes. Est-ce vrai ?

Mieux et plus vite, monsieur. Une gazette met des jours à choisir ses mots ; la cote, elle, parle à l’instant où la dépêche entre dans la salle. Quand la nouvelle d’Ulm est arrivée, la rente a sauté avant même qu’on eût lu le bulletin en entier — il avait suffi d’un mot, « capitulation », et de ce chiffre énorme de prisonniers, pour que tout le parquet se mît à acheter. Nous autres courtiers, nous ne lisons pas l’Histoire, nous lisons l’humeur des porteurs. Et l’humeur, en ce moment, est une corde tendue : un rien la fait vibrer dans un sens ou dans l’autre.

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7 décembre 18056 min

Capitaine Étienne Rolland, IVe corps, blessé à Pratzen

« J’ai vu le brouillard se lever sur Pratzen » : un officier blessé raconte la journée

Convalescent à Paris après avoir reçu sa blessure sur le plateau de Pratzen, le capitaine Étienne Rolland, du IVe corps, nous a ouvert sa chambre. De la marche dans le froid morave au soleil qui perça le brouillard, voici la journée du 2 décembre telle qu’un homme l’a vécue, fusil en main.

Capitaine, avant la bataille, il y a eu la marche. Dans quel état êtes-vous arrivés sur ces hauteurs de Moravie ?

Éreintés, monsieur, je ne vous le cacherai pas. Nous marchions depuis des jours sur des chemins durcis par le gel, à travers un pays plat et triste où le vent ne rencontre rien pour l’arrêter. Le froid mordait les mains, et le matin la terre était blanche de givre. On dormait peu, on mangeait moins. Mais je dois vous dire une chose étrange : plus nous avancions, plus l’humeur de la troupe se raffermissait. On sentait que l’Empereur nous conduisait quelque part de précis, qu’il y avait un dessein. Les vieux soldats, ceux des campagnes d’Italie, hochaient la tête : « Il a son idée. » Et cela suffisait à réchauffer les rangs mieux qu’une ration d’eau-de-vie.

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19 décembre 18058 min

Baron Friedrich von Hallwyl, conseiller aulique autrichien

« L’Autriche paiera, mais combien ? » : entretien avec un diplomate viennois

De passage à Paris dans le sillage des pourparlers ouverts depuis l’armistice du 6 décembre, le baron Friedrich von Hallwyl, conseiller aulique attaché aux affaires diplomatiques, a bien voulu nous recevoir. Il parle d’une cour épuisée par trois revers en deux mois, d’une paix qu’il faut conclure et qu’il redoute de payer trop cher.

Monsieur le baron, voilà trois semaines à peine que les armées se sont rencontrées en Moravie. Dans quel état d’esprit avez-vous quitté Vienne ?

Dans l’état d’esprit, monsieur, d’un homme qui a vu en deux mois s’effondrer ce qu’une cour met des années à bâtir. Songez à l’enchaînement : à peine sortis de l’automne, nous apprenons la capitulation d’Ulm et la perte de toute une armée que l’on croyait à l’abri ; puis l’ennemi entre dans Vienne, dans notre capitale, sans qu’on lui dispute les ponts comme on l’eût dû ; et pour finir, ce 2 décembre, en Moravie, cette journée que je n’ai pas le cœur de nommer autrement que par sa date. Trois coups, monsieur, trois coups portés à la suite, sans que l’on ait eu le temps de se relever du précédent. La cour n’est ni abattue ni résignée — ce serait mal connaître Vienne — mais elle est lucide, et la lucidité, à cette heure, ressemble fort à de l’amertume.

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21 décembre 18059 min

Articles secondaires

État des informations

Les chiffres de pertes et la description des manœuvres proviennent principalement des Bulletins officiels de la Grande Armée, sources engagées. Les articles reflètent le point de vue de la presse parisienne de décembre 1805.

Ce que l’on sait

  • La Grande Armée a remporté une victoire décisive sur les armées austro-russes le 2 décembre 1805 en Moravie.
  • Un armistice a été signé le 6 décembre 1805 au château d'Austerlitz.
  • L'armée russe s'est retirée vers ses frontières ; l'Autriche négocie la paix.
  • Selon le 30e Bulletin : 120 canons pris, 40 drapeaux, plus de 30 000 prisonniers.
  • La nouvelle parvient à Paris aux alentours du 10 décembre 1805.

Ce que l’on ignore

  • Les termes exacts du traité de paix définitif ne sont pas encore connus au 23 décembre 1805.
  • Les pertes françaises exactes ne sont pas encore établies avec précision dans la presse.
  • L'état de santé de Koutouzov et son avenir dans le commandement russe restent incertains.

Le contexte

La bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805) oppose la Grande Armée de Napoléon aux armées combinées de l'Autriche et de la Russie. Elle se solde par une victoire décisive française, souvent considérée comme le chef-d'œuvre tactique de Napoléon.

Un armistice est signé le 6 décembre 1805 au château d'Austerlitz par le maréchal Berthier et le prince Jean de Liechtenstein. Le traité de Presbourg, qui en fixe les termes définitifs, est signé le 26 décembre 1805.

La nouvelle de la victoire n'atteint Paris qu'autour du 10 décembre 1805 (19 Frimaire an XIV) ; le 30e Bulletin de la Grande Armée est publié dans Le Moniteur universel le 16 décembre.

Carte de la journée

  • Austerlitz (Slavkov u Brna) · Tchéquie

    Bourgade morave, château et champ de bataille du 2 décembre 1805. La victoire y signe la défaite de la troisième coalition.

  • Plateau de Pratzen · Tchéquie

    Hauteur centrale du champ de bataille, clé tactique de la journée. Sa prise par le IVe corps de Soult décide de l'issue de la bataille.

  • Vienne · Autriche

    Capitale de l'Empire d'Autriche, occupée par les Français depuis le 13 novembre 1805. Napoléon s'y installe à Schönbrunn.

Analyse

Opinion

Les acteurs du moment

France

Napoléon Bonaparte

Empereur des Français, commandant en chef de la Grande Armée

À l'apogée de sa puissance militaire, il attire les Alliés sur le terrain qu'il a choisi et remporte en une journée la plus brillante de ses victoires.

France

Nicolas-Jean de Dieu Soult

Maréchal, commandant le IVe corps

Son IVe corps exécute le coup de maître de la journée : l'assaut du plateau de Pratzen qui coupe en deux l'armée alliée.

France

Louis-Nicolas Davout

Maréchal, commandant le IIIe corps

Son IIIe corps tient l'aile droite contre des forces supérieures, permettant à la manœuvre centrale de se déployer.

Coalition

Alexandre Ier

Tsar de Russie

Présent sur le champ de bataille, il a suivi le plan de Weyrother contre l'avis de Koutouzov ; l'armée russe, ébranlée, se replie vers ses frontières.

Coalition

Mikhaïl Koutouzov

Général en chef des armées russo-autrichiennes

Vétéran des guerres contre les Turcs, il a tenté en vain de retarder l'engagement ; désavoué par le Tsar, son rôle réel dans la conduite de la bataille est controversé.

Sources historiques utilisées

secondary

Bataille d'Austerlitz — encyclopédie Wikipédia

Notice de référence pour la chronologie, l'ordre de bataille, les chiffres de pertes et la manœuvre de Pratzen. Recoupée avec la version anglophone.

primary

30e Bulletin de la Grande Armée, Le Moniteur universel, 16 décembre 1805

Source officielle impériale ; chiffres de pertes et récit de la bataille présentés du point de vue du commandement français.

secondary

Traité de Presbourg — encyclopédie Wikipédia

Consulté pour les clauses du traité (26 décembre 1805) et la chronologie diplomatique de l'après-Austerlitz.

secondary

napoleon-empire.org — La campagne d'Allemagne 1805

Site spécialisé napoléonien, consulté pour la chronologie précise de l'armistice (6 décembre au château d'Austerlitz).

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les articles sont écrits au présent de l'époque, du seul point de vue de l'information disponible à la date de parution simulée.