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Portrait officiel d'Henri IV en habits royaux, manteau fleurdelisé, couronne et sceptre

Le roi signe à Nantes un édit de pacification

Frans Pourbus le Jeune, « Portrait officiel d’Henri IV, roi de France » (1613), Galerie des Offices, Florence — domaine public (Wikimedia Commons).

En sa ville de Nantes, où il est venu réduire la dernière poche de la Ligue, le roi Henri, quatrième du nom, a signé ce jour un édit qui règle le fait de la religion dans tout le royaume. Il accorde à ceux de la religion réformée la liberté de conscience partout, un exercice de leur culte encadré et limité à certains lieux, et une part des charges et des droits communs. Deux brevets l'accompagnent, qui promettent garnisons et places de sûreté pour huit ans. C'est le neuvième accord de ce genre depuis le commencement des troubles.

Claude Vasselin, chroniqueur à la suite de la cour, à Nantes 30 avril 1598 7 min

Articles secondaires

Société

Charges, universités, hôpitaux : une égalité civile partielle

L'édit signé à Nantes ne se borne pas à régler où l'on pourra prêcher. Il ouvre à ceux de la religion réformée l'accès aux charges et offices, l'entrée des universités, collèges et hôpitaux sans qu'on y regarde à la créance, et institue des chambres de justice où siégeront des magistrats des deux confessions pour vider les procès qui les mêlent. Une égalité toutefois mesurée : le roi et l'État demeurent catholiques, et le culte réformé reste enfermé dans d'étroites limites.

30 avril 15984 min
État des informations

Nous nous en tenons à ce qui est connaissable ce 30 avril : le fait de la signature et la teneur des principaux articles. Nous ne préjugeons ni de l'enregistrement par les parlements, ni de la durée de la paix.

Ce que l’on sait

  • Le roi a signé à Nantes un édit de pacification réglant, en de nombreux articles, la coexistence des deux religions et les lieux où le culte réformé est permis.
  • L'édit accorde une liberté de conscience générale, une égalité civile pour l'accès aux charges, et des chambres de justice mi-parties ; il s'accompagne de brevets réglant places et pensions.
  • L'édit reprend, en l'élargissant, la matière de précédents édits de pacification restés sans effet durable.

Ce que l’on ignore

  • On ne sait pas encore si les parlements enregistreront l'édit, formalité sans laquelle il n'a pas pleine force de loi.
  • Nul ne peut dire combien de temps cette paix intérieure tiendra, ni comment Rome et les villes catholiques recevront de telles concessions.

Le contexte

Le roi Henri IV, catholique depuis 1593 et absous par Rome en 1595, a passé trois années à réduire les uns après les autres les chefs de la Ligue et à repousser l'Espagne, qui lui a pris Calais puis Amiens.

Au printemps 1598, le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et dernier grand chef ligueur, s'est soumis : la guerre civile s'éteint dans l'Ouest.

Restent deux affaires liées : régler par un édit la place de ceux de la religion réformée dans le royaume, et conclure la paix avec Philippe II d'Espagne, dont les délégués négocient à Vervins sous la médiation du légat.

Le roi séjourne à Nantes, où se sont achevées les négociations avec les députés réformés réunis l'an passé à Châtellerault.

Carte de la journée

  • Nantes · France

    Ville de Bretagne où le roi séjourne au printemps 1598 après la soumission de Mercœur, et où il signe l'édit de pacification qui prend le nom de la ville.

  • Vervins · France

    Petite ville de Thiérache, au nord du royaume, où sont conclues les négociations de paix entre la France et l'Espagne, sous la médiation du légat pontifical.

  • Angers et Briollay · France

    Lieux d'Anjou, aux confins de la Bretagne, où se négocie et se scelle au printemps 1598 la soumission du duc de Mercœur, avant que le roi ne gagne Nantes.

  • Paris · France

    Capitale ralliée au roi depuis 1594, siège du Parlement à qui il reviendra d'enregistrer l'édit pour lui donner pleine force de loi — formalité encore à venir.

  • La Rochelle, Montauban et les places de sûreté · France

    Villes du Midi et de l'Ouest, comme La Rochelle et Montauban, comptées parmi les places que le roi concède par brevet à ceux de la religion réformée pour la garde de leurs personnes.

Nantes, avril 1598

Anatomie de l'édit : trois strates

L'édit de pacification arrêté à Nantes n'est pas un texte unique. Il se compose de plusieurs pièces d'inégale visibilité : un corps d'articles publié, un jeu d'articles particuliers tenus à part, et deux brevets signés du roi qui règlent l'argent et les places. On en donne ici l'ossature, telle qu'on peut la connaître au moment de la signature.

Corps de l'édit Environ 92 articles

Le texte principal, destiné à être présenté aux parlements pour vérification. Il pose la liberté de conscience dans tout le royaume, encadre le culte des réformés, et règle l'accès aux charges et aux justices. C'est la seule strate appelée à être publiée et enregistrée.

Articles particuliers Environ 56 articles

Un jeu d'articles dits « secrets » ou particuliers, arrêtés à part du corps principal. Ils précisent des points de détail et des concessions locales que la couronne n'a pas voulu porter dans le texte soumis aux cours. On les tient discrets, sans qu'ils soient pour autant cachés aux intéressés.

Brevet du 3 avril Disposition financière

Un premier brevet signé du roi règle l'argent : subsides aux pasteurs et à l'entretien du culte réformé — on parle de sommes de l'ordre de quarante-cinq mille écus par an, la répartition entre ministres et garnisons variant selon ce qu'on en rapporte.

Brevet du 30 avril Places de sûreté

Un second brevet, signé le jour même de l'édit, accorde aux réformés des places de sûreté tenues avec garnison, pour un terme de huit ans, aux frais en partie du roi. C'est la garantie matérielle donnée au parti, hors du corps de l'édit.

Les décomptes d'articles varient d'une copie et d'un rapport à l'autre : les nombres avancés (environ 92 pour le corps, environ 56 pour les particuliers) sont des ordres de grandeur, non un relevé arrêté.

L'expression « Religion Prétendue Réformée », abrégée « R.P.R. », est le terme employé par le texte officiel et l'administration royale ; nous le citons sans le faire nôtre, et disons pour notre part « réformés » ou « ceux de la religion ».

Il faut distinguer deux choses que l'édit ne met pas sur le même plan : la liberté de conscience, accordée de façon générale dans tout le royaume, et la liberté de culte, au contraire strictement encadrée et limitée à des lieux désignés.

Royaume de France, avril 1598

Où le culte est permis, où il est interdit

L'édit ne donne pas le culte réformé partout. Il l'accorde en des lieux désignés, l'écarte de plusieurs grandes villes, et accompagne le tout de places tenues avec garnison. Le tableau ci-dessous rassemble ce qu'on peut en dire au moment de la signature, sans prétendre à un relevé exact du royaume.

Culte permis Là où il était établi

Le culte réformé est autorisé aux lieux où il se tenait déjà, la référence étant prise sur l'année 1597, ainsi que dans les fiefs des seigneurs hauts-justiciers. À quoi s'ajoutent, dit le texte, deux localités par bailliage. La liberté de conscience, elle, vaut pour tout le royaume.

Culte interdit Paris et grandes villes

Le culte des réformés reste interdit dans Paris et dans plusieurs grandes cités — on cite Rouen, Dijon, Toulouse, Lyon. La capitale demeure fermée à l'exercice public de la religion réformée. Le catholicisme reste la religion du roi et de l'État.

Places de sûreté Pour huit ans

Des places tenues avec garnison sont laissées aux réformés pour un terme de huit ans, avec subside du roi. Elles ne sont pas des lieux de culte mais des gages : la garantie matérielle que le parti obtient en échange de son adhésion à la paix.

Les chiffres qui courent sur les places et les lieux divergent fortement et ne se recoupent pas : on entend parler d'environ cent cinquante lieux de refuge, d'une cinquantaine de places de sûreté (une soixantaine selon d'autres), de quatre-vingts places particulières, de seize places de mariage, et de plusieurs milliers de châteaux de hauts-justiciers. Ce sont des ordres de grandeur, non des totaux arrêtés.

Nous nous gardons de donner un nombre unique comme exact : les décomptes recouvrent des catégories différentes (places de garnison, lieux de refuge, fiefs de justiciers) qu'on ne peut additionner sans se tromper.

La carte des lieux permis dépend de vérifications encore à venir, bailliage par bailliage ; à la date de la signature, la répartition fine n'est pas fixée sur le terrain.

Bretagne — Nantes, mars-avril 1598

De la soumission de Mercœur à la signature

Comment, en quelques semaines, la réduction de la dernière poche ligueuse en Bretagne a ouvert la voie à l'édit signé à Nantes. On s'en tient ici aux étapes connues jusqu'au 30 avril, jour de la signature.

Confirmé

Traité d'Angers

Le roi arrête à Angers les conditions de la soumission du duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et dernier grand chef ligueur. On parle d'une compensation financière considérable et d'un projet d'union entre la fille du duc et César, fils légitimé du roi ; nous en rapportons la substance sous réserve.

Confirmé

Soumission à Briollay

À Briollay, le duc de Mercœur se soumet en personne au roi : il se jette, dit-on, à ses pieds et prête serment. La Bretagne rentre dans l'obéissance ; le roi est en Bretagne pour cette raison même.

Confirmé

Premier brevet

Le roi signe un premier brevet réglant l'argent : subsides aux pasteurs et à l'entretien du culte réformé. La disposition financière est ainsi arrêtée avant même le corps de l'édit.

Confirmé

Signature de l'édit

Le roi signe à Nantes l'édit de pacification, accompagné d'un second brevet accordant aux réformés des places de sûreté pour huit ans. L'édit est signé, mais non encore vérifié par les parlements.

Nous retenons le 30 avril 1598 comme date de la signature. Une tradition situe l'édit au 13 avril ; elle paraît erronée, et l'intitulé officiel du texte ne porte, lui, que la mention « avril 1598 ».

Cette suite s'arrête à la signature : la vérification de l'édit par les parlements est une échéance à venir, qui n'est pas acquise à cette date.

Analyse

Opinion

Les acteurs du moment

Royauté

Henri IV, roi de France

Roi de France et de Navarre

Henri de Bourbon, roi de France depuis 1589, catholique depuis son abjuration de 1593, sacré à Chartres en 1594 et absous par Rome en 1595. Après avoir réduit les derniers chefs ligueurs, il fait signer à Nantes, en avril 1598, un édit de pacification réglant le sort des deux religions.

Indéterminé

Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur

Gouverneur de Bretagne, dernier chef ligueur

Beau-frère du dernier roi Valois par sa sœur Louise, gouverneur de Bretagne et dernier grand chef de la Ligue à tenir tête au roi. Sa soumission au printemps 1598, scellée par le mariage projeté de sa fille avec César de Vendôme, met fin à la guerre civile dans l'Ouest.

Indéterminé

Philippe II d'Espagne

Roi d'Espagne, adversaire du roi de France

Roi d'Espagne, longtemps soutien de la Ligue catholique et ennemi déclaré d'Henri IV depuis 1595. Vieilli et malade, il traite à Vervins en 1598 et restitue les places conquises, dont Calais et Amiens.

Indéterminé

Clément VIII

Souverain pontife

Pape régnant, qui a levé l'excommunication d'Henri IV et l'a reçu dans l'Église en 1595. Artisan du rapprochement entre les couronnes catholiques, il suit avec réserve les concessions faites en France à ceux de la religion réformée.

Royauté

Pierre Forget de Fresnes

Secrétaire d'État, rédacteur de l'édit

Secrétaire d'État et conseiller du roi, chargé de la rédaction de l'édit de Nantes. Il met en forme, après de longues négociations avec les députés réformés, le texte des articles publics et des brevets qui l'accompagnent.

Royauté

Philippe Duplessis-Mornay

Conseiller du roi, négociateur du parti réformé

Gentilhomme et théologien réformé, l'un des principaux conseillers du roi et porte-parole des Églises réformées dans les négociations qui aboutissent à l'édit. Surnommé le « pape des huguenots », il pèse pour obtenir garanties et sûretés.

Sources historiques utilisées

secondary

Édit de Nantes — Wikipédia

Contenu et portée de l'édit signé à Nantes en avril 1598 : édit de pacification en quatre-vingt-douze articles publics, complété de brevets et d'articles secrets, réglant la coexistence des deux religions, les lieux de culte autorisés et les garanties accordées à ceux de la religion réformée.

secondary

Paix de Vervins — Wikipédia

Traité signé le 2 mai 1598 à Vervins entre Henri IV et Philippe II d'Espagne, mettant fin à la guerre ouverte de 1595 : restitution des places prises par l'Espagne (dont Calais et Amiens) et retour, pour l'essentiel, aux frontières du traité du Cateau-Cambrésis.

secondary

Henri IV (roi de France) — Wikipédia

Biographie du roi : abjuration de 1593, sacre à Chartres en 1594, entrée dans Paris, absolution de Rome en 1595, réduction des chefs ligueurs et pacification du royaume.

secondary

Clément VIII — Wikipédia

Notice sur le pape régnant : il a absous Henri IV en 1595 et cherche, en 1598, à obtenir une paix générale entre les couronnes catholiques ; sa position sur les concessions faites aux réformés reste réservée.

secondary

César de Bourbon, duc de Vendôme — Wikipédia

Fils légitimé d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, fiancé à Françoise de Lorraine, héritière de Mercœur : ce mariage projeté scelle la réconciliation de la maison de Lorraine-Mercœur avec la couronne.

secondary

L'édit de Nantes (1598) — Musée protestant

Notice du Musée protestant sur l'économie de l'édit : liberté de conscience générale, culte réformé limité à des lieux définis, égalité civile, chambres de justice mi-parties et places de sûreté concédées par brevet.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les articles sont écrits comme si la rédaction suivait l'affaire au jour le jour, du 28 avril au 2 mai 1598, sans rien préjuger de la suite : la durée de la paix intérieure comme l'enregistrement de l'édit par les parlements restent des questions ouvertes à cette date. La datation exacte de la signature dans les derniers jours d'avril est incertaine dans les sources et donnée sous cette réserve.