À la une
Portrait équestre gravé d'Henri IV en armure, bâton de commandement à la main, armes vaincues au sol.

À Saint-Denis, la foule crie « Vive le roi ! »

Atelier parisien, d'après un dessin attribué à Antoine Caron, « Henri IV à cheval » (v. 1600), Musée Carnavalet, Paris — domaine public, CC0 (Wikimedia Commons).

Au lendemain de l'abjuration du roi Henri, la petite ville de Saint-Denis ne désemplit pas. Autour de l'abbatiale où le roi a été reçu dans l'Église catholique, on se presse, on allume des feux, on répète le cri de « Vive le roi ! ». Reste à savoir si ce mouvement gagnera Paris et les villes que tient encore la Ligue.

Nicolas Fleury, chroniqueur 26 juillet 1593 5 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Un docteur en théologie ayant assisté les prélats à l’instruction du roi, à Saint-Denis (nom et charge tus à sa demande)

« Nous l’avons pressé sur les points de la foi » — un docteur de l’instruction raconte les séances de Saint-Denis

Avant d’abjurer devant l’archevêque de Bourges, le roi a été instruit plusieurs jours durant, à Saint-Denis, par les prélats et les docteurs appelés à cet office. L’un d’eux, qui a pris part aux conférences et notamment à la longue séance de vendredi, a bien voulu nous dire sur quels points on a pressé le prince, ce qu’il a concédé et ce qu’il a disputé — et de quelle prudence un homme d’Église doit user quand il s’agit de juger la conscience d’un roi.

Vous avez pris part à l’instruction du roi ces derniers jours. Dans quel esprit l’Église a-t-elle abordé cette tâche ?

Dans un esprit de gravité, et, je l’avoue, non sans appréhension. Il ne s’agissait pas d’un particulier qui revient à l’Église : il s’agissait d’un prince nourri dès l’enfance dans la religion réformée, qui prétend à la couronne d’un royaume très chrétien. On ne pouvait ni le recevoir à la légère, comme si sa seule volonté suffisait, ni le rebuter par des rigueurs qui eussent semblé du dédain. Les prélats ont voulu que l’instruction fût réelle, qu’on lui exposât les articles, qu’on écoutât ses objections et qu’on y répondît. C’est pourquoi les conférences ont duré, et n’ont pas été une simple formalité expédiée en une heure.

Lire l’entretien
26 juillet 159313 min

Articles secondaires

État des informations

Nous nous en tenons à ce qui est connaissable ce 26 juillet : l'abjuration de la veille, l'accueil populaire à Saint-Denis, et le fait que Paris et la Ligue n'ont rien cédé.

Ce que l’on sait

  • L'accueil du peuple à Saint-Denis, au lendemain de l'abjuration, a été chaleureux : affluence, cris de « Vive le roi ! ».
  • Paris, tenue par la Ligue, n'a pas ouvert ses portes ; le roi reste en guerre avec le parti de l'Union.

Ce que l’on ignore

  • Nul ne peut dire si les villes tenues par la Ligue se rallieront au roi après cette abjuration.
  • Le sort réservé aux Églises réformées que le roi vient de quitter demeure incertain.

Le contexte

Depuis la mort d'Henri III (1er août 1589), Henri de Bourbon, roi de Navarre, est l'héritier de la couronne par la loi salique — mais il est protestant, et la Ligue catholique, appuyée par l'Espagne, lui refuse le trône.

Quatre années de guerre (victoires d'Arques en 1589 et d'Ivry en 1590, longs sièges de Paris) n'ont pas suffi à lui livrer son royaume : Paris et Reims restent tenus par la Ligue.

Au printemps 1593, la Ligue a réuni ses États généraux à Paris pour donner un roi catholique à la France ; le parti espagnol y pousse la candidature de l'infante Isabelle, contre la loi salique.

Le 28 juin 1593, l'arrêt Lemaistre du Parlement de Paris a réaffirmé la loi salique contre tout prince étranger. Dans ce contexte, le roi joue la carte décisive de la conversion, annoncée le 17 mai à Suresnes et solennisée à Saint-Denis le 25 juillet.

Carte de la journée

  • Basilique de Saint-Denis · France

    Abbatiale au nord de Paris, nécropole des rois de France. C'est là, faute de pouvoir gagner Paris ou Reims tenus par la Ligue, que le roi abjure le protestantisme le 25 juillet 1593.

  • Paris (ville ligueuse) · France

    Capitale tenue par la Ligue et le duc de Mayenne, éprouvée par le grand siège de 1590 et la famine. Elle reste fermée au roi, qui ne peut y entrer, et y a réuni les États de l'Union.

  • Suresnes · France

    Lieu des conférences ouvertes au printemps 1593 entre les délégués du roi et ceux de la Ligue, où fut annoncée, le 17 mai, la résolution du roi de se faire instruire dans la foi catholique.

  • Camp royal de Saint-Denis · France

    Place tenue par le roi au nord de Paris, d'où il presse la capitale et d'où la rédaction suit l'instruction puis l'abjuration.

Les acteurs du moment

Royauté

Henri IV, roi de Navarre

Roi de France contesté, héritier par la loi salique

Henri de Bourbon, roi de Navarre, chef du parti réformé, devenu héritier de la couronne à la mort d'Henri III (1589) comme premier prince du sang. Vainqueur à Arques et à Ivry, mais tenu hors de Paris et de Reims par la Ligue. Il abjure le protestantisme à Saint-Denis le 25 juillet 1593.

Royauté

Renaud de Beaune

Archevêque de Bourges, grand aumônier de France

Archevêque de Bourges, grand aumônier de France depuis 1591, prélat resté fidèle à la couronne sans rallier la Ligue. Chef de la délégation royaliste aux conférences de Suresnes, il reçoit l'abjuration du roi à Saint-Denis.

Indéterminé

Charles de Lorraine, duc de Mayenne

Lieutenant général de la Ligue

Frère cadet des Guise tués à Blois en 1588, chef et lieutenant général de la Ligue en 1593. Il a réuni à Paris les États de l'Union pour donner un roi catholique à la France et compose avec l'appui espagnol.

Indéterminé

Philippe II d'Espagne

Roi d'Espagne, appui de la Ligue

Roi d'Espagne, soutien financier et militaire de la Ligue catholique. Il pousse aux États de l'Union la candidature de sa fille, l'infante Isabelle, contre la loi salique.

Indéterminé

Infante Isabelle Claire Eugénie

Candidate du parti espagnol au trône de France

Fille de Philippe II et d'Élisabeth de France, donc petite-fille d'Henri II. Le parti espagnol avance sa candidature au trône de France, projet qui heurte la loi salique et divise la Ligue elle-même.

Indéterminé

Jean Lemaistre

Premier président du Parlement de Paris

Premier président du Parlement de Paris, alors acquis à la Ligue. Sous son nom, la cour rend le 28 juin 1593 l'arrêt qui réaffirme la loi salique et écarte du trône tout prince étranger.

Sources historiques utilisées

secondary

Abjuration d'Henri IV — Wikipédia

Déroulé de l'abjuration du 25 juillet 1593 à Saint-Denis : instruction par une vingtaine de prélats, réception au portail par Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, profession de foi, absolution, messe ; refus de la Ligue de reconnaître la conversion.

secondary

Henri IV (roi de France) — Wikipédia

Biographie d'Henri de Bourbon, roi de Navarre : héritier de la couronne par la loi salique depuis 1589, chef du parti réformé, victoires d'Arques (1589) et d'Ivry (1590), abjuration de Saint-Denis.

secondary

1593 en France — Wikipédia

Chronologie de 1593 : États généraux de la Ligue (janvier), conférences de Suresnes et annonce du 17 mai, arrêt Lemaistre du 28 juin, abjuration du 25 juillet.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les articles sont écrits comme si la rédaction suivait l'affaire au jour le jour, du 23 au 29 juillet 1593, sans rien préjuger de la suite : l'issue de la guerre est ouverte. La formule « Paris vaut bien une messe » est signalée comme apocryphe ; le verbatim du portail et les détails matériels de la cérémonie, de source unique, sont donnés sous réserve, et la sincérité de la conversion est présentée comme un débat non tranché.