À la une
Peinture représentant l'abjuration solennelle d'Henri IV le 25 juillet 1593 dans la basilique de Saint-Denis, devant le clergé catholique.

Le roi abjure à Saint-Denis

« L'Abjuration d'Henri IV » (vers 1593-1600), anciennement attribué à Nicolas Baullery, Musée d'art et d'histoire de Meudon — domaine public (Wikimedia Commons).

Ce jour, en l'abbatiale de Saint-Denis, le roi Henri, quatrième du nom, a solennellement renoncé à la religion réformée et s'est fait recevoir dans l'Église catholique, apostolique et romaine. Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, l'a instruit puis absous, en présence d'une vingtaine de prélats et docteurs. Le geste est religieux ; nul, dans les deux camps, n'oublie qu'il touche aussi au royaume.

Claude Vasselin, chroniqueur au camp de Saint-Denis 25 juillet 1593 6 min
Entretien

Le grand entretien du jour

La parole d’un acteur du moment, pour lire la crise depuis l’intérieur.

Maître Nicolas Ferrand, docteur en théologie de la faculté de Paris, acquis à la Sainte Union

« Ce que le pape a lié, un archevêque ne le délie pas » — un docteur de Sorbonne récuse l’absolution de Saint-Denis

À Saint-Denis, ce jour, des prélats français ont reçu à l’Église le roi de Navarre sans que Rome y eût part. Pour la faculté de théologie de Paris, acquise à la Sainte Union, cette absolution ne tient pas. Nous avons recueilli l’un de ses docteurs, qui expose, article par article, pourquoi il la tient pour nulle et réclame le recours au Saint-Siège. C’est la parole d’un camp, argumentée en théologien ; Aujourd’hui la rapporte sans la faire sienne.

Le roi de Navarre a été reçu ce jour dans l’Église, à Saint-Denis. L’Église, donc, l’a absous ?

Des prélats l’ont reçu ; l’Église, c’est une autre affaire, et je pèse mes mots. Ce qui s’est fait à Saint-Denis, c’est une cérémonie tenue par des évêques français, hors la présence et hors l’aveu du Saint-Siège. Je ne conteste ni leur dignité ni leur savoir. Je conteste qu’ils aient eu, en cette cause, le pouvoir de faire ce qu’ils ont fait. Recevoir un homme du commun qui revient à la foi, un curé le peut ; relever la censure qui frappe ce prince-ci, aucun évêque de France ne le peut de soi. C’est pourquoi je tiens que cette absolution est nulle, ou tout au plus une absolution par précaution, non une réconciliation valide et arrêtée. Et je ne suis pas seul de cet avis : c’est celui de la plus grande part de notre faculté.

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25 juillet 159313 min

Articles secondaires

État des informations

Nous nous en tenons à ce qui est connaissable ce 25 juillet : l'abjuration et le déroulé de la cérémonie. Les mots du portail sont donnés pour leur teneur, non mot pour mot. Nous ne préjugeons pas des suites de ce geste.

Ce que l’on sait

  • Le 25 juillet 1593, à Saint-Denis, le roi a abjuré la religion réformée et s'est fait recevoir dans l'Église catholique par Renaud de Beaune, archevêque de Bourges.
  • La cérémonie a suivi un ordre réglé : dialogue au portail, profession de foi, serment, absolution, messe et communion.
  • La cérémonie s'est tenue à Saint-Denis, et non à Reims, l'une et l'autre villes du sacre et de la capitale étant tenues par la Ligue.

Ce que l’on ignore

  • On ne sait quel effet l'abjuration aura sur Paris, sur les villes de la Ligue et sur la conduite de la guerre.
  • Nul ne sait comment Rome recevra la nouvelle.

Le contexte

Depuis la mort d'Henri III (1er août 1589), Henri de Bourbon, roi de Navarre, est l'héritier de la couronne par la loi salique — mais il est protestant, et la Ligue catholique, appuyée par l'Espagne, lui refuse le trône.

Quatre années de guerre (victoires d'Arques en 1589 et d'Ivry en 1590, longs sièges de Paris) n'ont pas suffi à lui livrer son royaume : Paris et Reims restent tenus par la Ligue.

Au printemps 1593, la Ligue a réuni ses États généraux à Paris pour donner un roi catholique à la France ; le parti espagnol y pousse la candidature de l'infante Isabelle, contre la loi salique.

Le 28 juin 1593, l'arrêt Lemaistre du Parlement de Paris a réaffirmé la loi salique contre tout prince étranger. Dans ce contexte, le roi joue la carte décisive de la conversion, annoncée le 17 mai à Suresnes et solennisée à Saint-Denis le 25 juillet.

Carte de la journée

  • Basilique de Saint-Denis · France

    Abbatiale au nord de Paris, nécropole des rois de France. C'est là, faute de pouvoir gagner Paris ou Reims tenus par la Ligue, que le roi abjure le protestantisme le 25 juillet 1593.

  • Paris (ville ligueuse) · France

    Capitale tenue par la Ligue et le duc de Mayenne, éprouvée par le grand siège de 1590 et la famine. Elle reste fermée au roi, qui ne peut y entrer, et y a réuni les États de l'Union.

  • Suresnes · France

    Lieu des conférences ouvertes au printemps 1593 entre les délégués du roi et ceux de la Ligue, où fut annoncée, le 17 mai, la résolution du roi de se faire instruire dans la foi catholique.

  • Camp royal de Saint-Denis · France

    Place tenue par le roi au nord de Paris, d'où il presse la capitale et d'où la rédaction suit l'instruction puis l'abjuration.

Saint-Denis, 25 juillet 1593

Le déroulé de la cérémonie

Heure après heure, l'ordre réglé que suit la réception du roi dans l'Église catholique, du portail de la basilique aux vêpres du soir. Plusieurs détails ne reposent que sur un petit nombre de témoignages et sont signalés comme tels.

Lieu Basilique Saint-Denis

Abbatiale au nord de Paris, nécropole des rois de France.

Officiant Renaud de Beaune

Archevêque de Bourges, grand aumônier de France, prélat resté fidèle à la couronne.

Assistance Une vingtaine

Prélats et docteurs réunis pour l'instruction et la cérémonie.

Rapporté

Dialogue rituel

« Qui êtes-vous ? — Je suis le roi. » Le roi demande à être reçu au giron de l'Église catholique, apostolique et romaine. Teneur attestée, non transcription mot pour mot.

Confirmé

Profession de foi et serment

À genoux, le roi fait profession de la foi catholique et jure de vivre et mourir en cette religion ; il remet une déclaration signée.

Confirmé

Absolution

L'archevêque de Bourges donne l'absolution ; le roi baise l'anneau.

Confirmé

Messe et communion

Le roi entend la messe et communie de la main de l'archevêque.

Rapporté

Sermon et vêpres

Un sermon est prononcé, puis les vêpres sont chantées ; le roi sort sous les cris de « Vive le roi ! ».

La tenue du roi (pourpoint de satin blanc, manteau noir) et la durée « cinq heures et plus » — qui se rapporte à l'instruction du 23 juillet, non à l'office — proviennent d'un petit nombre de récits.

Le verbatim du portail est donné pour sa teneur, telle que la rapportent les récits, et non comme une sténographie.

Juillet 1593

La France coupée en deux

Au moment où le roi de Navarre abjure à Saint-Denis, le royaume est partagé entre les terres obéissant au roi et celles que tient la Ligue, avec l'appui de l'Espagne. Les lignes ne sont pas des frontières : elles bougent de ville en ville, et bien des places restent incertaines.

Terres du roi Le Béarnais

Une bonne part de la Normandie, du Maine, de l'Anjou, de la Touraine, du Centre et du Sud-Ouest obéissent au roi de Navarre ; c'est de Saint-Denis, au nord de Paris, qu'il presse la capitale.

Villes de la Ligue L'Union

Paris, Reims (ville du sacre), et plusieurs grandes cités tiennent pour la Ligue et refusent le roi. Le duc de Mayenne en est le lieutenant général.

Appui espagnol Philippe II

Le roi d'Espagne soutient la Ligue de son or et de ses armes ; des secours espagnols ont déjà débloqué Paris (1590) et paru devant Rouen. Le parti espagnol pousse la candidature de l'infante Isabelle.

Saint-Denis Camp royal

L'abbaye, nécropole des rois, est aux mains du roi, à une courte lieue au nord de Paris. Faute de pouvoir entrer dans Paris ou gagner Reims, c'est là qu'a eu lieu l'abjuration.

Les lignes de partage ne sont pas des frontières fixes : de nombreuses villes changent de parti au fil de la guerre, et des places restent partagées ou incertaines.

La carte représente une situation connaissable en juillet 1593 ; elle ne préjuge en rien de la suite des opérations.

Opinion

Les acteurs du moment

Royauté

Henri IV, roi de Navarre

Roi de France contesté, héritier par la loi salique

Henri de Bourbon, roi de Navarre, chef du parti réformé, devenu héritier de la couronne à la mort d'Henri III (1589) comme premier prince du sang. Vainqueur à Arques et à Ivry, mais tenu hors de Paris et de Reims par la Ligue. Il abjure le protestantisme à Saint-Denis le 25 juillet 1593.

Royauté

Renaud de Beaune

Archevêque de Bourges, grand aumônier de France

Archevêque de Bourges, grand aumônier de France depuis 1591, prélat resté fidèle à la couronne sans rallier la Ligue. Chef de la délégation royaliste aux conférences de Suresnes, il reçoit l'abjuration du roi à Saint-Denis.

Indéterminé

Charles de Lorraine, duc de Mayenne

Lieutenant général de la Ligue

Frère cadet des Guise tués à Blois en 1588, chef et lieutenant général de la Ligue en 1593. Il a réuni à Paris les États de l'Union pour donner un roi catholique à la France et compose avec l'appui espagnol.

Indéterminé

Philippe II d'Espagne

Roi d'Espagne, appui de la Ligue

Roi d'Espagne, soutien financier et militaire de la Ligue catholique. Il pousse aux États de l'Union la candidature de sa fille, l'infante Isabelle, contre la loi salique.

Indéterminé

Infante Isabelle Claire Eugénie

Candidate du parti espagnol au trône de France

Fille de Philippe II et d'Élisabeth de France, donc petite-fille d'Henri II. Le parti espagnol avance sa candidature au trône de France, projet qui heurte la loi salique et divise la Ligue elle-même.

Indéterminé

Jean Lemaistre

Premier président du Parlement de Paris

Premier président du Parlement de Paris, alors acquis à la Ligue. Sous son nom, la cour rend le 28 juin 1593 l'arrêt qui réaffirme la loi salique et écarte du trône tout prince étranger.

Sources historiques utilisées

secondary

Abjuration d'Henri IV — Wikipédia

Déroulé de l'abjuration du 25 juillet 1593 à Saint-Denis : instruction par une vingtaine de prélats, réception au portail par Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, profession de foi, absolution, messe ; refus de la Ligue de reconnaître la conversion.

secondary

Henri IV (roi de France) — Wikipédia

Biographie d'Henri de Bourbon, roi de Navarre : héritier de la couronne par la loi salique depuis 1589, chef du parti réformé, victoires d'Arques (1589) et d'Ivry (1590), abjuration de Saint-Denis.

secondary

1593 en France — Wikipédia

Chronologie de 1593 : États généraux de la Ligue (janvier), conférences de Suresnes et annonce du 17 mai, arrêt Lemaistre du 28 juin, abjuration du 25 juillet.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les articles sont écrits comme si la rédaction suivait l'affaire au jour le jour, du 23 au 29 juillet 1593, sans rien préjuger de la suite : l'issue de la guerre est ouverte. La formule « Paris vaut bien une messe » est signalée comme apocryphe ; le verbatim du portail et les détails matériels de la cérémonie, de source unique, sont donnés sous réserve, et la sincérité de la conversion est présentée comme un débat non tranché.